Les pouvoirs des magiciens

La puissance occulte du chaman ou de l'homme-médecine, dont la communication s'entoure de tant de circonspection et là conservation d'une si rigoureuse jalousie, peut se perdre si le sujet s’avère indigne de la garder ou s’il a contact avec un objet qui lui est contraire. Cette puissance se dissipe également lorsque le détenteur enfreint les obligations qui pèsent su lui au cours de son initiation ou durant la période de probation qui suit son admission à la profession. Les règles négatives de cette espèce sont des tabous rigoureux pouvant entraîner, en outre, une punition automatique sous forme de maladie ou de quelque autre mal. Il n'est pas rare, d'autre part, que le magicien demeure soumis à des tabous durant toute sa vie ou au moins le temps de son activité professionnelle. Souvent il vient s'y ajouter des règles particulières concernant le temps où il opère ; leur non-observation annule son pouvoir et rend sa magie inopérante. Bref, le magicien tout au moins le magicien idéal, se garde pur des souillures du siècle.

Un ancien médecin Kurnai qui avait eu le pouvoir d'« extraire des choses des gens » au moyen de ses cristaux de quartz avait perdu ses cristaux en s'adonnant à l'ivrognerie. Depuis lors, disait-il, il « avait été désormais incapable de quoi que ce soit ». Dans la tribu Yualayai de la Nouvelle-Galles du Sud, une vieille qui passait pour évoquer les esprits s'abstenait de toute boisson qui aurait pu l'échauffer intérieurement. Sinon elle aurait cessé pour toujours de communiquer avec ses auxiliaires et conseillers spirituels. L'homme-médecine Arunta doit s'abstenir de certains mets tels que la graisse ou la viande chaude et se garder d'avaler la fumée d'os qui brûlent. Il ne doit pas s'approcher d'un nid de fourmis « bouledogue » : leur piqûre le priverait définitivement de ses pouvoirs. Les aboiements des chiens du camp suffisent parfois à « mettre en fuite » ses pierres magiques. On rencontre de temps en temps chez les Arunta un ancien médecin qui vous dit que ses pierres l'ont quitté. Les hommes-médecine des tribus Kaitish et Unmatjera ont soin de ne pas manger trop de graisse ou de ne pas se laisser piquer par une grosse fourmi ; ils s'abstiennent de toute boisson chaude. Un médecin qui vivait à proximité d'une station européenne perdit tous ses pouvoirs pour avoir bu, par inadvertance, du thé chaud. Un médecin Warramunga perdit ses pouvoirs pour avoir, au cours d'une bataille, frappé de son boomerang un médecin plus âgé que lui [1]. Certaines variétés d'ignames, considérées comme « chaudes », sont interdites au Kakadu en passe de devenir homme-médecine. Le magicien des Murngin (Territoire du Nord de l'Australie) n'est soumis qu'à un seul tabou rigoureux : il ne peut pas se plonger dans l'eau salée sans perdre son pouvoir de guérir ; il semble que le contact de l'eau salée soit fatal à ses esprits familiers. On raconte la malheureuse histoire d'un excellent médecin très considéré qui se hasarda un jour sur l'océan. Il était debout dans une pirogue, lorsqu'une autre pirogue vint le heurter. Notre médecin passa par-dessus bord et s'enfonça dans les vagues emportant avec lui les esprits qui se tenaient perchés sur sa tête et ses épaules. Il les perdit définitivement et avec eux ses vertus de guérisseur. « Si j'étais tombé dans l'eau douce, disait-il, je n'aurais pas froissé mes enfants médecins. » Chez les Bibbulmun du sud-ouest de l'Australie, les hommes-médecine, qui avaient été les piliers de l'orthodoxie et les champions de la tradition tribale, s'adonnèrent à la boisson du Blanc et devinrent incapables d'assurer leurs fonctions.

Certaines de ces prohibitions s'expliquent. Le magicien doit s'abstenir de boissons ardentes et éviter les objets chauds et piquants parce qu'il est lui-même dans un état de « chaleur » permanente qui serait neutralisé au contact de tout objet possédant une chaleur excessive.

