L’animisme

C’est la plus ancienne forme de spiritualité ; elle correspond à une conception du monde plusieurs fois millénaire et qui se retrouve sur tous les continents, avec des spécificités certes, mais renvoyant à la même structure fondamentale. (Au niveau étymologique : « animus »-« anima » respectivement « esprit »-« âme »)

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L’animisme part du principe que tout ce qui existe dans la Nature (animaux, végétaux, minéraux, éléments climatiques, mais aussi outils, instruments, etc….) est animé par une entité : tout à la fois force vitale, esprit, conscience, âme.

Cette « force vitale » présente dans chaque élément de la création, est reliée à une entité, une essence qui existe dans une autre réalité : le monde des esprits ; ainsi un cheval possède une conscience reliée à l’Esprit « cheval ».

Cette dimension des esprits est cachée car elle ne correspond pas à l’apparence des choses mais à leur nature intrinsèque. On peut rapprocher cette vision du monde du « Mythe de la caverne » exposé dans « La République » de Platon.

Cet esprit, présent dans chaque chose existant sur terre, est sa puissance d’être ; sans lui, elle n’occupe qu’un espace, et ne possède ni sens, ni existence réelle.

La création est donc articulée entre deux pôles :

  • le monde quotidien, visible, relativement maîtrisable,
  • le monde autre, invisible, inaccessible à la plupart des hommes, et où vivent des esprits, bien ou malveillants. Ces esprits ont une existence intelligente, mais aussi des émotions et des besoins similaires aux nôtres et qu’il leur faut satisfaire (amour, bienveillance, orgueil, faim, jalousie, …).

Ils possèdent leurs noms, leurs qualités et leurs relations spécifiques entre eux et avec les humains ; autant d’éléments qui sont expliqués à travers les mythes.

Mais surtout, ces esprits ayant une existence autonome dans le monde invisible, possèdent en conséquence, la capacité d’agir de façon bénéfique ou destructrice sur notre réalité (santé, nourriture, conditions climatiques, enseignement, connaissances…) : ils sont la cause véritable de tout ce qui nous arrive.

Dans la conception animiste, existe une interaction perpétuelle entre les différents mondes ; l’invisible côtoie constamment le visible : il l’habite, l’anime, le gouverne, lui donne son sens –dans les deux sens du terme-. Il en résulte une « direction » qui va plutôt de l’invisible vers le visible.

Il existe cependant une particularité : l’âme humaine.

Celle-ci a la capacité d’entrer en relation avec le monde invisible - soit de façon ponctuelle à travers certains rêves, la transe, les visions, la compréhension de signes apparaissant dans des contextes spécifiques (arc en ciel, formes géologiques, présence de tel animal, phénomènes climatiques…) ,- soit définitivement à sa mort, où elle devient alors un esprit ancestral, ou bien va rejoindre un esprit élémentaire plus vaste, ou revient sur terre sous d’autres formes.

Or cette faculté de l’âme humaine ouvre certaines perspectives ; en effet, en entrant en contact avec le monde au-delà, il devient possible d’agir sur le monde d’ici-bas (l’état de veille est comme une illusion, les vraies forces étant surnaturelles).

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Les Inuits par exemple, ont un rituel précédant la chasse à la baleine, rituel ayant pour fonction d’entrer en contact avec l’ « Esprit baleine » afin que celui-ci accepte de sacrifier une de ses créatures qui viendra alors s’offrir lors de la chasse.

Découlant de la même logique, les perturbations rencontrées dans la réalité visible (maladie, mort inhabituelle, pénurie alimentaire, déséquilibre climatique...) sont dues à des interventions du monde invisible : il est donc nécessaire que des « voyageurs » puissent se rendre dans l’au-delà pour rencontrer les esprits et « négocier » avec eux. Ces médiateurs sont les chamanes.

D’abord pris pour une religion primitive, l’animisme se conçoit mieux comme une façon de voir le monde, présente de tout temps dans l’esprit humain.

Dans certains pays d’Afrique et d’Asie, les statistiques font apparaître un pourcentage de population qualifié d’animiste. Cela veut-il dire que l’animisme est une religion ?

Non, cela désigne les gens qui par leurs pratiques n’appartiennent à aucune des « grandes religions » du livre : chrétiens, musulmans, bouddhistes, hindouistes, confucianistes. Les autres sont dits « animistes », parce qu’ils pratiquent des traditions transmises oralement.

Défini comme cela, l’animisme n’est qu’un grand fourre-tout : on y met tout ce qui n’entre pas ailleurs. En réalité, cet animisme recouvre des pratiques très différentes, allant du vaudou africain au chamanisme en passant par divers cultes totémiques ou ancestraux. Le fait que ces cultes subsistent et conservent une certaine autonomie n’en fait pas des religions au sens propre du terme. Les religions, à mes yeux, se caractérisent par une forme de croyance et de transcendance que l’on ne trouve pas dans l’animisme.

Conçue comme impersonnelle, la puissance occulte consiste dans la qualité, ou la propriété, reconnue à des objets donnés sur la foi de l'expérience que l'homme a de ces objets et de leurs attributs. Étant impersonnelle, elle est susceptible d'être mise à la merci de l'homme. Actionnée par le sujet voulu, de la manière et au temps convenables, elle produira l'effet qu'on attend d'elle, à moins que l'intervention d'un agent plus fort, humain ou non, ne vienne la paralyser.

Conçue sous forme personnelle, la puissance occulte est attachée à des êtres spirituels doués d'action volontaire. Les habitants du monde invisible forment une société bariolée : esprits des morts ou âmes désincarnées ; esprits, bons ou mauvais, n'ayant jamais revêtu d'enveloppe humaine ; dieux de rang plus ou moins élevé. Innombrables, ils sont présents partout et, chacun à sa manière, interviennent pour le meilleur ou pour le pire dans les affaires humaines. Il arrive qu'on tente de les réduire à faire sa volonté ; mais, le plus souvent, l'homme adopte à leur égard une attitude d'humble client et s'efforce d'en tirer, à force de prières et de sacrifices, toutes sortes d'avantages pour cette vie et la vie future ; toujours il s'applique à les apaiser quand ils sont courroucés, et il évite rigoureusement les êtres spirituels qui passent pour inexorablement hostiles et malfaisants. Il est impossible d'imaginer des âmes désincarnées, des esprits, des dieux, sans sentiments ou affectivité, sans un certain degré d'intelligence et une forme humaine, bref sans un certain degré de personnalité humaine. Cette tendance à personnaliser s'accentue avec les progrès de la culture, et elle atteint son apogée dans les grandes religions polythéistes de l'antiquité.

Il y a donc une distinction fondamentale entre une puissance qui présente des tendances invariables et uniformes, que l'on peut utiliser à son profit, et une puissance qui se manifeste capricieusement à l'homme par des êtres spirituels dont le caractère capricieux croît avec leur degré de personnalisation. Mais la distinction, pour nous évidente et définie, demeure vague et flottante pour la pensée primitive. L'objet est-il regardé comme inactif, toute propriété particulière dont il fait preuve revêtira nécessairement un caractère impersonnel. Si, en revanche, l'accent tombe sur l'aspect actif de l'objet, la qualité, ou la propriété en question, sera rattachée à un être personnel. La pensée primitive passe le plus naturellement du monde d'une conception à l'autre, de sorte qu'une « influence » sera facilement exaltée en « esprit » et, inversement, qu'un « esprit » sera facilement ramené à une « influence » . Dans cette zone crépusculaire, la magie, qui opère toujours son effet automatiquement (ex opere operato), et l'animisme, qui implique toujours l'intervention d'êtres spirituels, se fondent insensiblement l'une dans l'autre. Suivant que prévaut dans une société une interprétation magique ou animiste du monde des phénomènes, l'attention ira aux manifestations impersonnelles ou personnelles de la force occulte. Comme on l'a observé au sujet de la peuplade grossière des Oraon de Chota Nagpur, « âme, esprit, énergie, puissance sont des termes généralement convertibles dans le vocabulaire des primitifs » (S. C. Roy) [1].

