Les fonctions du chamane

La protection du groupe : il s’agit de préserver ou de restaurer l’équilibre social.

Dans la conception chamanique du monde, les infortunes (maladies, mauvaises récoltes, manque de gibier, de pluie…) sont causées par le non respect de tabous ou de règles sociales qui représentent la base de la moralité et l’équilibre du groupe. Les transgressions provoquent le mécontentement et la réaction des esprits et doivent être réparées. Il revient alors au chamane de trouver un accord avec les esprits pour les apaiser, et ainsi rétablir l’ordre, et l’équilibre du monde.

L’interdépendance des différents univers induit qu’une mauvaise action dans l’un, a des conséquences dans les autres.

L’infortune devient alors le signal d’un défaut, d’un déséquilibre dans l’ordre du cosmos qu’il faut à tous prix réparer.

Un exemple : dans une ethnie d’Ethiopie, une tuile était tombée d’un toit sur un passant, le

blessant à la tête; cette chute a été interprétée comme la conséquence de la transgression d’une règle. Le chamane a dû non seulement soigner la blessure mais aussi organiser une cérémonie pour entrer en contact avec les esprits ayant provoqué l’accident, découvrir la transgression initiale et proposer une réparation acceptée par les esprits. Il a ensuite eu à organiser la cérémonie réparatrice à laquelle participa tout le groupe, mais surtout le responsable qui a « payé » d’une certaine façon sa faute; cette compensation avait été négociée par le chamane avec les esprits.

Le chaman remplit donc le rôle d’un psychothérapeute, mais aussi d’un sociothérapeute.

Les soins, la guérison : Dans tous les cas, la maladie sera soignée à la fois physiquement et sur le plan invisible par le chamane.

La maladie peut apparaître à trois niveaux : physiologique, psychologique, spirituel (le plus délicat).

Dans ce dernier cas il s’agit de l’introduction dans la personne d’un « esprit de maladie » qui peut être matérialisé par un objet dans le corps du malade (éclat d’os, fléchette…).

Le chamane procèdera alors à l’extraction de l’esprit et de l’objet éventuel (exorcisme).

Sur le continent américain, des fléchettes magiques sont enlevées par succion du corps du malade ou en l’extirpant avec les mains. Des objets matériels préalablement placés dans la bouche du chamane sont recrachés : ils sont la matérialisation de la maladie et de son esprit invisible.

L’essence de la maladie est capturée en eux et ainsi extirpée. Il ne s’agit donc pas pour les chamanes d’un tour de passe-passe, mais bien d’un support qui reçoit l’esprit néfaste et permet de s’en débarrasser.

Les chamanes bushman extirpent la maladie avec leurs mains et la jettent au loin dans la nuit.

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Au Tibet, les oracles retirent les fléchettes magiques qui font suppurer le corps.

C'est une détérioration de l’âme du malade qui est enlevée dans le monde des esprits (manque).

Le chamane devra alors aller rechercher la partie manquante du malade pour la ré insuffler ; il aura à négocier avec les esprits sa restitution, ce qui peut nécessiter un combat (endorcisme);

Rappelons que la maladie peut être le signal d’une transgression de l’ordre social. Mais elle peut aussi exprimer un déséquilibre dans la vie personnelle de l’individu : ainsi certaines maladies annoncent que la personne s’est éloignée de sa voie, qu’elle a oublié ce pour quoi elle est sur terre , qu’elle ne remplit pas sa mission ou qu’elle a enfreint un tabou; l’effondrement d’une partie du corps témoigne alors un déséquilibre , un fourvoiement au niveau de l’âme.

Certaines cérémonies thérapeutiques empruntent des formes qui mettent le patient dans un état d’excitation par le chant, le rythme du tambour, la danse ; ce sont le plus souvent des cérémonies collectives puisqu’il s’agit de réparer une transgression à l’ordre social pour laquelle la communauté se sent concernée, et participe à la réharmonisation du monde.

D’une façon générale, dans les sociétés chamaniques, tout est interdépendant, et l’individu n’existe qu’en fonction du groupe ; ce dernier se mobilise donc pour aider n’importe lequel de ses membres à se rétablir. Car un individu malade perturbe l’équilibre général.

Exemple : au Sri Lanka, un village entier s’est rassemblé pour un exorcisme.

Un homme possédé par un esprit s’est retrouvé au sein du groupe à la nuit tombée ; certains

participants se sont mis à jouer une musique rythmée qui l’a fait rentrer en transe ; d’autres ont revêtu des masques représentant divers esprits et sont allés danser chacun tour à tour devant lui ; à un moment donné, le malade à réagi très fortement devant l’un des masques, en proie à des tremblements convulsifs pendant un long temps, puis il s’est effondré ; lorsqu’il est revenu à lui, il était guéri. Il est intéressant de noter que pendant toute la cérémonie, le groupe a été présent et soutenant, même si tout le monde n’a pas participé directement.

