L'objet magique

L'objet ‑ ou la collection d'objets ‑ matériel, inanimé, qui est supposé renfermer une puissance occulte immanente ou conférée, constitue le charme ou la « médecine ». Petit et portatif, on le portera souvent sur soi, on ne se déplacera pas sans lui, on le conservera ; mais n'importe quoi, quelles que soient ses dimensions, peut servir de réservoir magique. La plupart des charmes sont propriété privée ; certains appartiennent à une famille ou à un groupe social ; certains ne sont à personne.

On distingue souvent entre les charmes-talismans destinés à porter chance et les charmes-amulettes destinés à protéger contre un mal réel ou imaginé. À vrai dire, le même charme peut servir tantôt à l'un, tantôt à l'autre, ou allier des propriétés positives à des propriétés négatives. Beaucoup de charmes ne sont utilisés ni comme talismans ni comme amulettes. En revanche, une multitude d'objets employés pour acquérir leurs qualités se rangent parmi les talismans ou les amulettes sans être des charmes, puisqu'on ne leur attribue aucune puissance occulte.

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Tout objet qui retient l'attention par son unicité, sa rareté, son apparence curieuse, ses propriétés mystérieuses ou les circonstances insolites de sa découverte ou de son emploi, tout objet de ce genre est susceptible d'être doué d'une puissance occulte. Sa possession semble-t-elle avoir porté chance à son propriétaire, on le gardera comme « faste », tandis qu'un objet analogue lié à une expérience inverse sera tôt ou tard écarté. Les Lhota Naga thésaurisent certaines pierres comme porte-bonheur. Ces oha ‑ c'est leur nom ‑sont des objets lisses, usés par l'eau, dont les dimensions vont d'une tête d'homme à une noix et qui reposent sur le sol dans des petits nids qu'ils se sont faits eux-mêmes. « Celui qui trouve une telle pierre la porte chez lui, et il observe si sa famille s'accroît rapidement, ou s'il a de bonnes récoltes, ou s'il est particulièrement heureux en affaires. Il découvre ainsi la forme particulière de chance qui est attachée à la pierre. » Les oha plus volumineux sont propriété commune et commandent la prospérité du village tout entier (J. P. Mills). Les [124] bina, ou charmes, des Indiens de la Guyane consistent surtout en plantes, qui sont, à de rares exceptions près, des variétés de caladium. À chaque variété est assigné le rôle de faciliter la prise d'un gibier différent. Les plantes poussent spontanément dans d'anciens champs ; c'est là qu'on va choisir avec soin les espèces les plus appréciées pour les cultiver dans le voisinage immédiat de l'habitat. En règle générale, les femmes sont censées n'y pas toucher et ne pas même les voir. La plupart du temps, les feuilles des plantes offrent une ressemblance réelle ou imaginaire avec l'animal avec lequel elles passent pour avoir une affinité. Le charme du « bush-hog » a une feuille qui rappelle la glande odorante de l'animal ; le charme du cerf a des cornes de cerf ; le charme du tatou symbolise ses petits yeux saillants. Si l'on en croit les indigènes, l'efficacité propre de chaque charme a été découverte par voie de simple expérimentation : le chasseur a essayé les plantes l'une après l'autre ; tombait-il sur un tigre ou un serpent, la plante en sa possession était immédiatement rejetée ; rencontrait-il un mégapode ou quelque autre gibier analogue, il gardait la plante pour s'en servir à l'avenir, et ainsi de suite pour chaque oiseau ou quadrupède présentant une valeur économique. De telles expériences de hasard ont sûrement joué leur rôle important dans la confection des charmes ; et il est certain qu'elles ont fortement contribué à confirmer la foi à l'efficacité des charmes en même temps que des incantations et des actes manuels.

Le choix de charmes particuliers est parfois le fruit d'un rêve ou d'une vision. Une forme de magie noire très en honneur chez les Kurnai de l'État de Victoria consiste à employer un galet noir bombé du nom de bulk. Déposé sur les excréments frais de la victime visée, il meurtrit ses intestins, et elle meurt. Ce bulk est révélé à l'homme durant son sommeil par les âmes des morts. Dans la tribu papoue des Koita, les mânes révéleront à une personne en rêve l'endroit où chercher le charme et son mode d'emploi [1]. Les charmes des Kayan de Bornéo proviennent le plus souvent avant tout d'indications obtenues pendant un rêve ; l'homme rêve qu'un objet précieux va lui être donné ; à son réveil, ses yeux tombent-ils sur un cristal de quartz ou sur tel autre objet plus ou moins singulier, il le suspend au-dessus de sa couche. En se couchant, il lui confie qu'il désire un rêve favorable ; si son vœu est rempli, l'objet lui servira désormais de charme ; dans le cas contraire, l'objet sera rejeté. Chez les Mikir de l'Assam, les charmes peuvent être découverts par hasard dans une rivière, dans un champ, [125] dans la jungle, mais un rêve peut aussi bien enseigner à l'homme où les trouver.

Les Indiens de l'Amérique du Nord ont leur sac, leur sacoche ou leur ballot de médecines ; ils y gardent enveloppée, quand ils ne s'en servent pas, leur collection de charmes variés. Ceux-ci sont considérés comme les dons directs des puissances spirituelles qui gouvernent l'univers. Certaines de ces sacoches intéressent l'ensemble de la tribu ou ses clans et ses sociétés secrètes ; d'autres sont un bien privé obtenu par voie de rêve, de vision ou de hasard.

Parfois les charmes se révèlent eux-mêmes à telle ou telle personne au moyen d'un signe ou d'une action particuliers un Indien Salinan de la Californie centrale rêve d'un objet destiné à être son charme, et à son réveil il le trouve dans sa main. Un Chukchi buta un jour contre une pierre et faillit se fouler la cheville ; il eut la preuve que la pierre voulait devenir son charme. Un autre, endormi dans la toundra, trouva un charme sous son oreiller.

La détermination des objets destinés à servir de charmes est naturellement en fonction de la matière première locale et des exigences particulières des usagers ; d'où leurs formes sans nombre. Alors que beaucoup d'objets sont employés comme « spécifiques », sont efficaces dans des conditions plus ou moins précisées, d'autres incorporent une puissance occulte indifférenciée et comptent plusieurs, voire de nombreuses applications. Le sel, à cause de ses propriétés conservatrices, les morceaux de quartz dont le frottement produit une brillante étincelle, le silex étroitement lié à la foudre, la pierre d'aimant à cause de son pouvoir d'attraction, certaines plantes stimulantes comme le tabac et le peyotl des Indiens d'Amérique, voilà quelques exemples, entre beaucoup, de la dernière classe d'objets. Tous possèdent à un degré prononcé l'élément de mystère qui caractérise le magique.