On attribue souvent aux êtres spirituels la connaissance de la magie : ils la communiquent aux hommes et, plus d'une fois, la font intervenir dans leurs rapports avec les hommes.

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C'est une croyance générale parmi les tribus du sud-est australien que « les incantations contre la magie » sont communiquées par les esprits ancestraux durant le sommeil [2]. Dans la Nouvelle-Galles du Sud, Baiame, chef idéalisé et grand dieu en formation, est appelé par une tribu « le plus puissant et le plus célèbre » des magiciens [3]. Les hommes-médecine de l'Australie centrale qui n'ont pas été initiés par de vieux praticiens tirent leurs facultés occultes des iruntarinia. Ces derniers sont en réalité des doubles des ancêtres tribaux qui ont vécu dans le temps, extrêmement reculé de l'Alcheringa et possédaient une connaissance naturelle de la magie. Ils la pratiquent eux-mêmes. Lorsque se présente en abondance la nourriture, chenilles witchetty, émeus ou autres articles du régime tribal, sans que les indigènes aient procédé à certaines cérémonies magiques (les intichiuma), on explique le fait en disant que les iruntarinia bien disposés les ont célébrées [4]. Les magiciens Murngin du territoire septentrional doivent directement leur pouvoir aux esprits des morts. Dans la mythologie des tribus Kimberley de l'Australie occidentale, Kaleru, le plus sacré des ancêtres totémiques, se voit attribuer l'origine des rivières, de la pluie, les enfants d'esprits et les lois matrimoniales. « Il est la source du pouvoir magique aussi bien dans le présent que dans le passé. »

Les récits populaires des îles occidentales du détroit de Torrès représentent Kwoiam, le héros guerrier, employant des formules et des objets magiques pour réaliser ses plans. La magie atmosphérique des Marind (Nouvelle-Guinée Néerlandaise) remonte à Jawima, le Faiseur de pluie et de tonnerre. Une grande sécheresse ayant anéanti toute végétation et précipité le peuple dans la pire misère, il produisit la première averse salutaire. Il a deux fils : l'un est la mousson d'ouest qui amène la pluie et la tempête sur mer, l'autre est la mousson d'est. Le procédé mis en œuvre par le magicien Keraki passe pour reproduire le modèle établi à l'origine des temps par Kambel, le Créateur, ou par son fils, Wambuwamba.

Plusieurs mythes des Trobriandais concernent les esprits qui ont enseigné aux hommes certaines pratiques de magie noire. Suivant ces insulaires, il n'y a pas eu invention de l'art magique. « Dans le vieux temps, où eurent lieu les choses mythiques, la magie est venue du fond de la terre, ou encore elle fut donnée à l'homme par un être non humain, ou encore elle fut transmise par l'ancêtre primitif à ses descendants. » C'est l'essence même de la magie de ne pouvoir remonter à un homme, d'être réfractaire à toute modification de sa part. « Elle a toujours existé depuis le commencement des choses ; elle crée sans être elle-même créée, elle modifie mais ne doit jamais être modifiée. » (Br. Malinowski.) Dans l'île Rossel un dieu du nom de Ye apparaît sous la forme d'un pygargue géant : c'est l'une des rares exceptions à la règle générale qui incarne les principaux dieux dans un serpent. Autre différence, il possède une nature mauvaise. Un jour, Ye commit l'inceste avec sa sœur ; un petit chien, témoin de la scène, eut le malheur de rire ; sur quoi Ye transforma le langage du chien en un aboiement inintelligible pour l'empêcher de divulguer sa turpitude. Il tua ensuite sa sœur au moyen de la sorcellerie, dont elle fut la première victime. On attribue à Ye l'origine de la sorcellerie, « la chose la plus néfaste qu'il y ait au monde » (W.E. Armstrong).

Les populations côtières de la péninsule de la Gazelle (Nouvelle-Bretagne) imputent la maladie et les autres maux aux âmes désincarnées et aux esprits mauvais. Des esprits bien disposés envers l'humanité révèlent les formules magiques capables de contrecarrer leurs machinations. Les formules des îles Salomon remontent aux ancêtres des habitants qui les ont eux-mêmes appris dans leur sommeil, d'aïeux encore plus reculés [5].

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Un mythe maori est consacré à Tu-matauenga, un fils du Ciel et de la Terre appartenant à la première génération des dieux. Il dévora ses quatre frères et les convertit en nourriture. Il détermina pour chaque espèce de nourriture l'incantation qui en assurerait la production abondante et facile. Un autre mythe rapporte comment le dieu Rongotakawiu forma le héros Whakatau du pagne qu'une femme, Apakura, portait comme vêtement, lui donna vie et lui enseigna « la magie et l'usage des incantations de toute sorte » [6]. Les Maori personnifiaient la sorcellerie (makutu) : la déesse méchante Makutu habitait avec Miru, une autre déesse tout aussi mauvaise, dans le terrible monde souterrain. Rongomai, un demi-dieu célèbre et l'ancêtre des Maori, s'y rendit. Il apprit de Makutu et de Miru les charmes, les formules magiques et l'art de la sorcellerie en même temps que des chants, danses et jeux rituels. Miru s'empara de l'un de ses compagnons et le retint en retour de cet enseignement, mais Rongomai et le reste de ses intrépides compagnons s'en tirèrent sains et saufs et revinrent au monde lumineux de la vie. Suivant une autre croyance maori, la sorcellerie était spécialement rattachée à Whiro, l'un des dieux spécialisés les plus actifs et les plus pernicieux. Il représentait à la fois le mal et la mort. Avec ses satellites, il était sans cesse occupé à conspirer la destruction tout ensemble des hommes vivants et des mânes du monde souterrain. Toute la magie noire était rattachée à Whiro et passait pour être née dans sa demeure. C'est de lui que les sorciers tiraient leur puissance [7].

Le fondateur légendaire déifié de l'empire Japonais, Jimmu Tenno, passe pour avoir enseigné le premier l'usage des formules magiques. L'origine des autres formes de magie est rapportée aux dieux Ohonamochi et Sukunabikona.

Suivant un récit très répandu parmi les Dayak de l'intérieur, il y a extrêmement longtemps le peuple était plongé dans une grande misère. Il ne connaissait ni remède contre la maladie ni moyen pour défendre ses rizières contre la rouille et les animaux nuisibles. Alors Tupa Jing, abaissant sur lui les yeux du haut du ciel, vit sa condition et en eut pitié. Il délivra une pauvre femme malade que son mari s'apprêtait à brûler vivante, comme on faisait pour tous ceux dont le cas paraissait désespéré. Il la prit dans sa demeure céleste et l'instruisit de tous les mystères de la magie. Revenue sur terre, elle communiqua tout ce qu'elle venait d'apprendre, et voilà comment les Dayak furent initiés à l'art de guérir et à la magie appropriée à leurs plantations. Chez les Lushai de l'Assam, Pathian, le dieu créateur, passait pour connaître la magie. Il l'enseigna à sa fille qui la communiqua à son tour à Vahrika, une autre figure mythologique, en rançon de sa vie. De Vahrika la connaissance et la pratique de la magie noire arrivèrent par des intermédiaires jusqu'à l'homme. Les Gond Maria de Bastar disent que la première personne au monde à avoir exercé la sorcellerie fut Nandraj Guru et que c’est à lui que tous les dieux et les morts doivent cet art. Un Maria, occupé un jour à arracher des racines dans la jungle, rencontra le Guru en train d'enseigner ses disciples, et il revint chaque jour en secret pour écouter ce qu'il disait. Le Guru finit par remarquer sa présence et lui fit manger à son insu le foie de son propre fils, lui donnant du même coup la science du mal et de la mort. Il fut le premier sorcier, et c'est de lui que les hommes tiennent le secret de léser et de tuer leurs ennemis.