Il existe cependant des cérémonies plus intimes :

En Amazonie, des chamanes accompagnent les malades avec l’aide de l’ayahuesca en les faisant cheminer dans le monde des esprits par leurs chants ; les malades devront se retrouver face à eux- mêmes et aux esprits afin de découvrir ce qui ne va pas en eux et comprendre comment y remédier. Lors de ces cérémonies sont présents les chamanes, les patients et éventuellement quelques proches qui les soutiennent.

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Il arrive que le chamane ne parvienne pas à guérir le patient. Cela s’explique soit parce qu’il est intervenu trop tard, soit que le patient a transgressé un tabou trop important, soit qu’il a été touché par un sorcier trop puissant, soit que les esprits veulent le garder.


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La chasse, la pêche, « ensorceler le gibier » : il s’agit pour le chamane de favoriser l’obtention du gibier. Voici quelques exemples.

Dans le Nevada, chez les « Paiute », les chamanes-antilope, qui tiennent leur pouvoir de l’esprit-antilope organisent le chasse. Ils ont connaissance de l’emplacement des troupeaux par leurs rêves ou visions. Après avoir construit un coral, le groupe prépare une danse qui aura lieu de nuit et pendant laquelle le chamane en transe chantera ses chants-antilope chargés de charmer ces animaux pour les rendre dociles durant la chasse du lendemain à laquelle tout le monde participe.

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L’antilope est donc contrôlée par un pouvoir surnaturel.

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En Colombie, les chamanes indiens négocient auprès des maîtres des animaux l’obtention du gibier.

Les Esquimaux du Groenland, lorsqu’ils sont confrontés à la famine, demandent au chamane de rencontrer la maîtresse des animaux qui vit sous la mer pour connaître les raisons de son courroux.

 preview.jpgCe sont en général des tabous violés qu’il faudra réparer pour que la chasse puisse reprendre.

En Sibérie, le chamane entre en contact avec l’esprit de l’animal chassé pour qu’il accepte d’offrir certains animaux en échange d’une contre partie : force vitale du chaman, ou des chasseurs ; don de nourriture à des statuettes animales.

Chez les Bororo du Brésil, une partie de l’animal chassé est offerte aux esprits lors d’une cérémonie.

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Dans certains groupes inuits, la vessie du phoque chassé est remise rituellement à la mer, car c’est d’elle qu’un autre phoque naîtra.

La supervision des rituels liés aux différentes étapes de la vie (naissance, initiation, mariage, mort...)

Le climat, influencer le temps : le rôle du chamane est d’intervenir pour amener des conditions climatiques favorables.

Il peut demander la pluie, le soleil, le vent, la neige, etc.… en fonction des besoins.

la protection du territoire : le chamane veille à l’intégrité de la terre, que ce soit vis à vis des peuples voisins ou du monde des esprits.

Chez les Toungouses, une barrière invisible d’esprits auxiliaires est placée sur la frontière : les oiseaux protègent le ciel, les poissons le monde aquatique, et les quadrupèdes l’espace terrestre.

La guerre : dans son expression concrète, le chamane transmet des pouvoirs magiques aux guerriers et aux armes ; dans le monde invisible, il affronte d’autres chamanes ou des esprits hostiles. Dans ce contexte, agressions et soins sont liés.

Rôle de psychopompe : il s’agit de guider les âmes des morts dans l’au-delà afin qu’ells trouvent leur juste place et ne restent pas sur terre. Il peut être nécessaire pour cela de demander l’aide des ancêtres.

La divination : elle permet d’obtenir des informations impossibles à avoir par des moyens ordinaires et qui concernent l’avenir, mais aussi l’ailleurs ou les causes des difficultés, la période propice de chasse, des dates bénéfiques pour les cérémonies, etc.….

La divination se base sur les rêves, l’aide des esprits auxiliaires, la lecture de signes-augures (éléments climatiques, présence ou déplacements d’animaux, crépitement du feu, traces …).

Chez les Pygmées, le chamane voit en rêve le nouveau lieu d’implantation du campement qu’il reconnaîtra ensuite au cours de ses pérégrinations.

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- l’oniromancie : la lecture, l’interprétation des rêves.

- jeter des sorts, attaquer les ennemis

Les chamanes utilisent aussi leur pouvoir pour attaquer et peuvent ainsi envoyer des maladies, dérober l’âme d’un ennemi, ou prendre le contrôle de sa volonté.

Chez les Indiens Jivaro, les chamanes projettent leurs esprits-auxilliaires sur leurs victimes sous forme de dards qu’il sera possible d’extraire par succion.

Tout chamane se double ainsi d’un sorcier potentiel. Lorsqu’il utilise son pouvoir contre les membres de son groupe, il passe à la sorcellerie, qui est partout considérée comme un crime, et condamnée.

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