L'emploi de cailloux de quartz (cristaux) comme charmes est très répandu. En Australie, ils sont généralement détenus par les hommes-médecine des tribus sud-orientales, qui les montrent à leurs novices au cours des cérémonies de l'initiation. Un jeune homme qui venait d'être initié raconta à Howitt : « Lorsque j'étais petit garçon, je ne croyais pas tout ce qu'on me disait sur les Joias, mais, quand j'eus vu, au Kuringal, les Gommeras les tirer de leurs entrailles, j'ai tout cru. » Les anciens de la tribu, lors du Kuringal auquel assista Howitt, furent très émus lorsque l'un des jeunes gens qu'ils venaient d'initier tomba malade. Ils craignirent que les dents [126] enlevées au novice n'eussent été placées dans la sacoche d'Howitt, qui contenait quelques-uns des merveilleux cristaux, et que le pouvoir funeste de ces objets, en entrant dans les dents, eût nui au jeune homme. Les Kabi et les Wakka du Queensland affirment que les cristaux, qui communiquent une extraordinaire vitalité à leur possesseur, sont fournis par certains esprits mâles hantant les sources minérales. Un médecin qui en contient beaucoup est connu sous le nom de kundir bonggam, « beaucoup de cailloux ». Les Arunta et leurs voisins donnent aux cristaux le nom d'atnongara. Le médecin les garde dans son corps et les produit à volonté. En les projetant dans le corps du patient, il arrive à combattre les influences mauvaises qui y sont à l'œuvre ; ce sont des sortes d'« antitoxines ». Tant que le médecin garde les atnongara, il est capable d'exercer la guérison ; mais, si pour un motif ou un autre, il les perd, son pouvoir  disparaît pour de bon.

Dans l'île Dobu, presque personne qui n'ait des cristaux volcaniques. Mais seuls le devin et le magicien peuvent s'en servir : le premier lit au dedans, le second connaît l'incantation qu'il faut pour les projeter dans une victime ou pour les en faire sortir. Cette insertion et cette extraction sont pour nous un tour de passe-passe ; mais le magicien ne voit pas les choses de cette façon. Pour lui la présence des cristaux dans sa main, après qu'il les a émis ou qu'il les a extraits, est « immatérielle » ; cette conception est naturellement sans commune mesure avec notre jugement prosaïque sur son exploit.

Le magicien des Semang, ces grossières tribus Négritos de Malaisie, guérit au moyen d'un cristal, qu'il fabrique lui-même ou qu'il obtient des Chinoi, les nains qui habitent dans les cieux ou dans les fleurs. En regardant dans le cristal, il lit le mal du patient et peut alors prescrire le remède approprié. Le magicien conserve le cristal dans sa poitrine et l'en tire lorsqu'il en a besoin en se frappant à cette place avec son poing [2].

Chez les Kobéua du nord-ouest du Brésil, on introduit de petites pierres blanches (dupa) de nature magique dans la tête du candidat à l'office d'homme-médecine. Les Jivaro de l'est de l'Équateur attribuent une grande puissance occulte aux cristaux. Dans tous les cas, le magicien affirme être entré en leur possession au cours d'un rêve. On les emploie en particulier comme remèdes contre les coups de froid et les autres malaises. L'une de ces pierres est déposée dans une gourde renfermant du jus de tabac ; on prononce une incantation sur la potion que l'on boit ensuite. Un homme-médecine iroquois pouvait posséder en lui-même un cristal « vivant » qu'il tirait de sa bouche ou de son nez ; placé dans une coupe d'eau,, il faisait apparaître une personne qui avait pratiqué la sorcellerie sur une autre ; en l'appliquant au corps de l'individu ensorcelé, on pouvait en tirer des cheveux, des brins de paille, des feuilles, des cailloux et d'autres menus objets.

En dehors des cristaux de quartz, d'autres pierres encore servent de charmes. Chez les Angami Naga, les pierres de forme ou d'aspect étrange ou de dimensions considérables « deviennent aisément objets de révérence ». Les Sema Naga vénèrent n'importe quelle pierre de configuration bizarre, mais ils prisent surtout une pierre noire usée par l'eau, de forme vaguement sphérique et partagée par une mince bande blanche. L'objet en cause assure le succès dans la guerre au village assez heureux pour le posséder. Les Karen de Birmanie, surtout les tribus plus sauvages, ont certaines pierres en grande révérence. Elles sont d'ordinaire propriété privée ; on trouve pourtant dans certains villages des pierres « si sacrées et si puissantes que seuls certains des anciens les plus sages osent les regarder ». Ces objets sont généralement des morceaux de cristal de roche ou de rocher à stratifications bizarres. « Tout ce qui frappe le pauvre Karen ignorant par son aspect insolite passera nécessairement pour posséder des vertus occultes. » (C.J.F.S. Forbes.) Chez les Indiens Zuñi du Nouveau Mexique, les objets les plus renommés pour favoriser la bonne chasse sont des concrétions rocheuses naturelles ressemblant à des animaux de gibier ou encore des objets dont l'art est venu souligner encore la ressemblance originelle avec ces animaux. On admet ‑ tout au moins les prêtres ‑ que ce sont soit de vraies pétrifications d'animaux ou qu'elles l'ont été à l'origine. On les « exhorte » par des prières et des cérémonies à procurer bonne chance au chasseur, et on leur offre des sacrifices. C'est dire qu'on doit les regarder comme la demeure d'êtres personnels, mais tout indique que l'influence des prêtres a contribué à les spiritualiser.

Les restes d'animaux, surtout les os, constituent une classe considérable de charmes. Les Bagobo de Mindanao créditent toute sorte d'animaux de « qualités mystérieuses » et assignent de ce fait une vertu spéciale à certaines parties de leur corps, comme le poil du lémur volant ou le foie et les pattes de corneille. Les Banda de l'Oubangui-Chari sont persuadés que la barbe d'une panthère plongée dans la bière rend celle-ci mortelle pour le buveur. Lorsque les Indiens Creek partaient [128] pour un raid de scalps, le chef ou l'homme-médecine avait la charge d'un ballot d'objets magiques. Parmi les charmes puissants de ce ballot se trouvaient des fragments des cornes d'un serpent mythique capturé et tué par le peuple qu'il avait décimé pendant des générations. Les cornes, pensait-on, empêchaient les guerriers d'être blessés. Chez les Lillooet de la Colombie britannique, certaines parties des animaux étaient appelées « mystérieuses » et ne pouvaient être mangées que par les hommes âgés ; tous les autres qui en mangeaient tombaient malades. Les chasseurs découpaient ces parties, les passaient à un bâton et les plaçaient sur la branche d'un arbre. Dans ces cas et d'autres analogues, on ne porte ni n'utilise ces reliques pour se procurer les qualités proverbiales d'un animal donné : vitesse, endurance, courage, férocité ; le choix du charme est uniquement dicté par le désir d'obtenir la puissance occulte prêtée à l'animal et qui passe pour résider dans les os ou dans d'autres parties du corps.