Le médecin devin de l'Afrique du Sud ‑ un fonctionnaire très important ‑ a pour spécialité de diagnostiquer la cause « réelle » de la maladie. Dans les tribus Sotho il suit des règles établies qu'il tient d'autres devins et souvent ne revendique aucune investiture du fait d'esprits ancestraux. Au contraire, chez les Bathonga, les Xosa, les Zulu, les Swazi et les tribus voisines, la majorité des praticiens prétendent se laisser guider et diriger immédiatement et en tout par les ancêtres.

Le magicien des Lango (tribu nilotique de l'Ouganda) fait remonter ses facultés extraordinaires de voyance, d'hypnotisme et de ventriloquie au grand dieu Jok, soit directement, soit par l'intermédiaire d'un esprit ancestral. Ces pouvoirs ne le rendent pas seulement très réceptif aux influences personnelles de Jok, elles lui confèrent « une sorte d'influence directrice » sur cette divinité. Au moyen de substituts, de « boucs émissaires », d'artifices magiques, il peut même à l'occasion exercer une influence supérieure à celle de Jok. L'homme-médecine Shilluk, qui pratique la magie dans l'intérêt commun, a reçu ses pouvoirs soit immédiatement du grand dieu Jok, soit par l'intermédiaire des ancêtres (W. Hofmayr) [8].

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Mbori, l'Être suprême des Azandé, a créé le monde et tout ce qu'il renferme, y compris les objets magiques et les oracles. Mais le lien entre ceux-ci et Mbori est quelque chose de très éloigné. Quand on interroge un indigène sur l'origine d'une médecine, il répond que le peuple l'a toujours possédée ou qu'elle vient d'un autre peuple auquel on l'a empruntée. Et il faut le pousser à bout pour lui faire finalement mentionner Mbori. Toutefois les Azandé possèdent quelques mythes qui expliquent les objets magiques ou attestent leur efficacité dans le passé. C'est ainsi qu'un récit rapporte comment, il y a longtemps, le magicien Rakpo, un Moïse primitif, marcha avec son chef à la rencontre des envahisseurs. Au retour, l'armée se trouva prise entre l'ennemi derrière elle et une large rivière devant. Alors Rapko, qui pouvait opérer toutes sortes de choses extraordinaires, tira de sa corne une médecine, qu'il lança dans la rivière : et les eaux de s'ouvrir pour ménager une bande de terre ferme. L'armée passa sans encombre, mais, quand les ennemis voulurent les poursuivre, les « eaux s'ébranlèrent, les saisirent et les noyèrent, de sorte qu'ils périrent jusqu'au dernier » (E. E. Evans-Pritchard).

Les Nkundu du Congo belge disent que Dzakomba, ayant créé toutes choses, a créé aussi la magie. La magie est divine, elle vient de Dieu. Les Bakongo attribuent de même à Nzambi, l'Être suprême et la Cause première de toutes choses, l'origine des charmes : c'est lui qui les a remis aux ancêtres. Ceux-ci peuvent se livrer à l'exercice de la magie et tomber eux-mêmes sous le coup de la magie mise en œuvre par leurs descendants vivants.

Pour les Bafia du Cameroun, toute la magie remonte à Mubei, leur ancêtre tribal, qui fut le premier à inventer des techniques magiques. Les Ekoi de la Nigéria du Sud reconnaissent l'existence de deux divinités, Obassi Osaw, le dieu céleste, et Obassi Nsi, le dieu terrestre. La sorcellerie (ojje) passe pour dériver du premier, tandis que toute bonne magie est attribuée au second. Il arrive que l'on prie Obassi Nsi de détruire la sorcellerie, dans la conviction qu'il est impossible à celle-ci de résister à sa puissance. Au dire des Yoruba, la divination Ifa a été enseignée aux êtres humains par les dieux en personne. En outre, Ifa, le dieu auquel ce système divinatoire doit son nom, préside à cette technique dans laquelle notre ignorance voudrait ne voir que du hasard.

Au Dahomey, la magie (gbo) vient de Mawu, « le symbole générique de la divinité », comme source ultime par l'intermédiaire de son plus jeune fils, Legba. Certains autres êtres divins aussi connaissent la magie, et ils s'en servent, quand on fait appel à eux pour guérir une maladie. L'aphorisme en fait foi qui dit : « Sans gbo, impossible aux dieux de guérir. » La magie a été communiquée aux hommes par eux. Au Togo, on dit que la divinité suprême a fait la bonne magie en même temps qu'elle faisait les hommes. Elle la leur a donnée pour les aider dans toutes les situations. Comme la divinité habite à une immense distance du champ des affaires terrestres, il est impossible d'aller la trouver, alors que les magiciens sont toujours disponibles à sa place.

Les Arecuna, une tribu caraïbe du sud-est du Venezuela, attribuent l'origine de la magie à un piai mythique, un homme-médecine. Celui-ci, ayant rencontré cinq enfants qui s'étaient enfuis dans la forêt, les forma aux arts magiques et leur donna du tabac et d'autres remèdes, pour eux-mêmes mais aussi pour tous les médecins qui leur succéderaient. Les Arawak de la Guyane britannique ont un héros culturel, Arawanili, qui fut initié aux mystères de la magie par un esprit fluvial. Arawanili s'en servit pour combattre l'activité des créatures méchantes qui semaient la maladie et la mort parmi les hommes. Il devint ainsi « le fondateur du système » qui a prévalu depuis chez toutes les tribus indiennes (W.H. Brett). Les Cayapa de l'Équateur considèrent leurs esprits comme des magiciens très puissants tant en bien qu'en mal, et ils croient que c'est grâce à eux que les hommes acquièrent le pouvoir de pratiquer l'art de la magie. Les anciens Mexicains croyaient que leurs rites magiques leur avaient été enseignés par deux divinités, Oxomoco et Cipactonal.

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Le mythe Navaho des origines raconte que le premier homme et la première femme ont appris les « mystères redoutables » de la sorcellerie au cours d'une visite à la montagne où demeuraient les dieux [9]. Le mythe Zuni correspondant raconte que deux sorciers accompagnaient les Indiens durant leur retour du monde souterrain à la lumière du jour. On leur demanda comment ils étaient sortis. « Vous n'auriez pas dû sortir. Avez-vous quelque chose d'utile ? » Ils répondirent : « Oui, nous serons avec vous, peuple, parce que ce monde est petit. Bientôt ce monde sera plein de gens, et, quand ce monde deviendra de plus en plus petit (de plus en plus encombré), nous tuerons un certain nombre de gens. » Suivant le mythe Hopi, les sorciers sont les descendants de la Femme Araignée qui joue un rôle de premier plan dans les récits des origines de la vie humaine sur la terre. À l'origine tout le monde vivait sous terre dans des districts extrêmement encombrés. Beaucoup y ayant pris de mauvaises habitudes, les chefs amenèrent leurs meilleurs sujets à la surface et laissèrent sous terre les malfaiteurs, sauf la Femme Araignée et divers autres sorciers qui s'arrangèrent pour sortir avec les autres. Peu après, la Femme Araignée, ou l'un de ses sinistres compagnons, provoqua la première mort. Depuis lors les Hopi ont vu dans la sorcellerie la cause la plus courante de la mort.

