Répartition et utilisation

Il existe nettement plus de plantes hallucinogènes que celles utilisées par l'homme. La flore du monde comprend environ un demi-million d'espèces, mais on n'en connaît que mille utilisées comme inébriants. Rares sont les régions du globe où il n'existe pas au moins un hallucinogène jouant un rôle important dans la vie des habitants. Malgré sa taille et sa végétation très variée, l'Afrique semble assez pauvre en plantes hallucinogènes. La plus connue est l'iboga, de la famille des apocynacées, dont la racine est utilisée au Gabon et dans certaines régions du Congo au cours de cérémonies du culte bwiti. Les Bochimans du Botswana emploient le kwashi, bulbe de la famille des Amaryllis. Ils le coupent en tranches qu'ils écrasent sur leur cuir chevelu préalablement entaillé afin que les principes actifs du jus pénètrent dans le sang. Le kanna, assez mystérieux, n'est probablement plus utilisé de nos jours. Les Hottentos mâchaient autrefois ce végétal qui provoquait l'euphorie, le rire et des visions; il doit s'agir en fait de deux espèces de la famille du ficoïde glaciaire. Dans certaines régions, des espèces apparentées au datura et à la jusquiame étaient consomées pour l'ivresse qu'elles provoquaient.

En Eurasie, on connaît de nombreuses plantes hallucinogènes. Il faut dire que c'est le berceau de la drogue la plus employée de nos jours : le chanvre, connu également sous les noms de marijuana, maconha, dagga, ganja, charas, herbe, etc... Son usga s'est répandu pratiquement dans le monde entier. Le plus spectaculaire des hallucinogènes eurasiatiques est l'amanite tue‑mouches consommée par plusieurs tribus sibériennes. Ce champignon servait probablement à la confection du soma, narcotique sacré de l'Inde ancienne.

La pomme épineuse ou stramoine, le datura, était répandu sur de vastes régions de l'Asie. En Asie du Sud-Est, plus particulièrement en Papouasie Nouvelle-Guinée, différents hallucinogènes encore mal connus sont employés. Le rhizome de maraba, une zingibéracée, est probablement consommé en Nouvelle-Guinée. Lorsqu'ils veulent provoquer un sommeil visionnaire, les indigènes de Papouasie ingèrent un mélange de feuilles provenant d'une aracée, l'éreriba, et d'écorce d'un grand arbre, l'agara. Quant à la noix de muscade, elle a probablement été utilisée en Inde et en Indonésie pour ses effes narcotiques. Les tribus du Turkestan font une infusion avec les feuilles séchées d'une menthe arbustive, le Lagochilus.

En Europe, l'utilisatin de plantes hallucinogènes connut son apogée pendant l'Antiquité, essentiellement dans des pratiques de magie (sorcellerie) et de divination. La plupart des plantes utilisées étaient des solanacées : stramoine, mandragore, jusquiame et belladone. L'ergot de seigle, champignon parasite qui se développe dans le grain de cette céréale, empoisonnait fréquemment des régions entières lorsqu'il était par mégarde moulu avec la farine. L'intoxication se caractérisait par des troubles nerveux accompagnés de crampes et de de délires ou par la gangrène. Elle était souvent mortelle. Il semble que l'ergot de seigle n'ait jamais été utlisé pour ses propriétés hallucinogènes dans l'Europe médiévale mais certains indices soulignent l'étroite relation entre ce champignon et les mystères d'Eleusis de la Grèce antique.

En Australie, le pituri est l'hallucinogène le plus important. Le célèbre et très répandu kawa-kawa n'est pas hallucinogène, mais compte parmi les narcotiques hypnotiques.

Le Nouveau Monde occupe de loin la première place en ce qui concerne le nombre et l'importance culturelle des plantes hallucinogènes; chaque domaine de la vie des aborigènes est empreint de l'usage de ces drogues.

Quelques espèces hallucinogènes poussent aux Antilles. Les anciennes populations autochtones prisaient essentiellement une poudre comme sous le nom de cohoba. Il est d'ailleurs fort probable que cette coutume ait été introduite par des envahisseurs indiens venus de l'Orénoque.

L'Amérique du Nord (au nord du Mexique) est également assez pauvre en plantes hallucinogènes. Plusieurs espèces du genre Datura, étaient répandues sur toute la région, particulièrerment dans le Sud-Ouest. Au cours de cérémonies destinées à provoquer des visions, les Indiens du Texas et des régions avoisinantes mangeaient le haricot rouge ou haricot à mescal. Dans le nord du Canada, les Indiens mâchaient des racines dacore pour leurs propriétés aussi bien thérapeutiques qu'apparemment hallucinogènes.