Les reliques humaines forment elles aussi, très souvent, des charmes appréciés. Les Tasmaniens croyaient qu'un os du crâne ou des bras d'un proche décédé, cousu dans un morceau de peau et porté autour du cou, préservait le porteur de la maladie et d'une mort prématurée. Dans la tribu sud-australienne des Buandik, on croyait que les cheveux humains tissés en cordage, barbouillés d'ocre et de graisse et enroulés autour d'un piquet éloignaient la foudre. Les indigènes de l'État de Victoria utilisaient comme charme de chasse un peu de graisse ou de peau ou un fragment d'os pris à un mort. Les chasseurs du Queensland emportaient quelquefois à la chasse, comme porte-bonheur, de la graisse des reins d'un homme mort. Les Arunta ainsi que d'autres tribus de l'Australie centrale coupent la chevelure d'un mort pour en faire une ceinture qu'ils donnent au fils aîné du défunt ou, à son défaut, à un frère plus jeune. Cette ceinture est très puissante ; elle communique à son détenteur toute la dextérité guerrière du défunt et particulièrement sa sûreté de visée, en même temps qu'elle trouble celle de l'adversaire. Chez les Murngin de la Terre d'Arnhem (Territoire du Nord), on conserve soigneusement le sang du cœur d'un homme dont l'âme a été « volée » par un magicien « noir » ; il se présente souvent comme une sorte de résine censée être du sang durci ; il confère un « petit pouvoir supplémentaire » dans le combat, à la chasse ou à la pêche. Le magicien « blanc » le met quelquefois dans sa sacoche pour en renforcer la puissance. Ce sang (ou cette résine) accroît encore son mana en passant par les mains de nombreuses personnes. Il fait souvent l'objet d'un commerce entre Murngin de régions très distantes. En Nouvelle-Bretagne, c'était la coutume de placer à l'extrémité inférieure de la lance des tibias ou des cubitus d'un ennemi qui avait été tué et mangé. Le combattant muni de pareille lance ne pouvait pas être atteint par les proches ou les amis du mort. Les Andamans utilisent les os humains pour chasser les mauvais esprits qui causent la maladie. Ils brûlent également de l'ocre jaune pour la faire virer au rouge sang, et ils l'emploient comme poudre ou, mêlée à de la graisse, comme peinture. Appliquée sur la gorge ou la poitrine, elle guérit toux, rhumes, maux de gorge ; appliquée sur les oreilles, elle arrête les maux d'oreilles. Les Pomo de la Californie septentrionale attribuaient aux os humains du kaocal, une force occulte intrinsèque, alors que les os de baleine n'en possédaient que si un initié de la société secrète tribale le leur conférait. Seuls les membres de la société étaient autorisés à recueillir les ossements des morts et à s'en servir pour les traitements. Les Kodiak de l'île Kodiak (Alaska) cachaient des momies d'anciens baleiniers particulièrement heureux et les emportaient dans leur pirogue lorsqu'ils partaient pour une campagne baleinière. On retrouvait la même pratique chez les Nootka de l’île Vancouver. Margaret Lantis note de même que les Indiens Quinault de Washington se servaient des os d'un ancêtre mâle comme de charme pour la pêche à la baleine.

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Ainsi le même enchaînement d'idées qui a conduit à employer comme charmes des reliques animales explique l'usage de reliques humaines. La vertu occulte d'un défunt demeure dans ses restes, ce qui permet de l'exploiter pour les rites magiques. Comme nous le verrons, la manducation réelle du cadavre, autrefois pratiquée par des magiciens ou des candidats magiciens, s'explique par des considérations analogues. La même explication vaut pour les pratiques nécrophagiques si souvent prêtées aux sorciers et sorcières en même temps que leurs rites sinistres et obscènes.

Toutes sortes de moyens permettent d'accroître la vertu des charmes. Leur manipulation à cet effet fournit mille occasions au magicien d'exercer son ingéniosité et sa duplicité. Le sorcier Orokaiva, après avoir fait sa concoction magique pour nuire à quelqu'un, l'enfonce dans un morceau de bambou qu'il bouche avec de la cire d'abeille ou un tampon de feuilles et suspend au-dessus du feu. Plus la chaleur monte, et plus doit s'accroître le tourment de la victime. Le sorcier peut aussi, après avoir préparé son charme, s'asseoir dessus pour l'écraser plus réellement encore ; il peut encore l'enterrer sous une lourde pierre qui exercera la pression voulue par le tortionnaire. Cette technique paraît s'expliquer par le sentiment de faiblesse et de lassitude qui sont des symptômes courants de la maladie tropicale et que le sorcier s'efforce de produire chez l'infortuné objet de ses attentions. Un magicien de jardin Keraki (une autre peuplade papoue) utilise toujours quelque stimulant, ou ce qu'il tient pour tel, pour corser son charme ou pour donner plus de nerf à sa technique. La mastication de gingembre ou d'une espèce d'écorce astringente lui donnant une sensation de chaleur, il en ajoutera à la mixture magique ou encore les mâchera pour les cracher ensuite sur l'objet qu'il traite. Chez les Tanala, une tribu montagnarde de Madagascar, une personne acquiert d'ordinaire le bénéfice d'un charme en le portant ou le gardant chez elle. Pour certains charmes, toutefois, une inoculation est requise. Lorsqu'un homme achète le charme de l'habileté à guérir les fractures, on lui fait une incision à la main droite, et on y introduit par frictions un peu de la médecine. Le chasseur qui obtient un charme à rendre le coup de fusil mortel doit se faire fendre la lèvre et s'y faire introduire une médecine. Lorsqu'un Ba-ila désire une chance très spéciale, il va demander à un dépisteur de sorciers un charme appelé musamba, et « suivant les instructions du médecin il commet l'inceste avec sa sœur ou sa fille avant de mettre la main à son entreprise. Il ajoute ainsi un puissant stimulus à son talisman » . Parmi les tribus du Gabon, toute magie de grande importance exige, pour être efficace, le sacrifice d'une vie d'homme. Souvent le magicien ordonne à celui qui lui demande un charme de tuer un proche parent, sous peine, au cas où il se déroberait, de mourir lui-même. « Combien de gens étaient assassinés dans ce pays parce que des chasseurs avaient besoin d'un puissant gri-gri pour leur chasse à l'éléphant. » (A. Schweitzer.)

En raison de sa puissance magique, le charme est conservé soigneusement à l'abri d'influences contagieuses. Faute d'observer les tabous ou autres prohibitions attachées à lui, il perdrait de sa vertu, voire ne serait plus bon à rien.

Les Cingalais prennent garde de ne pas s'approcher de charmes, lorsqu'ils assistent à des funérailles, dorment auprès de femmes indisposées ou ont commerce sexuel. Ce contact avec la souillure de l'impur ruinerait irrémédiablement la vertu du charme.