Dans la mythologie des Tlingit du sud de l'Alaska, Yehl (Jelch), le Corbeau, occupe une place de premier plan. Il est le créateur des hommes et leur bienfaiteur, mais c'est lui aussi qui leur a enseigné l'art de la sorcellerie durant sa vie terrestre. Toutes les incantations des Koriak sibériens leur ont été léguées par le Créateur, qui a voulu faciliter leur lutte contre les esprits de la maladie. Avec sa femme il joue un rôle actif dans toutes les incantations. Les Bouriates donnent le nom de « forgerons » aux esprits, bons ou mauvais, auxquels les hommes sont redevables de leurs pouvoirs occultes. Ces esprits furent, en effet, les premiers à enseigner aux hommes le métier de forgeron en même temps que l'art de la magie.

On recourt souvent à des moyens propitiatoires pour déterminer les êtres spirituels à apporter un supplément d'efficacité à un rite de structure magique. C'est au magicien qu'il appartient de s'adresser à eux en un langage persuasif et conciliateur en ajoutant parfois des offrandes appropriées. Dans un certain nombre de cas, ces procédés paraissent être considérés comme superflus, et le rite magique passe pour se suffire.

Au cours d'une grave sécheresse, les Dieri (Australie méridionale) « crient l'appauvrissement de leur contrée et l'état de demi-famine de leur tribu », et ils supplient les esprits de leurs lointains ancêtres, les célestes Mura-Mura, de leur accorder le pouvoir de produire une pluie abondante. Ils se livrent alors à une cérémonie très complexe pour produire la pluie dans les nuages sombres. Deux hommes-médecine censés avoir reçu une révélation particulière des Mura-Mura sont saignés, et on fait couler leur sang sur leurs compagnons. En même temps, ils jettent en l'air des poignées de duvet ; une partie adhère au corps des assistants tandis que le reste flotte dans l'air. « Le sang symbolise la pluie, le duvet symbolise les nuages. » Entre temps, les hommes-médecine transportent de grosses pierres qu'ils disposent au sommet du plus grand arbre qu'ils peuvent trouver. Les pierres représentent les vrais nuages qui montent dans le ciel et annoncent la pluie. Finalement les autres membres de la tribu, jeunes et vieux, entourent une hutte construite pour la circonstance, donnent de la tête contre elle et s'ouvrent un chemin à travers en recommençant le manège jusqu'à ce qu'il ne reste rien de la hutte. « L'enfoncement de la hutte à coups de tête symbolise la crevaison des nuages, et sa chute symbolise celle de la pluie. » (A. W. Howitt.) Si, malgré ces cérémonies, la pluie persiste à ne pas tomber, les Dieri concluent que les Mura-Mura sont courroucés contre eux ; si cette sécheresse se maintient pendant des semaines et des mois après la cérémonie, ils supposent que quelque autre tribu a « bloqué leur pouvoir ».  Dans les saisons pluvieuses, lorsque les chutes de pluie ont été trop abondantes, les Dieri supplient également les Mura-Mura de mettre un terme aux précipitations célestes. On a vu des vieux saisis de délire à la pensée que leurs cérémonies avaient amené un excédent de pluie [10].

La tribu des Warramunga (Australie centrale) célèbre des cérémonies compliquées relatives à un serpent mythique, Wollunqua, d'une dimension telle que, s'il se dressait sur sa queue, sa tête pénétrerait profondément dans les cieux. Il vit maintenant dans une vaste mare éloignée des hommes, mais les indigènes redoutent qu'il ne sorte un jour de sa retraite pour les anéantir. Par leur objet et leur nature, les cérémonies rappellent fidèlement celles qui concernent les animaux totémiques, et Wollunqua lui-même est un totem dominant, le grand-père de tous les Serpents. Mais, à la différence des autres cérémonies totémiques, les officiants n'ont nullement l'idée de promouvoir la multiplication des serpents ; ils semblent plutôt préoccupés d'apaiser cette terrible créature. La célébration des cérémonies passe pour plaire au serpent, leur omission au contraire pour l'irriter. B. Spencer et F. J. Gillen décrivent ces rites comme une « forme primitive » de propitiation, la seule qu'ils aient rencontrée. On remarque parallèlement la présence d'un certain facteur de coercition, puisque les cérémonies passent pour commander dans une certaine mesure à l'activité de Wollunqua.

Dans l'opération-pluie des Keraki, une tribu papoue, l'officiant imite les actions qu'est censé devoir accomplir Wambuwamba, le faiseur de pluie céleste, pour produire la pluie. Il demande en même temps à l'être mythologique en question, dans un discours « auquel il est difficile de donner un autre nom que celui de prière » (F. E. Williams), d'envoyer la pluie. Chez les Orokaiva, on ne se contente pas d'invoquer les esprits des morts dans les opérations magiques ordonnées au bien publie ; on fait aussi appel à eux dans la magie de mauvais aloi. Chez les Maïlu, de même, toutes les formules magiques comportent une invocation à un esprit ancestral, en particulier l'esprit d'un ascendant décédé depuis peu, tel que le père ou le grand-père de celui qui prononce l'incantation. Le magicien Kiwai invoque parfois deux êtres célestes, Delboa et Sura, pour qu'ils envoient la pluie. En même temps, il remplit sa bouche d'eau qu'il expulse en l'air. Les Kai, une tribu montagnarde de l'ancien territoire allemand de la Nouvelle-Guinée, invoquent régulièrement l'aide des esprits, aussi bien ceux des morts récents que ceux des hommes et des femmes auxquels ]52] leurs actions terrestres ont mérité une mémoire durable. Pour produire la pluie, les Kai prononcent une formule magique sur une pierre tout en priant les deux héros d'outre-tombe de chasser Jondimi, la femme qui retient la pluie. Quand ce mélange de magie et de prière a attiré suffisamment de pluie, on arrête les précipitations en répandant des cendres chaudes sur la pierre ou en plaçant celle-ci dans un feu de bois. Dans ce dernier cas, on se passe de l'invocation animiste, et la pierre magique fait l'affaire toute seule [11]. Chez les Yabob, qui occupent deux petites îles au large de la côte sud-est de la Nouvelle-Guinée, on invoque régulièrement les esprits, et on leur adresse des offrandes au cours des rites magiques destinés à produire la pluie, le beau temps, ou à procurer une bonne mer aux navigateurs.

Les Trobriandais, qui mêlent les esprits des ancêtres à certaines opérations magiques, les prient d'agréer des offrandes alimentaires et d'assurer l'efficacité de la magie. Ces esprits passent pour être présents à certaines cérémonies, et, si quelque chose cloche, ils « se courrouceront » : c'est le mot des indigènes. En général, ils jouent le rôle de conseillers et d'auxiliaires et veillent à ce que la cérémonie se conforme fidèlement au rituel traditionnel. Les ancêtres se manifestent aussi en rêve au magicien pour lui dire ce qu'il doit faire. Celui-ci ne leur commande pas directement, ils ne sont jamais ses instruments. Les Dobuans, au contraire, commandent à tout un « panthéon de démons » au moyen de formules magiques. Toutefois, tous les êtres spirituels ne tombent pas également sous la coupe du magicien. Certains peuvent opérer d'une manière autonome. Lorsque, par exemple, la pluie ne suit pas la récitation de l'incantation pluviale, on met l'échec au compte des esprits qui n'ont pas figuré dans l'incantation, « ce qui permet à l'officiant de sauver la face en cas d'échec » [12]. Dans les îles septentrionales de l'archipel d'Entrecasteaux, on distingue souvent entre la sorcellerie qui exige, pour être efficace, une invocation à un esprit et celle qui s'en passe. Chaque espèce a son nom particulier.