De toutes les populations du monde, ce sont sans aucun doute les sociétés indigènes du Mexique qui firent le plus grand usage d'une très grande variété de ces plantes. Ce phénomène est d'ailleus déconcertant, étant donné le nombre restreint d'espèces végétales de la flore du pays. Le cactus peyotl est indéniablement la drogue sacrée la plus importante. Dans le nord du Mexique, d'autre cactus sont encore utilisés de nos jours comme hallucinogènes de deuxième catégorie au cours de pratiques magico-religieuses. Pour les premiers habitants du pays, certains champignons avaient presque la même importance sacrée. Appelés teonanàcatl par les Aztèques, ils sont encore consommés de nos jours au cours de rites religieux. Dans le sud du Mexique, on utilise toujours au monis vingt-quatre espèces différentes de champignons, ainsi que les graines d'une convolvulacée, l'ololiuqui, autre important hallucinogène de la religion aztèque. D'autres plantes psychotropes revêtent une imporance moindre :  le toloache et d'autres datura, le haricot à mescal ou frijolillo dans le Nord, le pipiltzintzincli aztèque, un colcus connu sous le nom de hierba de la pastora, le genêt (Genista) des Indiens yaqui, la piule, le sinicuichi, le zacatechichi, les vesses-de-loup des Mixtèques et d'autres encore...

13.jpg Pour exécuter les difficiles exercices physiques et pour méditer, les yogi indiens fument de la marijuana, ici au temple de Shiva de Pashupatinath près de Katmandou, Népal.

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Le traitement artistique des visioçns déclenchées par les hallucinogènes permet à ces derniers d'entrer dans le quotidien (Christian Rätsch Hallucigenia, aquarelle, env. 1993)

 

Par le nombre, la variété et la profonde signification magico-religieuse de ses hallucinogènes, l'Amérique du Sud suit de près le Mexique. Les cultures andines connaissaient une demi‑douzaine d'espèces de Brugmansia qu'ils appelaient borrachero, campanilla, floripondio, huanto, haucacachu, maicoa, toé, tongo, etc... Au Pérou et en Bolivie, on boit la cimora, boisson préparée à partir d'un cactus appelé San Pedro ou aguacolla, au cours de cérémonies où les participants cherchent à avroi des visions. Les chamans essentiellement féminins des Mapuche chiliens se servaient d'un arbre de la famille des solanacées, le latué ou arbo de los brujos pour réaliser leurs projets. Des recherches récentes ont signalé l'usage, dans diverses régions andines, d'un arbuste rare, le taique (Defontainia) ainsi que du mystérieux shanshi et des fruits de deux éricacées : le taglli et la hierba loca. On sait depuis peu qu'une espèce de pétunia est employée en Equateur.

Dans le bassin de l'Orénoque et certaines régions d'Amazonie, on prise une poudre puissante, le yopo ou niopo, fabriquée avec les graines grillées d'un arbre de la famille des légumineuses. Dans le nord de l'Argentine, les Indiens prisent le cebil ou vilca, très proche du yopo. L'hallucinogène le plus important des plaines de l'Amérique du Sud est l'ayahuasca, aussi appelé caapi, natema, pindé ou yaté. A base d'un mélange de plusieus espèces de lianes de la famille des malpighiacées, il est consommé au cours de cérémonies en Amazonie de l'Ouest et à certains endroits de la côte Pacifique de la Colombie et de l'Equateur. Un arbuste de la famille des solanacées, la brunfelsie, était utilisé dans l'ouest de l'Amazonie sous le nom de chiricaspi.

Le Nouveau Monde utilise plus d'hallucinogènes végétaux que l'Ancien. Près de 130 espèces ont été comptées dans l'hémisphère occidental contre environ 50 dans l'hémisphère oriental. Pour les botanistes, il n'y a cependant aucune raison de penser que la flore du Nouveau Monde est plus ou moins riche en plantes psychotropes que celle de l'Ancien Monde.

sans-titre.jpg Jusqu'à nos jours, les chamans détiennent la connaissance des effets magiques des plantes psychotropes. Ce chaman danse et joue du tambour sur le mont Kalinchok (environ 4.000 mètres) dans l'Himalaya au Népal.


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