Chez les Pondo, il existe une forme d'impureté rituelle (umlaza) qui anéantit la vertu des plantes employées comme médecines. Une personne en état d’umlaza qui touche une médecine détruit sa valeur ; c'est pourquoi une femme indisposée recourra à quelqu'un d'autre pour cueillir les plantes nécessaires. Une femme rituellement impure ne pénétrera jamais dans la hutte où sont conservées les médecines du chef ; si elle s'avisait de dédaigner ces tabous ou autres analogues, son flux ne s'arrêterait plus. Certaines médecines basuto, employées sans précautions ni égards pour les tabous attachés à elles, peuvent devenir funestes. C'est ainsi qu'une médecine pour réduire une fracture risque de l'aggraver, si on la laisse traîner ou si on l'applique de travers. La médecine particulièrement puissante pour protéger le kraal à bétail peut faire avorter les vaches et donner une menstruation douloureuse à une femme, si celle-ci a le malheur d'entrer dans le kraal quand les vaches y sont. Divers interdits sont liés à presque tous les charmes ba-ila presque sans exception. Certains d'entre eux s'expliquent aisément par voie d'analogie. Il est interdit par exemple de manger des cacahuètes aux gens qui ont des charmes pour empêcher la pluie de tomber : les cacahuètes produisent, quand on les verse dans une marmite, un bruit qui rappelle celui d'un orage lointain ; la pluie suivant le tonnerre, le résultat « tuerait » le charme. D'autres charmes sont plus obscurs. Pourquoi est-il défendu à un homme ayant une médecine wombidi de laisser un autre porter une marmite derrière lui ? Et pourquoi, lorsqu'il est dans sa hutte et qu'on y introduit une marmite, ne la prend-il pas mais se contente-t-il de la repousser sur le sol ? E. W. Smith et E. M. Dale suggèrent que cs règles n'auraient d'autre raison que d' « imprimer les pensées convenables » dans l'esprit d'une personne.

Chez les Yoruba, l' « immoralité » passe pour exercer une influence fatale sur les charmes. Aussi l'homme-médecine a-t-il d'ordinaire une pièce réservée où il garde son attirail. Seuls les enfants ont le droit d'y pénétrer. Les Ga de la Côte de l'Or font grand usage de médecines préparées parleurs magiciens professionnels. La médecine est tenue pour la demeure, tout au moins intermittente, d'un être spirituel (wong). Mais on donne souvent à l'objet lui-même le nom de wong, et son détenteur s'appelle son père ou son maître. Le wong n'a le plus souvent aucun nom. Il agira pour le compte de n'importe qui, du moment que son possesseur a rempli les cérémonies prévues quand il est entré en sa possession et qu'il observe scrupuleusement les tabous attachés à son usage. « Il y a dans le wong une sorte de vertu automatique : pressez sur le bon [132] bouton, et la machine travaillera pour vous où que vous soyez. » (M.J. Field.) Diverses formes d'impureté gâtent une médecine. Ainsi, aucune médecine qui puisse garder son pouvoir si vous entrez avec elle dans une latrine ; l'homme qui porte une médecine pour le mettre à l'épreuve du meurtre peut être assassiné dans un endroit de ce genre. Les magiciens, les chefs, tous ceux qui sont susceptibles d'avoir des ennemis et qui ont coutume de posséder des médecines protectrices se gardent d'utiliser les latrines publiques. Les tabous les plus dangereux que puisse violer une personne ordinaire sont ceux qui sont liés à ses médecines, médecine curative du médecin, médecine de chasse ou médecine antivol du commerçant. D'ordinaire, plus sont considérables les services rendus par une médecine, plus sont rigoureuses les conditions entourant son usage. La violation des tabous, outre qu'elle compromet son efficacité, entraîne le plus souvent la maladie ou la mort du détenteur [3]. Ces médecines sont considérées par les Ga comme possédées par des êtres spirituels, mais l'attitude animiste observée à leur égard paraît bien superficielle. Il se pourrait qu'elle représentât un processus de désagrégation.

Les paquets de médecines des Indiens Sauk et Fox doivent toujours être traités avec un grand respect. On ne les ouvre jamais sans une bonne raison, on ne les pose jamais à terre. Une règle très stricte interdit aux femmes de les toucher ou de s'en approcher quand ils sont ouverts. Aucune femme ayant ses règles ne peut s'en approcher, fussent-ils fermés elle ruinerait leur pouvoir et pour son compte saignerait à mourir. Chez les Pieds-Noirs, la plupart des hommes ont leur petit paquet ; le possesseur doit en prendre grand soin et ne jamais esquiver les servitudes rituelles qui y sont liées. Ces conditions remplies, il compte bien jouir d'une longue vie en santé et bonheur. Même l'ancien possesseur passe pour avoir part, toute sa vie, à cette assurance contre les malheurs de toute sorte. Un Pied-Noir peut être tombé dans la dernière misère, il continuera de passer pour riche et débrouillard si beaucoup de paquets importants sont passés dans ses mains [4].

Les Eskimos Iglulik ne se contentent pas de prêter une vertu occulte au charme ; le possesseur de celui-ci doit, en outre, selon eux, posséder cette vertu. Il arrive qu'un individu soit particulièrement malchanceux à la chasse et devienne un objet de dédain pour ses compagnons. La raison est que ses charmes sont sans valeur parce qu'il les a redus d'une personne qui manquait de toute habileté pour entrer en communication [133] avec le monde invisible. D'autre part, un individu peut perdre un charme tout en retenant sa vertu, car celle-ci ne peut passer à celui qui le trouve que s'il donne quelque chose au précédent propriétaire du charme.

Les charmes peuvent être dangereux au point que seul leur possesseur ose les toucher ou même s'en approcher. Il arrive qu'ils n'aient pas de possesseurs et que tout le monde les évite. Les Wonkonguru du Sud Australien sont persuadés que certains objets portent malheur à ceux qui s'en servent. L'auteur que nous citons (G. Horne) raconte sa découverte d'un boomerang abandonné près d'un terrier de lapin. Les aborigènes y reconnurent aussitôt un vieux et « très mauvais poison » ; celui qui avait combattu avec lui avait toujours été blessé. « Si un homme qui ignore sa force s'en sert, il sera légèrement blessé, mais celui qui, connaissant son histoire, s'en sert par bravade sera tué dans la bataille. On ne doit pas le détruire, mais il faut le perdre. I a été perdu des tas de fois, mais il reparaît toujours. » (G. Horne et G. Aiston.) Toucher un bulk Kurnai (caillou magique) est considéré comme souverainement dangereux pour tout autre que son possesseur. Les femmes et les jeunes filles sont terrorisées lorsqu'on essaie de mettre un de ces objets dans leur main.

Certaines pierres-charmes Koita renferment une charge si élevée de vertu occulte qu' « il est considéré comme imprudent d'y porter la main, même quand il s'agit de l'homme qui va mettre leur pouvoir en œuvre » (C. G. Seligman). Les sorciers des tribus de dialecte Roro tirent d'un serpent noir une pierre qui tue sur-le-champ toute personne qu'elle a touchée. On peut la rendre inoffensive en la plongeant dans un bol d'eau salée qui se met aussitôt à siffler et à bouillonner comme si elle bouillait ; lorsque les bulles cessent, la pierre est « morte ». Aucun profane ne consentirait à toucher ou à regarder les pierres magiques d'un sorcier ; on s'abstient de tout contact avec elle comme d'un porte-malheur, lorsque, même, on n'en attend pas la mort.

Le sorcier de Malekula (Nouvelles-Hébrides) manipule son charme au moyen de deux baguettes qui rappellent les bâtonnets de table. S'il touchait son matériel avec les doigts, l'énergie qui y est contenue ne le léserait pas moins que la victime qu'il a en vue. De même, lorsqu'il tente de faire mourir par « empoisonnement », il a soin de ne rien absorber lui-même du « poison » ; pour cela il garde la bouche fermée durant toute l'opération.