Un magicien de la Nouvelle-Bretagne (péninsule de la Gazelle) rattache sa puissance occulte aux esprits dont il a reçu ses formules ou aux ancêtres qui ont pratiqué la magie avant lui et lui ont transmis leurs formules. Dans l'exercice de ses fonctions, il invoquera donc l'esprit ou l'âme intéressée ou tout au moins présumera dans son for intérieur l'assistance de l'un ou de l'autre. Les indigènes de la Nouvelle-Irlande qui veulent découvrir l'individu qui en a tué un autre par sorcellerie prennent un autre magicien pour réciter une formule sur la chevelure de la victime. En même temps le magicien invoque l'assistance des mânes de son clan. Ces mânes découvrent le coupable, font entrer dans son estomac des vers qu'il expulse avec ses excréments. N'importe qui peut dès lors connaître le coupable. Quelques formules, en usage surtout dans les milieux de pêcheurs, comportent aussi des invocations adressées aux esprits des ancêtres du clan. Ainsi, lorsqu'on emploie pour la première fois une ligne ou un hameçon, on demande à quatre hommes décédés de la parenté du magicien de renforcer l'attention à la pêche. Après la première prise, on brûle sur des pierres chauffées la moitié d'un poisson et la moitié d'un taro, et l'on convie les esprits à venir manger ce qu'on leur a servi. On croit « vaguement » que les âmes trouvent le repas agréable, même si la nourriture a été entièrement consumée par le feu, et que leur assistance est acquise pour la pêche suivante. Les âmes ont le pouvoir de rendre fous certains individus : une incantation de guerre employée par les villageois de Lesu demande à un père défunt de rendre fous leurs ennemis de manière qu'ils se livrent eux-mêmes aux assaillants.

Dans les îles Salomon septentrionales (Bougainville et Buka) celui qui se figure avoir irrité les âmes des morts recourt à la magie pour se mettre à l'abri de leurs représailles. Toutefois une âme favorable est d'un précieux secours. Afin de se ménager une bonne pêche, on prononcera son nom sur une mixture magique dont on enduit une ligne [13]. À Guadalcanal, l'Haumbata qui veut tuer un ennemi sur terre se rend dans un lieu sacré qui appartient à un être spirituel donné (un oiseau lié au groupe exogamique dont fait partie l'homme) et lui demande le mana nécessaire à l'accomplissement de son mauvais dessein. Pour cela il lui offre divers mets en même temps que du tabac. Lorsqu'un Haumbata désire se défaire d'un ennemi en mer, il adresse des offrandes à un certain requin, et la créature mythique prouvera qu'elle a agréé le sacrifice si elle brise la pirogue de l'ennemi et dévore son infortuné occupant. De même un Kindapalei sacrifie à son serpent sacré pour en obtenir le mana [14]. Dans les Salomon du sud (Mala ou Malaita, Ulawa), la puissance de la formule réside dans l'invocation formelle des esprits par laquelle elle conclut. Ainsi, pour une opération de magie noire, l'homme prend un objet tel qu'une noix d'arec, appartenant à l'homme qu'il s'agit d'ensorceler, murmure dessus quelques mots, le projette sur l'autel d'une âme désincarnée et le brûle. Dans de nombreux  cas, on souffle, en outre, sur l'objet afin de lui conférer une vertu mystique. Avant de réciter la formule, l'opérateur prie très respectueusement l'âme d'agir par l'intermédiaire de la noix dérobée. Des formules comportant une invocation de même nature s'emploient aussi pour la régulation des phénomènes atmosphériques, pour une pêche fructueuse ou le retour à la santé. Toutes les pratiques divinatoires comprennent de même une invocation à l'âme qui est mentionnée dans la formule [15].

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Quand le beau temps se prolonge trop et que l'igname sèche, les indigènes de Santa-Cruz apportent de l'argent et des aliments à l'esprit du défunt qui est supposé présider à la pluie. Ces offrandes sont accompagnées d'une invocation à l'esprit pour qu'il ne refuse pas les pluies désirées. En même temps, le magicien affecté au rite entre dans la maison de l'esprit et répand de l'eau sur le poteau de l'esprit « afin qu'il pleuve ».Si c'est de beau temps qu'on a besoin, le magicien s'abstient de se laver le visage pendant une durée prolongée et ne travaille plus, de crainte de transpirer : « il se figure que, si son corps se mouille, il va pleuvoir ». On remarque aussi une certaine forme d'influence spirituelle dans toute la magie des îles Banks. On emploie certaines pierres ou d'autres objets qui passent pour renfermer du mana, et ce mana est nettement associé à la présence d'une âme de mort. On notera toutefois que l'être spirituel n'a pas, semble-t-il, le pouvoir de résister à l'opérateur humain ou de contrecarrer l'effet désiré. Dans l'île de Malekula (Nouvelles-Hébrides), on se sert du même mot pour désigner les pratiques qui comportent une invocation aux mânes ou aux esprits et pour celles qui ne l'ont pas. Dans certaines régions de la Nouvelle-Calédonie, pour obtenir la pluie, on fait des offrandes considérables de nourriture aux ancêtres. Le magicien officiant leur adresse, en outre, des prières. Devant les crânes des ancêtres sont disposés bon nombre de récipients remplis d'eau dans chacun desquels on a mis une pierre sacrée imitant plus ou moins la forme d'un crâne. Pour hâter l'approche des nuages pluvieux, le magicien grimpe sur un arbre et agite une branche dans leur direction [16].

Dans l'île d'Ontong Java, la bonne exécution d'un rite exige la cueillette préalable de certaines feuilles. En récitant sa formule, l'opérateur les tient sur sa bouche de manière à les charger de la puissance occulte qui émane de son souffle. Toutes les formules en usage revêtent la forme de requêtes aux ancêtres, ce qui n'empêche pas le rite d'être tenu comme un « moyen infaillible » pour réaliser les desseins de l'opérateur [17].

Les Toradya du centre de Célèbes, qui ne pratiquent pas l'irrigation, sont à la merci de précipitations bien placées pour assurer la croissance de leur riz. Lorsque le besoin de pluie se fait sentir, on se rend à la rivière la plus proche, et là on s'éclabousse mutuellement, on se lance de l'eau à l'aide d'un tuyau de bambou ou encore on frappe l'eau avec les mains. On suspend aussi des hélix aquatiques à un arbre en leur enjoignant d'y rester jusqu'à ce qu'il pleuve ; alors les hélix se mettent à pleurer, et les dieux apitoyés envoient les nuages désirés. Parfois, quand la terre était crevassée par la sécheresse, les Toradya visitaient la tombe d'un chef renommé, l'arrosaient d'eau en disant : « Grand-père, aie pitié de nous, quand tu le voudras, donne-nous de la pluie, que nous puissions manger cette année. » On entretenait l'humidité de la tombe jusqu'à la venue de la pluie. Les Ifugao de Luzon connaissent une forme de sorcellerie dans laquelle le sorcier invite à une fête les mânes ancestraux d'un individu dont il veut machiner la mort, ainsi que d'autres esprits et divinités mauvaises. Il leur arrache par corruption la promesse de lui apporter l'âme de la victime projetée, incarnée dans une mouche bleue, une libellule ou une abeille. Lorsqu'un de ces insectes vient boire au bol d'arack préparé pour lui, il se fait prendre, et le sorcier le met dans un bout de bambou soigneusement bouché. L'ennemi, ainsi privé de son âme, meurt. Ce genre de sorcellerie ne peut être pratiqué avec succès que si l'opérateur connaît les noms des esprits ancestraux dont il doit utiliser les services.