La tribu papoue des Orokaiva célèbre des rites pour apaiser les âmes des ancêtres qui passent pour présider à la croissance du taro, la nourriture de base des indigènes. Les « experts » du taro qui sont chargés des rites doivent subir une période de probation et observer certains tabous alimentaires. Ils ne doivent pas non plus se baigner : l'eau courante emporterait le mana de l'expert et paralyserait ses opérations. Les novices sont toutefois autorisés à se laver dans de l'eau morte et croupie. On voit des hommes du Taro renoncer à cet office onéreux parce qu'ils ne peuvent résister à la tentation de mets interdits (une anguille grasse, par exemple) ou se priver plus longtemps de l'agréable bain de midi. Le faiseur de pluie Bukaua, après avoir exercé sa magie, s'abstient de mâcher du bétel et de faire quelque travail que ce soit. Il doit se frictionner la chevelure avec de la terre noire, s'en pointiller le front et le nez et se baigner dans la mer à l'aube. Tout en se baignant, il étend les mains au-dessus de l'eau et appelle la pluie : s'il est bien fidèle à ces prescriptions négatives et positives, on ne doute pas que ses efforts finiront par être récompensés par une abondante précipitation.

Certaines des restrictions alimentaires imposées au magicien des îles Trobriand dépendent de la teneur de la formule magique qu'il récite. Si elle mentionne un poisson rouge, il ne pourra pas en manger ; si c'est un chien, il ne devra pas en entendre l'aboiement au cours de son repas. Parfois, c'est l'article alimentaire sur lequel il veut agir qui lui sera interdit ; ainsi dans la magie de la pêche ou du jardinage. D'autres restrictions encore entourent l'acte magique. Le magicien de la pluie devra se noircir et ne se laver ni ne se peigner tout le temps qu'il prépare la précipitation. Le magicien du requin doit laisser sa maison ouverte, enlever sa feuille pubienne et s'asseoir les jambes écartées « afin que le requin demeure gueule béante » [2]. Dans les îles d'Entrecasteaux, on peut dire que chaque hameau a son « chanteur » professionnel qui connaît la bonne formule pour les ignames et, à l'occasion, pour d'autres plantes alimentaires. Au temps des semailles et les six mois qui suivent, le chanteur dort séparé de sa femme ; l'interdit n'est levé que lorsque l'igname est bonne à récolter. D'autres articles alimentaires de choix lui sont pareillement défendus tant que la récolte n'a pas été faite. Qu'il néglige d'observer quelque tabou, on peut être sûr que les ignames sécheront. Dans l'île Dobu, le magicien de la pluie, outre qu'il doit se garder méticuleusement propre par des bains répétés dans la mer, doit se raser entièrement de la tête aux pieds : la plus petite malpropreté corporelle éloignerait la pluie. Dans les îles Yabob ou Yomba (petit groupe au large de l'ancienne colonie allemande de la Nouvelle-Guinée), le succès de la magie du faiseur de pluie exige absolument qu'il se soumette à certaines restrictions tant que la pluie n'est pas tombée. Il doit ne pas boire d'eau (il peut en revanche absorber du lait de coco), ne rien manger de cuit à l'eau, ni avoir de commerce sexuel. Le magicien solaire qui veut obliger le soleil à briller et à réchauffer la terre observe les mêmes prescriptions, sauf qu'elles se prolongent, dans ce cas, deux mois après que le résultat a été obtenu.

Le sorcier des Nouvelles-Hébrides ne peut entreprendre une opération maléfique sans s'abstenir des rapports sexuels, il ne peut même pas s'approcher d'une femme de peur de la « sentir ». Il lui est interdit de manger des choses de forme ramassée et arrondie : elles sont liées au sexe féminin ; c'est ainsi que cinq ou six variétés d'ignames et de fruit à pain lui sont interdites. Il doit éviter, en outre, tout contact avec l'eau et les objets en rapport avec l'eau et pendant quelques jours ne pas prendre de liquide du tout ; il ne mange de rien de ce qui vit dans la mer ou appartient à la mer ; tout aliment humide lui est défendu. Bref, il doit se garder le plus sec possible. Faute d'avoir observé ces règles négatives, sa magie perdra toute efficacité, et il risque fort de la voir se retourner contre lui et de prendre la place de la victime convoitée. Le laps de temps durant lequel le sorcier devra observer les tabous dépend à la fois du degré d'intensité qu'il désire conférer à sa magie et de l'intensité de son désir de vengeance. Si la chose est de peu d'importance, un mois ou deux suffiront, mais, s'il a voué une vengeance éternelle, il pourra falloir jusqu'à deux ans. En général, les tabous alimentaires durent plus longtemps que ceux qui concernent les rapports sexuels.

Un voyant Maori qui avait négligé un tabou (tapu) perdit instantanément son pouvoir de seconde vue et devint spirituellement aveugle, c'est-à-dire qu'il « était incapable de voir les présages et les signes dont les dieux se servent pour avertir l'homme des dangers qui le menacent et qui lui permettent de pénétrer l'avenir » (Elsdon Best).