Chez les Maori, les gens de naissance inférieure qui ne sont [134] pas versés dans la magie sont avertis de ne regarder aucun « objet enchanté » : ils risqueraient d'y laisser la vue. On raconte l'histoire d'un sorcier qui possédait une tête de bois magique si puissante qu'elle tuait quiconque s'approchait d'elle à une certaine distance. Un vaillant guerrier, connu pour sa connaissance de la magie, résolut de débarrasser la contrée du fléau. À force de charmes et d'incantations, il s'assura le concours de milliers d'esprits favorablement disposés pour les hommes. Après une bataille en règle entre eux et les esprits malins qui gardaient la tête, celle-ci fut défaite, et le sorcier fut mis à mort.

Chez les Kényah de Bornéo, chaque famille a sa trousse de charmes suspendue au-dessus du foyer principal à côté des têtes humaines. C'est le bien le plus précieux de la maison ou du village ;personne, pas même le chef, ne touche volontiers à la trousse. Quand on doit la transférer dans une nouvelle maison, on réquisitionne un vieillard pour le faire, parce que celui qui la touche court le danger de mort. « Son rôle semble d'apporter à la maison bonheur et prospérité de toute sorte ; sans lui rien ne va, surtout à la guerre. » (Ch. Hose.)

Les Akamba regardent comme dangereux pour un profane de toucher des objets utilisés par un homme-médecine dans ses pratiques magiques. Ce dernier lui-même ne vendra jamais ni ne cédera son outillage magique. Chez les Ovimbundu de l'Angola, les charmes du dépisteur de sorciers sont tenus pour puissants » et « sacrés » ; les gens du commun n'oseraient pas y toucher. Le Blanc qui les toucherait commettrait un sacrilège.

Si la demande de charmes excède l'offre d'objets naturels, le magicien professionnel est toujours prêt à en fabriquer, contre rémunération bien entendu. Les plus puissants seront, comme de juste, les plus dispendieux. Les charmes sont souvent fabriqués au moyen de formules incantatoires qui font passer dans les objets matériels la puissance occulte qui est censée résider dans les paroles. Ce peuvent être des figurines ou des représentations d'objets déjà utilisés en magie. Ils peuvent aussi être composés au moyen de divers ingrédients magiques. Plus ils sont étranges, repoussants, difficiles à obtenir, plus leur vertu est considérable ;ils font parfois songer au breuvage des sorcières de Macbeth.

Des analogies, parfois de caractère compliqué, peuvent déterminer les ingrédients à retenir par le magicien pour ses charmes. Chez les Bavenda du Transvaal, un voyageur portera autour de son cou un petit morceau de bois en guise d'amulette. [135] On le tire du rameau d'un arbre surplombant une montée difficile dans un sentier très fréquenté. Chaque passant empoigne la branche en montant, et, ce faisant, il augmente démesurément son pouvoir auxiliateur ; voilà comment l'arbre devient la matière première d'un charme. Inversement, on demandera un charme nuisible au voyageur à une racine placée dans un chemin très fréquenté, parce qu'elle est placée de telle sorte que le passant manque rarement d'y buter. Chez les Jukun de la Nigéria du Nord, le charme destiné à faciliter la dissimulation contient des feuilles d'une plante qui pousse sur une fourmilière (parce que les fourmis travaillent en secret), de la graisse d'une chèvre de couleur uniforme (l'uniformité de couleur rend l'objet moins frappant), un bout de bois d'un arbre dont le fruit rappelle l'œil humain et la mucosité que les syrphydes déposent dans les yeux des hommes (gênant ainsi leur vision). Ces ingrédients sont enveloppés dans les haillons d'une personne aveugle, et le paquet est alors enfermé dans un fœtus de vache ou de chèvre (le fœtus est aveugle). Attachez ce paquet à votre ceinture, et vous passerez inaperçu parmi vos ennemis ou devant vos gardes, car ils seront frappés d'une cécité passagère.

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Beaucoup de peuples primitifs rattachent des objets inanimés, ou des collections de tels objets, à un être spirituel. Ces sacra doivent être abordés avec la prudence et la révérence convenables. Des tabous stricts les défendent des regards et du contact des personnes non initiées ou impures ; inversement, leur manifestation à ceux qui sont qualifiés pour entrer dans le saint des saints forme souvent le point culminant d'un rite solennel. Ces objets ont droit au nom de charmes, puisqu'ils incorporent une énergie occulte impersonnelle qui se décharge automatiquement au contact ou à l'approche.

Les churinga des Arunta comprennent, en dehors des « bull-roarers », des morceaux de pierre polie de formes extrêmement différentes. Beaucoup de churinga se rattachent aux ancêtres mythiques de la tribu qui ont erré sur le territoire tribal avant de descendre finalement dans la terre à l'endroit où leurs churinga sont désormais déposés en sûreté. Chacun de ceux-ci contient les attributs de son esprit possesseur et communique à l'individu qui le porte le courage et la sûreté de visée dans le combat. Cette dernière croyance est si ancrée que si, dans un combat, l'un des adversaires sait que l'autre porte un churinga, il perdra sûrement courage et sera vaincu. Quand un homme est malade, il racle son churinga, met les rognures dans de l'eau et boit le tout. La potion est « particulièrement [136] fortifiante ». Il existe une cérémonie de l' « adoucissement du churinga » : elle consiste à le frotter avec de l'ocre rouge ; c'est bien la preuve qu'on y voit autre chose que des morceaux de bois ou de pierre. En raison de leurs accointances intime avec les ancêtres, chacun a ses « sentiments » comme en ont les hommes, et la friction permet d'adoucir ces sentiments comme il y a des moyens d'adoucir l'humeur des hommes vivants. Dans la tribu Kaitish, la célébration de certaines cérémonies au cours desquelles les churinga sont maniés par un vieillard rend ce dernier si riche en énergie occulte qu'il en devient temporairement tabou [5].

Chez les aborigènes australiens, une règle absolue interdit de jamais montrer le « bull-roarer » aux femmes et aux enfants. Le vrombissement produit par son tournoiement rapide est regardé par eux comme la voix de l'esprit ou du dieu qui a fondé les cérémonies tribales et continue d'y présider. Ainsi, chez les Urabunna (Centre Australien), on avertit le garçon en cours d'initiation qu'il ne doit à aucun prix laisser voir le bâton mystique à une femme ou un enfant : « Sinon lui, sa mère et ses soeurs tomberont morts comme pierre [6]. »

Le « bull-roarer » est d'un usage courant en Australie et en Nouvelle-Guinée pour amener la pluie, promouvoir la croissance de la végétation et la multiplication des animaux comestibles. Les Dieri croient que le jeune homme qui a subi un rite très secret d'initiation est désormais inspiré par le Mura-Mura qui y préside. Il a désormais le pouvoir de garantir un bon approvisionnement de serpents et d'autres reptiles en faisant tourner le « bull-roarer » autour de sa tête quand il part en quête de gibier. Les Larakia considèrent leurs « bull-roarers » comme remplis d'énergie occulte ; on doit les frotter sur le corps de vieillards avant que les jeunes initiés puissent s'en servir impunément. Ces derniers ont le droit de les emporter avec eux pour obtenir bonne pêche ou bonne chasse. Dans les îles occidentales du détroit de Torrès, on fait tournoyer les « bull-roarers » pour faire pousser les jardins. À Kiwai (île du golfe de Papouasie), la rotation du « bull-roarer » assure une récolte abondante d'ignames, de patates et de bananes. Les Yabim sont persuadés que la rotation des « bull-roarers » jointe à l'invocation des noms des esprits ancestraux entraîne une récolte particulièrement abondante dans leur jardin [7].