Tout en plantant son padi (riz), la femme de Bornéo agite le charme voulu. sur le champ en apostrophant la graine : « Puisses-tu avoir une bonne tige et un bel épi, que toutes tes parties croissent harmonieusement. » Puis, s'adressant aux animaux nuisibles : « Rats, descendez la rivière, ne nous tourmentez pas ; passereaux et insectes nuisibles, allez manger le padi des gens en aval. » Si les animaux nuisibles persistent, la femme peut tuer une poule et arroser de son sang la plantation, tout en sommant les animaux de disparaître et en priant le dieu des moissons de les expulser. Chez les Kenyah, le principal oiseau augural est le faucon charognard à tête blanche, Bali Flaki, qui tient le rôle de messager et de médiateur entre les hommes et l'Être suprême. Celui qui veut nuire à un autre sculpte dans le bois une grossière image de son ennemi, se retire dans un lieu tranquille et attend qu'un faucon charognard apparaisse dans le ciel. Il barbouille l'image du sang d'une poule tout en disant : « Mets de la graisse dans sa bouche » ; l'invitation s'adresse au faucon et signifie : « Que sa tête soit prise ! » (Les indigènes, qui sont chasseurs de têtes, mettent de la graisse dans la bouche de toutes les têtes qu'ils prennent.) L'opérateur perce alors la poitrine de l'image avec une lancette de bois et la jette dans un étang rougi avec de la terre rouge ; enfin il l'en retire et l'enterre. Si le faucon dirige son vol dans la direction qui convient (vers la gauche), le compte de son ennemi est bon, mais, si l'oiseau se dirige vers la droite, c'est que son ennemi est plus fort que lui [18].

Les Garo de l'Assam ont une cérémonie très simple pour mettre fin à une sécheresse prolongée. Les habitants mâles du village se rendent auprès d'un rocher imposant des environs. Chacun emporte une gourde remplie d'eau. Le prêtre, après avoir imploré la pitié du dieu, sacrifie une chèvre dont il répand le sang sur le rocher. Chacun verse alors le contenu de sa gourde sur le prêtre jusqu'à ce qu'il soit trempé. La cérémonie se déroule au roulement des tambours et au son des instruments à vent. Si la pluie ne cesse pas, le Garo obtient le beau temps en allumant simplement des feux autour des rochers en même temps qu'on sacrifie une chèvre ou une poule au dieu.

Les Toda des monts Nilghiri accompagnent toujours l'acte de sorcellerie d'une invocation aux êtres divins pour en garantir l'efficacité. On y mentionne les noms de quatre grandes divinités, « et il semble bien que le sorcier ait conscience d'arriver à ses fins grâce à la puissance des dieux ». (W.H. Rivers.) Par grand besoin de pluie, les Oraon de Chota Nagpur recourent à la cérémonie suivante : au matin d'un jour fixé, les femmes du village ayant à leur tête la femme du prêtre du village se rendent à un réservoir ou à une source ; là, chacune (après ablution) remplit sa cruche d'eau. Se dirigeant alors vers un figuier sacré, elles versent l'eau sur le pied de l'arbre tout en prononçant ces paroles : « Puisse la pluie tomber sur la terre comme ceci ! » La femme du prêtre peint aussi le tronc de l'arbre avec du vermillon dissous dans l'huile. Enfin, une fois que les femmes ont quitté les lieux, le prêtre du village sacrifie un coq rouge au dieu Baranda. Les Oraon sont fermement persuadés que la pluie ne peut manquer de tomber dans un jour ou deux ; ils disent même qu'une forte averse surprendra probablement les femmes sur le chemin du retour.

Un magicien Basuto produit la pluie en remuant avec un roseau une décoction d'herbes et de racines, en même temps qu'il prie les mânes de ses ancêtres d'émouvoir le dieu suprême. [57] « Il se peut, déclare le missionnaire dont nous utilisons ici le témoignage, que, versé dans la science du temps comme beaucoup d'indigènes intelligents, il ait pris l'habitude de se comporter ainsi quand la pluie est probable ; il se peut que ce soit pure coïncidence, ou encore que le Tout-Puissant exauce les prières de ces vieux païens incultes. » Chez les Babemba de la Rhodésie du Nord, le magicien, une fois qu'il tient sa médecine, doit invoquer le nom de Lesa, le grand dieu, « sans qui, croit-il, la magie serait inopérante » (A.I. Richards). Lorsque les Ba-ila souffrent d'une sécheresse prolongée, ils commencent par aller trouver un devin. Celui-ci consulte ses oracles et annonce, par exemple, que tel esprit ancestral a envoyé la calamité et qu'il faut lui offrir un sacrifice pour l'apaiser. S'il déclare que la responsabilité n'est pas à des mânes, on va trouver un prophète ou une prophétesse. Celui-ci, ou celle-ci, leur ordonne de prier Leza (Lesa) et en même temps de faire une cérémonie de la pluie. Le faiseur de pluie prend une marmite dans laquelle il verse de l'eau et met des racines d'un certain arbre ; avec un petit bâton fourchu il agite le liquide et le fait mousser. Il jette la mousse dans toutes les directions afin de rassembler les nuages. Il brûle ensuite une autre médecine qui produit une fumée épaisse ayant des accointances avec les nuages. Il place les cendres dans une marmite d'eau, et l'eau devient noire : une autre allusion aux nuages noirs. De nouveau le faiseur de pluie agite son bâton dans la mixture, et le mouvement apportera aussi sûrement les nuages que ferait le vent. Pendant tout ce temps, les assistants chantent et invoquent les noms de majesté de leurs grands dieux

« Viens à nous avec une pluie prolongée, ô chute de Leza. » (E. W. Smith.)

Dans le Nyasaland, quand la pluie tarde trop, les gens disent : « Regardez, la pluie continue à refuser de tomber : venez, essayons de rendre propice l'esprit de la pluie, peut-être la pluie viendra-t-elle. » Ils font alors de la bière de maïs ; ils en versent une certaine quantité dans une marmite enterrée dans le sol, et l'individu chargé de la cérémonie dit : « Maître, tu as endurci ton cœur à notre égard, que veux-tu que nous fassions ? Nous allons mourir. Donne des pluies à tes enfants ; voici la bière que nous t'avons donnée. » Chacun alors de boire un peu de la bière qui reste. Lorsqu'ils ont fini, ils prennent des branches d'arbres et se mettent à chanter et à danser. De retour au village, ils constatent qu'une vieille femme a puisé de l'eau en toute hâte et l'a placée dans l'encadrement des portes. Les gens y plongent leurs branches qu'ils agitent en l'air en dispersant les gouttes. c< Ils voient alors la pluie arriver en gros nuages d'orage. » (R. S. Rattray.)