À Yap (une des Carolines), les magiciens sont nombreux et influents. Ils observent certains tabous. Le magicien qui prononce des incantations sur le peuple doit s'abstenir de poisson pendant trois, cinq ou neuf jours, suivant l'importance de son rite ; parfois il ne doit pas s'approcher de sa femme ; il ne peut pas manger de mets préparés par une femme ou un enfant ; toutefois une femme âgée ayant passé l'âge de la maternité est autorisée à cultiver son jardin pour lui et à lui en apporter le produit. Le magicien de la guerre ne peut jamais manger des produits d'un district ennemi, et la prohibition continue d'être observée alors que les guerres ne sont plus qu'un lointain souvenir [3].

Le magicien hottentot ne touche jamais d'eau froide et ne se baigne jamais. Sa puissance réside pour ainsi dire dans la malpropreté qui enveloppe son corps. S'il touchait de l'eau, sa puissance baisserait, et une immersion complète la dissiperait. On raconte l'histoire d'un dépisteur de sorciers qui s'adonnait à des pratiques néfastes. Le chef le fit plonger dans un étang, et, chaque fois que sa tête ressortait de l'eau, on l'y replongeait. Le traitement réussit : il perdit toutes ses vertus magiques [4]. Les devins des Zoulous jeûnent fréquemment, parfois plusieurs jours de suite, grâce à quoi ils finissent par avoir des extases et des visions. Les indigènes n'ont aucune confiance dans un devin replet : « Un corps bourré sans arrêt ne peut pas voir les choses secrètes », disent-ils.

Le grand magicien (Ol-oiboni) des Masai se nourrit de lait, de miel et de foie de chèvre ; une autre nourriture le rendrait incapable de voir l'avenir et d'inventer des charmes puissants. Il ne peut pas davantage s'épiler la barbe sous peine de conséquences désastreuses du même ordre. Les faiseurs de pluie Nandi dans l'exercice de leurs fonctions ne peuvent ni se laver les mains, ni boire d'eau, ni cohabiter avec une femme. Il leur est interdit de dormir sur la peau d'un bœuf récemment abattu. Chez les Wachagga, le pouvoir du médecin pâtit des rapports sexuels, de la consommation de mouton, de l'absorption d'eau autrement qu'au moyen d'un vase ou du fait de recevoir quelque chose d'une personne qui tient quelque chose d'autre dans sa main. On comprend plus facilement, en revanche, que sa puissance diminue gravement lorsqu'un de ses patients succombe au cours du traitement.

Chez les Baya de l'Afrique équatoriale française, le magicien ne peut manger d'antilope ni de poisson frais ; il ne peut avoir de rapports sexuels diurnes. On est persuadé qu'il succombe à la première maladie qui le saisit, une perspective qui ne contribue guère à attirer la jeunesse à la profession magique. Les sorciers mâles des Rupe, tribu de la Nigéria septentrionale, ne peuvent pas manger dans une calebasse fêlée : cette défense les suit toute leur vie, et sa violation entraîne la « fuite » définitive de leur puissance occulte.

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Dans certaines tribus d'Indiens Guarani du Paraguay, les magiciennes étaient, nous dit-on, tenues à la chasteté. Des rapports sexuels leur faisaient perdre « tout crédit à l'avenir ». Le magicien Jivaro, qui a été astreint durant sa période de préparation à un régime strict, doit toute sa vie se passer de certains articles alimentaires courants. Il lui est défendu de manger cerf, tatou, pécari, cochon sauvage, tapir, singe cholo, lamantin, sans parler de certaines espèces d'oiseaux, de poisons et de légumes. Tous ces aliments contiennent du tsarutama, une puissance occulte ; s'il s'avisait d'en manger, cette puissance entrerait en lui et « paralyserait » ses efforts pour traiter avec les esprits. Le magicien Warrau ne peut consommer aucun aliment étranger ; il y laisserait son pouvoir ; l'aliment « gâtait sa bouche n pour prononcer les formules magiques [5]. Chez les Huichol (tribu mexicaine),l’homme qui veut devenir guérisseur doit être fidèle à sa femme cinq ans de suite : la règle est rigoureuse, mais l'enfreindre serait tomber malade et perdre sa faculté guérisseuse.