Les Keraki (sud-ouest de la Papouasie) prêtent au « bull-roarer » des vertus cachées dangereuses que son possesseur et manipulateur peut transmettre à sa femme. Avant et après [137] usage, il doit s'abstenir de rapports sexuels avec elle : ce commerce avec son mari encore sous l'effet du « bull-roarer » la rendrait malade. Les Koko, une autre tribu de Papouasie, prennent grand soin que les « bull-roarers » ne se brisent pas au cours de leur emploi. Si un « bull-roarer » se brisait et qu'un éclat frappât quelqu'un, celui-ci serait blessé à la chasse ou au combat par une défense de sanglier ou par la lance de son ennemi, suivant le cas, et exactement à l'endroit où l'éclat l'a atteint.

Les insulaires d'Entrecasteaux voyaient dans une vieille marmite le grand maître des vents, de la pluie et du beau temps. Certains disaient qu'elle n'était pas de main humaine ; d'autres qu'elle avait été apportée de très loin par son possesseur, un chef. Celui-ci la dérobait aux regards dans une hutte de son hameau. « Seule une occasion spéciale permettait d'entrer dans la hutte pour la voir ; en toute autre circonstance, sa vue eût provoqué des tremblements de terre dans tout le pays, des inondations et des tempêtes, suivis de famine et d'une épidémie de morts. Une fois l'an, une cérémonie donnait à quelques privilégiés l'occasion de l'apercevoir : son possesseur la portait en procession suivi d'une file d'indigènes courbés vers la terre. Avec crainte et tremblement ils lui apportaient de la nourriture dans la même attitude de recroquevillement et se retiraient en toute hâte. » Son possesseur leva longtemps tribut grâce à cette marmite toute-puissante (D. Jenness).

À Malekula (île des Nouvelles-Hébrides), les grands chapeaux-masques à pointe portés par les membres d'une société secrète possèdent une extrême sacralité. Seuls les initiés accèdent à la technique de leur fabrication et décoration. La chute d'un masque à terre est un redoutable accident ; jadis, le malheureux à qui cela était arrivé durant la danse était mis à mort ; l'homme qui mettait le pied sur une partie du masque subissait le même sort ; tout animal, chien, porc ou autre, qui touchait un masque était abattu.

Certaines tribus fidjiennes révèrent les dents d'ivoire des cachalots. Une « aura » subtile passe pour émaner d'elles, « qui respire le mystère ». Les plus saintes sont conservées dans des corbeilles spéciales, et peu les voient en dehors des rares privilégiés qui en connaissent l'existence. On ne les adore pas, mais on s'en sert comme de mascottes vénérées : elles incarnent la « chance » de la tribu.

Les habitants des Samoa vénéraient des pierres sacrées. Dans l'une des îles, l'autel du dieu Turia consistait dans une pierre très lisse que l'on gardait dans un bosquet sacré. Le prêtre sarclait attentivement le sol tout autour et le recouvrait de branches pour garder le dieu au chaud. « Personne n'aurait osé toucher cette pierre, de crainte qu'une influence pernicieuse et mortelle quelconque n'en rayonnât immédiatement sur le transgresseur. » (G. Turner.)

Certaines cloches, celles notamment qui semblent n'avoir jamais eu de battant, sont pour les Toda des objets sacrés entre tous. Presque toutes redoivent des offrandes de lait, de lait caillé et de babeurre au cours de la cérémonie laitière. Il est très vraisemblable que leur sainteté présente est née graduellement, en passant de la sainteté des vaches et des bufflesses aux cloches qu'elles portaient. Les flèches cérémonielles jouent un rôle très important dans le culte des Vedda. Les indigènes « les plus malins »,qui croient à l'impureté périodique des femmes (croyance héritée des Cingalais), prennent bien soin d'éviter la contagion de ces objets sacrés. Ils les gardent pour cela dans une grotte ou dans le chaume de leur toit.

Les Akikuyu du Kenya ont un objet magique dénommé kithathi. C'est un morceau d'argile rougeâtre cuite et bizarrement rayée, de forme grossièrement cylindrique et portant quatre trous. La puissance de l'objet est telle qu'un homme ne doit ni y porter la main ni l'introduire chez lui : il attirerait le malheur sur les hôtes de la maison. On le garde enterré dans la brousse à quelque distance du village, et on ne le déplace que pour détecter des criminels. La personne accusée de sorcellerie doit le toucher en insérant des baguettes dans les trous et en protestant alors de son innocence. Si elle meurt dans les trois mois, c'est qu'elle était coupable. En attendant, l'accusé doit demeurer à l'écart de la plantation ainsi que de sa femme, car il est censé chargé de l'influence mortelle du kithathi.

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Les Wanyika ont un grand tambour fait d'une portion de tronc d'arbre évidé. Il est si sacré que tous les non-initiés doivent se cacher sur son passage : ils mourraient sûrement s'ils le voyaient [8]. Un des clans Baganda avait la charge d'un tambour que l'on apportait à la cour et que l'on battait chaque fois que le roi voulait annoncer à son peuple la fin d'une période de deuil. « Le tambour était sacro-saint ; par exemple, un esclave qui détestait son maître se réfugiait-il dans la chapelle du tambour, il devenait le serviteur du tambour, et on ne pouvait pas le reprendre. De même le condamné à mort qui réussissait à se réfugier auprès de la chapelle pouvait y demeurer impunément, il était l'esclave du tambour. [139] La vache, la chèvre ou le mouton qui s'y égaraient devenaient la propriété du tambour, on ne pouvait ni les reprendre ni les tuer ; ils pouvaient aller où bon leur disait ; c'étaient désormais des animaux sacrés. » (J. Roscoe.)

Les trompettes sacrées dont les Uaupés du Brésil tirent la musique jurupari (esprit de la forêt) sont interdites aux regards des femmes. Dès qu'elles en entendent le son, celles-ci se réfugient dans les bois. La vue, même involontaire, de ces objets serait leur mort, et « l'on raconte que des pères ont tué leurs propres filles et des maris leur femme, lorsque cela est arrivé ». Les Yahuna (tribu du sud-est de la Colombie) disent que les femmes et les petits enfants qui verraient ces objets mourraient, les premières sur-le-champ, les seconds après être tombés malades d'avoir mangé de la terre.

Chez les Zuñi du Nouveau Mexique, les objets sacrés sont tabous pour les gens qui ne leur « appartiennent » pas. Personne n'oserait les toucher en dehors du chef du clergé qui en a la charge ; personne en dehors de lui et de la grande prêtresse n'entrerait dans la pièce où on les garde. Il en est de même des masques et des autels des sociétés secrètes. Les bâtonnets de prière et les ornements rituels sont maniés avec grand respect et seulement dans les limites du nécessaire. Jadis, lorsque les clans Hopi vivaient encore séparés, chaque clan possédait des objets sacrés, les wimi, qui étaient rattachés aux ancêtres du clan (katcinas) et doués de propriétés mystérieuses. Depuis la formation de l'unité Hopi, les fraternités sacerdotales eurent la garde des wimi, qui demeurèrent cependant la propriété des clans primitifs.