La magie des Wanyamwezi du Tanganyika comporte le concours des esprits des morts. La puissance du magicien des Masai, nous dit-on, ne tient pas à sa personne mais à sa capacité d'entrer en communication avec Ngai, le grand dieu « qui opère par lui et confère une vertu magique à différents objets » (J. Thomson). On rapporte la même chose des Akikuyu. Lorsqu'une sécheresse prolongée menace les Nandi de famine, les vieux conduisent une brebis noire à la rivière et la poussent dans l'eau. Puis ils remplissent leur bouche de bière et de lait qu'ils crachent dans la direction du soleil levant. Quand l'animal sort de l'eau et se secoue, les vieux chantent une courte prière à la divinité : « Donne-nous de la pluie, disent-ils, nous souffrons telles des femmes en travail. » (A.C. Hollis.)

Chez les Bari du Soudan anglo-égyptien, le grand faiseur de pluie commence ses opérations en oignant d'huile ses pierres et cristaux magiques. Puis il manipule certaines baguettes de fer qui permettent d'attirer les nuages pluvieux dans la direction désirée. Il prononce alors à voix basse une prière à son « père » Lugar : « Ô mon père, envoie la pluie ! Envoie la pluie ! Envoie la pluie ! Tu as été en ton temps un puissant faiseur de pluie... Maintenant que tu es mort, je reste pour faire la pluie à ta place. Envoie la pluie ! Envoie la pluie ! » (F. Spire.)

Dans la pensée des Bangala du Congo supérieur, les violents orages et les phénomènes les plus terrifiants de la nature qui se produisent au moment de la mort ou de la sépulture d'une personne sont causés par elle. C'est pourquoi, lorsqu'un orage menace d'éclater pendant des funérailles, l'assistance supplie l'enfant préféré du défunt de l'arrêter. Celui-ci prend au foyer une braise qu'il agite dans la direction de l'horizon où l'orage se forme et dit : « Père, donne-nous du beau temps pour tes funérailles. » Cela fait, le garçon ne doit pas boire d'eau ni mettre ses pieds dans l'eau pendant un jour. La pluie tomberait sur-le-champ, s'il manquait d'observer ces défenses (J.H. Weeks).

Chez les Angas de la Nigéria du Nord, la production de la pluie compte parmi les fonctions du Sarkin Tsafi, le chef religieux du village, qui cumule, du reste, parfois les fonctions de chef civil. Chaque village a une hutte de pluie spéciale dans laquelle on conserve durant toute la saison pluvieuse une marmite sacrée de pluie. Lorsqu'il ne pleut pas, ou que la pluie tarde anormalement, le peuple se rassemble autour de la hutte. Le Sarkin Tsafi y entre, sacrifie un poulet dont il verse le sang autour du pied de la marmite. Il dit : « Eau, tu vois que nos plantations sont toutes desséchées, nous te supplions de descendre sur nos récoltes. » Absorbant alors une gorgée de l'eau de la marmite, il la crache autour de lui en averse. La pluie se fait-elle attendre, on conclut que l'officiant devait être dans un état d'esprit défectueux. Des paroles de colère entre lui et un membre de sa famille ou de la communauté doivent avoir causé des pensées discordantes. Pour s'en purifier, il offre une chèvre à l'autel central. Maintenant tout est pour le mieux : la pluie tombera sûrement (C. K. Meek).

Suivant les Huichol, une tribu de l'État mexicain de Jalisco, le magicien ne peut opérer de sorcellerie si l'un des dieux principaux, invoqué par lui, ne lui porte assistance. D'après les Tarahumara, les animaux ne sont nullement des créatures inférieures ; ils connaissent la magie et peuvent aider les hommes à faire la pluie. Leurs appels et cris caractéristiques du printemps passent pour des invocations aux divinités de la pluie. Les Lillooet de la Colombie britannique sont convaincus que le coyote et le lièvre ont pouvoir sur le temps froid, la chèvre de montagne sur la neige, le castor sur la pluie. Lorsque, pour une raison ou pour une autre, ils désirent un changement de temps, ils brûlent la peau de l'animal voulu et lui adressent ensuite une prière.

Il arrive qu'on fasse pression sur des êtres spirituels pour obtenir leur intervention et assurer ou renforcer l'efficacité d'un rite magique. Un Malais de la péninsule, après avoir modelé une statue de cire de son ennemi et l'avoir enterrée, s'adresse au prophète Tap en ces termes : « Aide-moi donc à le tuer ou à le rendre malade : si tu ne le rends pas malade, si tu ne le tues pas, tu seras rebelle à Dieu... Exauce donc ma prière aujourd'hui même. » Ce rite, on le voit, combine un acte de magie avec une demande d'assistance et une menace en cas de non-exécution (W. W. Skeat).

Un sorcier Kuraver (tribu ou caste pillarde du sud de l'Inde) fait d'abord une image de l'ennemi qu'il veut blesser ou tuer. Puis il récite une formule d'incantation. Après avoir convenablement apostrophé le dieu par son nom, on lui dit où se trouve l'ennemi, ce qu'il y a lieu de lui faire pour détruire ses récoltes ou même le faire périr. On lui fixe même un délai précis pour exécuter le sinistre dessein. On menace le dieu de châtiment, s'il n'exécute pas la tâche assignée : « Si tu ne descends pas, je viendrai, je te ferai passer une épine à travers le nez, et tu auras de la peine à respirer. Si tu ne m'aides pas dans cette entreprise désespérée, je te mettrai en pièces, je suspendrai tes membres aux branches d'un arbre, et les rameaux porteront le poids de tes bras, de tes jambes et de tes os. Viens à midi précis, saisis mon ennemi et mène-le à la tombe... Amène-le ! Amène-le ! Sinon je couperai ton épaule à droite et à gauche, et je te serrerai à la gorge jusqu'à ce que tu sois mort, mort, mort. » (W.J. Hatch.)

La distinction entre des pratiques purement magiques et des pratiques magico-animistes du genre de celles qu'on a décrites dépend de l'attitude mentale de l'opérateur, et celle-ci peut varier suivant les rites et selon les circonstances où le même rite est employé. Parfois l'opérateur n'aura aucun commerce avec les êtres spirituels et préférera fonder sa réussite sur son pouvoir occulte joint à celui de ses charmes et de ses formules. À d'autres moments, en revanche, l'intervention des esprits est tenue pour nécessaire, à un degré ou un autre, à la bonne issue de son dessein avoué. Son option pour des mesures propitiatoires ou pour des voies de coercition dépend de la puissance qu'il attribue respectivement aux unes et aux autres. Une âme de mort, un esprit ou un dieu, dotés d'un abondant mana, seront plus naturellement traités amicalement et sous forme de prière ; une faible réserve de mana justifiera au contraire la menace de mauvais traitements dans le cas de non-exécution. Toutefois, pas plus dans le premier que dans le second cas, l'opérateur n'a la certitude absolue que son désir sera exaucé. L'être spirituel, à l'ordinaire bien disposé, peut se trouver momentanément de mauvaise humeur et peu disposé à se plier au désir exprimé. Un autre être spirituel, tout le contraire de bien disposé, peut demeurer indifférent à toutes les menaces. Il ne faut pas oublier que les âmes désincarnées, les esprits et les dieux sont des êtres anthropomorphiques, doués de volonté et de passion et généralement capricieux dans leurs rapports avec les hommes.