Les Cherokee, les Creeks et beaucoup d'Indiens de la Plaine ont des objets sacrés de vénération tribale ; par exemple, la « pipe plate » des Arapaho et la grande coquille des Omaha. Cette sorte d'objet constituait un véritable palladium, et sa possession continue et intacte était le gage de la prospérité tribale. Gardée par le prêtre, on ne l'exhibait que rarement et seulement dans de rares occasions solennelles. Comme l'Arche d'Alliance en Israël, on l'emportait quelquefois dans la bataille pour imposer la victoire. Suivant une croyance commune, la présence d'un objet aussi puissant serait débilitante et même positivement dangereuse pour les gens du voisinage, s'ils n'étaient revigorés par un réconfortant rituel. « C'est pourquoi toute grande médecine est d'ordinaire conservée dans une hutte écartée, un tipi, bâti à cette fin, de même que nous stockons les explosifs à quelque distance du quartier des habitations ou des affaires. » (James Mooney.)

Beaucoup de peuples primitifs possèdent, en outre, des objets matériels, inanimés, dont la puissance occulte est due à leur possession, temporaire ou permanente, par des êtres spirituels : ce sont les fétiches. L'esprit du fétiche n'est pas son âme, son essence vitale ; c'est un esprit qui s'est laissé attirer de plein gré ou qui a été acculé par l'homme dans l'objet et s'y est incorporé. Bien que les fétiches soient en règle générale un bien privé, certains appartiennent au clan, au village ou à tel autre groupe social. Le possesseur d'un fétiche a pour lui les mêmes égards que pour une personne : il l'amadoue, le cajole ou fait pression sur lui suivant les circonstances. Le fétichisme a atteint un développement considérable en Afrique occidentale où il a été découvert et décrit pour la première fois. Mais les fétiches sont un phénomène universel.

Le fétiche n'est pas le charme : le premier dépend de la volonté d'un être spirituel qui le hante ; le second n'a pas de volonté propre, il opère automatiquement. Mais s'agit-il de tracer une ligne de démarcation entre les deux, nous retrouvons le cas de la prière et de l'incantation. Les mêmes raisons président au choix du fétiche et du charme ; l'un comme l'autre ont pour objet d'attirer la chance ou de conjurer la malchance dans toutes sortes de domaines ; l'un et l'autre peuvent être soit un objet de la nature, soit un objet manufacturé. La distinction qui les sépare dépend uniquement du degré de leur personnification. La personnification des anciens charmes des Zuñi en a fait des fétiches, l'objet de cérémonies visant à soumettre leurs esprits capricieux aux désirs des hommes. Inversement, les esprits des médecines Ga semblent bien être considérés plus ou moins comme des agents mécaniques se déclenchant au profit de celui qui appuie sur « le bon bouton ». Ce ne sont là que deux exemples d'un double processus contraire, de personnalisation et de dépersonnalisation, toujours à l'œuvre [9].

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Certains primitifs sont extrêmement attachés à l'usage des charmes, surtout comme talismans ou amulettes portés sur soi. C'est ainsi que chez les Ba-ila de la Rhodésie du Nord, presque tous les indigènes portent à leur cou, à leur bras ou sur la tête un ou plusieurs charmes. Impossible d'exagérer la place que ces misamo tiennent dans la vie des gens. « Leur emploi constitue un système d'assurances contre les maux et les malheurs de la vie. Au lieu de verser une prime d'assurance comme nous, les Ba-ila font des placements en charmes puissants qui les garderont, croient-ils, de la violence, du vol, etc., et qui, s'ils ne les sauvent pas tout à fait de la mort, la retarderont tout au moins et leur permettront de déterminer leur mode de vie dans l'autre monde [10]. » Chez les Akikuyu, peu d'hommes ou de femmes qui n'aient une demi-douzaine de charmes enfermés dans une corne de bélier suspendue à leur ceinture. Les Wataita (tribu du Kénya) ont une foi absolue dans l'efficacité des charmes fournis par leurs magiciens. Dans cette région infestée de lions, un indigène soufflera la médecine du lion vers les quatre points cardinaux puis se couchera en plein air et ira tranquillement dormir au milieu d'une région de mangeurs d'hommes. Un homme est-il attaqué par un lion, la bête s'assure que, s'il vit, ce ne sera pas pour devenir un infidèle ; s'il s'en tire, ce sera, bien sûr, grâce à la médecine du lion. Chez les Baganda, il n'y avait guère de maladie ou malaise connu des hommes-médecine qui ne pût être traité par quelque charme. Le patient qui lui avait dû la guérison ne le jetait pas mais l'ornait et le portait sur lui, pour l'avoir toujours prêt en cas de retour offensif de la maladie. En Afrique occidentale, « on fabrique des charmes pour toutes les occupations et tous les désirs de la vie : amour, haine, achat, vente, pêche, plantation, voyage, chasse... Le nouveau-né commence avec le nœud de santé qu'on lui fait autour du poignet, du cou ou des reins, et sa collection ira en augmentant tout le reste de sa vie. » La collection ne risque pas pour autant d'atteindre des dimensions exorbitantes, car on se débarrasse des charmes qui n'agissent pas (M. H. Kingsley). Chez les Fang ou Pangwé du Gabon, qui ont une frayeur particulièrement vive de la magie noire, on trouve partout des médecines pour la contrebattre, « dans les huttes, sur la place du village, dans la maison commune, dans les sentiers, jusque dans la jungle, absolument partout » (G. Tessmann). Les charmes tiennent une place importante dans la vie quotidienne des aborigènes des deux Amériques. Leur usage courant est également attesté pour les Mexicains, les Maya et les Péruviens, bien que la conquête espagnole ait détruit une grande partie des pratiques magiques de ces Indiens. Les charmes des Eskimos ne se comptent pas. Chez les Eskimos polaires, les femmes n'en ont guère, pour la raison que, passant la majeure partie de leur temps dans l'habitat, elles n'ont pas à faire face aux dangers auxquels sont constamment exposés leurs maris nomades. Chez les Chukchi de la Sibérie, ceux qui ne croient pas aux charmes sont l'exception. L'un d'eux déclara à un enquêteur russe : « Je ne porte rien sur mon corps : je suis convaincu que la protection prêtée à de si petits objets doit [142] être une pure illusion. » Un magicien professionnel allait plus loin ; il déclarait qu'aucune œuvre de l'homme n'a de pouvoir, tout pouvoir résidant dans la divinité qui l'a créé (W. Bogoras). Mais pareil scepticisme est exceptionnel.



[1]     H. H. Romilly rapporte qu'un vieux magicien déterra un objet dans lequel les indigènes voyaient un charme très puissant de pluie et de bonnes récoltes et le vendit à un missionnaire. Un esprit déposa deux autres charmes sur la poitrine du magicien durant son sommeil et lui ordonna de les enterrer.

[2]    Suivant le Père Paul Schebesta, la possession d'une de ces pierres magiques est nécessaire à celui qui veut devenir hala, magicien.

[3]    Ces tabous rigoureux impliquent, en outre, un code moral très rigide. » Le possesseur de la médecine doit s'abstenir d'adultère, de voler, de nuire aux autres, de tromper ou de se disputer. Si on lui cherche querelle, il doit tendre l'autre joue ; toutefois en cas d'attaque injuste, il a le droit de résister bravement, conscient que sa médecine combattra avec lui. Les médecines de cette espèce, dont les grands avantages se paient de grandes servitudes, ne tentent évidemment pas les gens sans courage ni caractère. » (Margaret J. Field.)

[4]    Le contenu de la trousse de médecines est l’objet d'un secret absolu. Le propriétaire est le seul à le connaître et à pouvoir y toucher. « Les autres Indiens n'oseraient pas y toucher. »

[5]    Un vieillard Worora (nord-ouest de l'Australie) extrêmement faible recouvra sa vigueur dès qu'il se fut exposé à la fumée d'un feu d'herbes et frotté entièrement avec des « bull-roarers ».

[6]    Chez les Arunta, l'exclusion de l'élément féminin des cérémonies où intervient le « bull-roarer » n'est pas sans exceptions. On fait même tournoyer ces instruments à portée des femmes au cours de certains rites ; et durant une cérémonie du groupe totémique de l'émeu les femmes peuvent voir nettement les « bull-roarers », toutefois à une certaine distance. On se retient difficilement de penser, notent Spencer et Gillen, que les femmes pourraient bien en « savoir un peu plus long qu'on ne veut bien leur accorder ».

[7]    L'intervention du « bull-roarer » dans les travaux agricoles est attestée en Amérique du Nord, par exemple chez les Zuñi, les Hopi et les Apaches. Dans les tribus Algonquines du Nord, on faisait tournoyer les « bull-roarers » dès le premier dégel de l'hiver finissant. Les indigènes entendaient ainsi faire revenir les vents froids de manière à déterminer sur la neige une croûte facilitant la circulation en raquettes et les transports par toboggan.

[8]    Suivant une autre relation, seules les personnes âgées des deux sexes ont le droit de regarder ce tambour.

[9]    On traite fréquemment les charmes (et les médecines) comme s'ils possédaient un certain degré de vie et de personnalité, mais jamais, semble-t-il, comme la demeure de puissances spirituelles. Les indigènes des îles occidentales du détroit de Torrès avaient de petites statues de bois à l'effigie humaine, des madub, qu'ils déposaient dans les jardins. On s'imaginait que, la nuit venue, ils s'animaient et circulaient dans les jardins en faisant tournoyer des « bull-roarers », en dansant et en chantant pour faire pousser les plantes (A. C. Haddon). Un Ao Naga conserve des pierres de chance dans un petit panier. « Dès qu'il en possède une, celle-ci ne tardera pas à trouver un conjoint d'une manière mystérieuse qui est son secret, et il y en aura deux dans la corbeille qui n'en contenait d'abord qu'une. Les deux se reproduisent alors de manière à procréer une nombreuse famille. Mais toute négligence à leur endroit fait s'envoler ces pierres. » (J. F. Mills.) À en croire les Tanala de Madagascar, la vertu d'un charme ne fait que croître avec le temps. Certains charmes sont si puissants qu'ils s'animent et même se meuvent et parlent (Ralph Linton). Nous ne verrions tout au plus dans les diverses méthodes de divination des Babemba d'Afrique du Sud que des formes de pile ou face ou de courte paille. L'indigène juge autrement : pour lui, il s'agit bien de demander aux médecines qui ont pour propriété d'agir d'une manière particulière définie de le faire si la réponse aux questions du devin est positive ou, au contraire, de ne pas opérer si elle est négative. C'est dire que l'efficacité de toute méthode divinatoire dépend entièrement de la nature des médecines employées (R. J. Moore). Les indigènes du Ruanda-Urundi (Congo belge) sont persuadés que, dans la divination par osselets, ceux-ci écoutent attentivement l'opérateur et répondent correctement « comme des hommes ». L'opérateur ne fait qu'interpréter ce qu'ils disent. On utilise de même des boulettes de beurre auxquelles on demande de blanchir, de devenir absolument blanches pour donner un signe favorable. On est persuadé que le beurre écoute la supplique de l'opérateur et change de couleur au gré de son désir (A. Arnoux). Les Azandé appellent parfois la vertu d'une médecine son « âme » ; cette âme naît de la vapeur et de la fumée de la médecine tandis qu'on la fait cuire. Aussi les gens mettent-ils leur tête dans la vapeur pour permettre à la vertu ou à l'esprit d'entrer en eux. Lorsqu'un homme fait périr un sorcier par voie de magie vengeresse, on dit que « l'âme de la médecine » est allée chercher sa victime. L'oracle par le poison a, lui aussi, son âme qui explique son pouvoir de voir ce qui échappe aux hommes (E. E. Evans-Pritchard). L'indigène Bakongo, pour « éveiller » une trousse de charmes, commence par la frapper avec un bâton, puis il la place sur le sol au milieu de plusieurs petits tas de poudre à fusil. On met le feu à la poudre et l'on tient la trousse sur la fumée. On pousse, en outre, de toutes ses forces un coup de sifflet. Les charmes sont, dès lors, tout prêts à assumer leurs fonctions (J. H. Weeks). Chez les Shoshones du Nord, un individu entre en possession du pouvoir occulte en allant dormir une nuit sur le flanc d'une montagne. Le lendemain, il se met en quête de racines, et, les ayant trouvés, il interpelle le soleil : « Regarde, je prends cette médecine. » Il rapporte des racines chez lui, les lie dans une sacoche en peau de daim qu'il porte sur son dos. La nuit, la médecine lui parle et lui donne ses conseils (R. H. Lowie). Dans la pensée des Eskimos du Groenland oriental, une amulette animale est beaucoup plus qu'une simple représentation de l'animal en question. « L'amulette vit parce quelle a été fabriquée durant la récitation d'une incantation ou d'un charme qui invoquait les qualités maîtresses de l'animal ou d'une partie de son corps ; en tout cas la vertu de ces qualités est en puissance dans l'amulette. » Dans la pensée indigène, il y a peu de différence entre se servir d'un animal ou se servir de sa représentation sous forme d'amulette ; l'amulette a la même vertu d'un côté comme de l'autre. Lorsque l'amulette est un couteau ou quelque autre ustensile, nos Eskimos sont persuadés qu'à l'heure du danger l'instrument se met tout à coup « à grandir, tue ou protège la personne attaquée » (William Thalbitzer).

[10]   Nos sources observent que les misamo agissent sur les morts aussi bien que sur les vivants. Un individu peut se procurer un charme lui permettant de devenir, une fois mort, un lion, un aigle ou une fourmilière. S'il est malintentionné, il peut se transformer au moyen d'un charme en un esprit vengeur et destructeur « qui va tuant et riant ». Ses victimes meurent subitement. Dans cette terrible situation, la seule chose à faire est de se procurer une puissante médecine pour rendre l'esprit caduc (E. W. Smith et A. M. Dale).

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