Il existe enfin une troisième classe, très étendue, de pratiques magico-animistes, dans laquelle les êtres spirituels sont nettement placés sous l'autorité de l'opérateur. Celui-ci les envoie dans le corps des hommes pour causer ou guérir la maladie, pour faire mourir ou arracher à la mort. Il les désincarne des hommes qu'ils habitent pour les transporter bon gré mal gré dans un « bouc émissaire » animé ou inanimé. Nécromancien, il ordonnera aux esprits du monde souterrain de prononcer des oracles ou de découvrir des choses cachées ; voyant, il exigera des esprits de faire des révélations de bonne ou mauvaise aventure. En outre, la croyance répandue que les êtres spirituels dépendent vraiment de l'homme explique qu'on puisse les prier d'appuyer des rites destinés moins à les contraindre qu'à renouveler leurs énergies. Enfin il faut noter que les prières, les sacrifices et les autres rites animistes, à force d'être répétés et en se formalisant, ont pu prendre, dans l'esprit du suppliant, une action de contrainte ou de renouvellement par rapport à leurs destinataires. Dans toutes ces pratiques, l'humeur inégale des mânes, des esprits et des dieux est sur le point de disparaître. Ils ne sont pas moins dociles au magicien que les hommes et les femmes, la création inanimée, bref tout ce qui compose le royaume de la nature. Ils doivent se rendre aux désirs exprimés ni plus ni moins que les génies aux ordres d'Aladin dont on vient de voler la lampe.

Il est possible maintenant de définir la magie. Envisagée comme croyance, nous dirons que c'est la reconnaissance d'une force occulte impersonnelle, ou tout au plus vaguement personnelle, mystiquement dangereuse et d'accès difficile, mais susceptible d'être dirigée et canalisée par l'homme. Envisagée comme pratique, c'est l'utilisation de cette force à des fins privées ou publiques, bonnes ou mauvaises, orthodoxes ou non, licites ou illicites suivant le crédit que lui accorde une société donnée en des circonstances données. Les rites magiques se divisent, du point de vue de leur intention, en divinatoires, effectifs ou aversifs. Le magicien découvre ou prédit ce qui est normalement interdit au regard de l'homme pour des raisons de temps ou d'espace ; il dirige et manie les êtres et les phénomènes de la nature ainsi que tous les êtres animés pour les faire servir aux besoins réels ou supposés de l'homme ; enfin il combat, neutralise et élimine les maux, vrais ou imaginaires, qui affligent le genre humain. Bref, le domaine de la magie est presque aussi vaste que celui de la vie humaine. Tous les êtres qui sont sous le ciel, voire les habitants même du ciel, tombent sous son empire.



[1]     A.L. Kroeber note au sujet des Indiens de Californie qu' « un indigène préalablement informé de nos termes d'essence, de qualité immanente, de puissance imperceptible diffuse, conviendra qu'ils équivalent à son concept, mais, dans une autre circonstance, il rendra sans plus de façons son idée par « esprit » au sens de quelque chose de limité, de personnel, de spatial ». En Amérique du Sud, selon Rafael Karsten, « l'Indien sauvage conçoit tour à tour, dans l'espace de quelques minutes, le surnaturel comme un esprit ou un démon plus ou moins personnel et comme un mana impersonnel ».

[2]    Les Kurnai, les Wurunjerri se figuraient que certains esprits se vengeaient des gens qui s'approchaient trop près de leur repaire. Ils projetaient des objets de « magie maléfique » dans le corps des violateurs de domicile et les rendaient estropiés. Ces objets n'étaient visibles que des hommes-médecine, qui étaient donc aussi les seuls capables de les extraire, sous forme de pierres, d'os ou d'autres corps étrangers.

[3]    Byamee, « le puissant wirreenun », passe pour vivre éternellement. Personne n'ose regarder son visage, car la vue de ce vieillard tue. Il habite, solitaire, dans d'épaisses broussailles sur le sommet d'une montagne.

[4]    Les iruntarinia, à l'ordinaire bien disposés, peuvent aussi se montrer très rigoureux pour ceux qui les offensent. C'est ainsi qu'il arrive à l'un d'entre eux d'introduire dans le corps du coupable un bâton barbelé attaché à une corde. En tirant sur la corde, il lui cause alors une terrible douleur. Seul un médecin très expérimenté peut extraire le bâton invisible.

[5]    H. I. Hogbin, à propos de l'île de Mala ou Malaita.

[6]    Maui, le grand héros maori, prit le soleil au lasso et, au moyen d'une arme enchantée, lui fit une telle blessure qu'il ralentit désormais sa course, alors que jusque-là il se précipitait à travers le ciel en incendiant le monde. Au moyen d'incantations et d'un hameçon enchanté, Maui tira un continent (Nouvelle-Zélande) du fond de la mer. Samoa et Mangaia ont une histoire analogue du soleil pris au lasso par Maui.

[7]    Dans les îles Hawaï on attribuait la fondation d'une des plus anciennes écoles de sorcellerie à la déesse Pahulu. Cette école avait son siège particulier dans l'île de Molokaï. Les sorciers de cette île avaient plus de mana que ceux des autres îles.

[8]    Suivant une autre relation (C. G. Seligman et Brenda Z. Seligman), l'homme-médecine doit son pouvoir au fait qu'il est possédé par les mânes des premiers rois Shilluk. Trois de ces rois seulement avaient la propriété de hanter les magiciens vivants.

[9]    Le premier homme et ses huit compagnons vivaient dans le quatrième des douze mondes souterrains. Ils furent les premiers sorciers « et la cause de la maladie et des affections mortelles ».

[10]   Suivant Erhard Eylmann, qui a longuement séjourné parmi les Dieri, le nom de Mura-Mura, qui signifie « très saint », s'applique aux esprits bons de la tribu. Le plus élevé de ces esprits est aussi le créateur des hommes, des animaux et des plantes.

[11]    Même situation chez les Bukaua, où les magiciens adressent parfois des prières aux ancêtres.

[12]   R. F. Fortune (Sorcerers of Dobu, London, 1932). Malgré leur efficacité immanente, les paroles des incantations ne dispensent pas du respect envers les esprits qui y interviennent. R. F. Fortune n'a trouvé aucun exemple d'incantations de ce genre : « Allons, ignames ! Poussez et dépêchez-vous. » Les ignames, en tant qu'êtres personnels, ne veulent pas être tyrannisés.

[13]   À San Cristoval, l'indigène souffle sur tout ce à quoi il communique le mena (mana). Le souffle est la vie ; l'âme, « dans la mesure où il est possible de se la représenter », est souffle (C. E. Fox).

[14]   Dans l'île de Guadalcanal on ne cesse de faire des sacrifices aux esprits pour se ménager leurs bonnes dispositions et en même temps leur manama (mana). Les esprits que l'on néglige sont capables de retirer le pouvoir et, en cas de courroux, d'envoyer maladies et calamités.

[15]   Dans les petites îles Owa Raha et Owa Riki de l'archipel Salomon, toutes les incantations sont adressées à une âme ancestrale particulière. Comme les âmes réagissent à des formules différentes, on peut mesurer si leur nombre, et celui des pratiques correspondantes, est immense.

[16]   Suivant le Père Lambert, les Néo-Calédoniens ont toutes sortes de pierres magiques dont l'usage est déterminé par leurs formes différentes et leur aspect particulier. Une pierre causera une famine, une autre fera perdre la raison, une troisième produira la pluie, une quatrième amènera la sécheresse, celle-ci viendra au secours des pêcheurs, celle-là fera pousser les ignames ou sécher la noix de coco, etc. La magie pratiquée au moyen de ces pierres semble s'accompagner régulièrement d'invocations aux esprits des ancêtres.

[17]   À Ontong Java on ne trouve pas de nom pour la « puissance surnaturelle o attribuée aux âmes des morts.

[18]   Le rite klemantan (Bornéo) est substantiellement identique, à cela près qu'il est plus élaboré.

 

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