De nombreuses tribus indiennes de l'Amérique du Nord partagent l'idée d'une perte temporaire ou permanente des pouvoirs magiques. Dans l'aire Pueblo, la compétence du praticien diminue au fur et à mesure qu'il vieillit, mais il peut la ramener à son premier état en se frottant le dos contre une certaine pierre sacrée [6]. Suivant les Utes du sud du Colorado, le pouvoir curatif d'un médecin peut décliner tellement, à force d'être employé pendant de nombreuses années, qu'il se venge en frappant son détenteur. Que celui-ci pare le coup, il ricochera sur ses parents plus jeunes, en particulier les enfants. Aussi les Utes sont-ils d'avis qu'un pouvoir qui montre des signes d'affaiblissement doit être laissé en jachère. En tout cas, il est toujours mis au repos, si même il n'est abandonné, lorsque le médecin a perdu un patient [7]. Le médecin Yuma dans l'exercice de ses fonctions doit jeûner, se baigner au lever du soleil et s'abstenir de toute relation avec sa femme. Dans les périodes menstruelles de celle-ci, il est incapable de guérir. L'homme-médecine Paviotso peut perdre ses pouvoirs au contact du sang menstruel [8], mais aussi de bien d'autres manières : la négligence dans l'entretien de son outillage, le mépris des instructions données par les esprits lui enlèvent la vertu de guérir les maladies. Les actes irréfléchis ou malveillants d'autrui peuvent avoir le même résultat. Il suffisait parfois qu'un médecin Chemehuevi accusât injustement quelqu'un de sorcellerie pour se rendre incapable d'exercer. Mais on voyait rarement un « bon » médecin subir une diminution de ses vertus curatives, sauf dans la vieillesse. Mais alors il ne tardait pas à mourir, n'ayant « plus aucune raison de vivre ».

Un ancien magicien Lillooet déclarait qu'il avait perdu depuis longtemps ses dons extraordinaires, et il en donnait les motifs suivants : il avait cessé d' « exercer » après sa conversion au christianisme ; mais surtout sa femme, qu'il avait épousée veuve, avait négligé d'observer les rites de purification de rigueur après la mort de son premier mari ; sans compter qu'elle s'était remariée à quelques mois seulement de cette mort, contrairement aux dispositions mortuaires. Voilà comment la « mauvaise médecine » de sa femme l'avait privé de ses pouvoirs mystérieux. Un médecin Tinné ne se hasarderait jamais à guérir sous les yeux d'un prêtre chrétien. Les esprits familiers d'un chaman des Eskimos Copper s'attachent à lui spontanément, mais, s'il viole les interdits alimentaires qu'ils lui imposent, ils le quittent sur-le-champ, et il y perd sous ses pouvoirs chamaniques.

Le chaman Chukchi a toute liberté de renoncer à sa profession après une pratique de plusieurs années : ses esprits ne s'en formalisent pas autrement. Un ethnographe russe a rencontré plusieurs indigènes qui lui ont confié avoir renoncé à la plupart de leurs exercices pour des raisons d'âge, de maladie, ou parce que leur pouvoir déclinait manifestement. Ce que notre auteur propose d'expliquer par leur guérison de l’état nerveux qui les avait aiguillés vers la carrière chamanique. Toutefois, tant qu'il se sent inspiré, le chaman doit continuer à exercer, et il lui est interdit de cacher son pouvoir ; sinon il sera trahi par une sœur de sang ou par une crise épileptoïde. Chez les Koriaks, les femmes chamanes subissent une privation provisoire ou définitive de leurs pouvoirs lorsqu'elles mettent au monde des enfants ; le même trait se vérifie dans beaucoup d'autres tribus sibériennes.

Les cas ne manquent pas de magiciens, professionnels ou amateurs, qui font quelque chose de tout à fait extraordinaire afin de se ménager une dose particulièrement forte de puissance occulte pour l'affaire qu'ils ont en train. Dans les tribus queenslandaises de la péninsule de Cape York, l'anthropophagie est considérée comme quelque chose d'épouvantable ; elle est kunta-kunta, entendez dure, forte, dangereuse, c'est-à-dire magiquement puissante. Or, « non seulement un rituel approprié permet d'écarter le danger, mais il permet même d’en faire une source de puissance et de rendre un homme particulièrement brave et brillant à la chasse » (D.F. Thomson). [9] Dans les îles occidentales du détroit de Torrès, les magiciens se faisaient une règle de manger des choses révoltantes écœurantes lorsqu'ils étaient sur le point d'exécuter un acte spécial de sorcellerie. Ils mangeaient de la chair d'un cadavre ou mêlaient du jus de cadavres à leurs aliments pour devenir « sauvages ». Dans cet état, personne ne comptait plus pour eux, ni femme ni enfants, et ils n'auraient pas hésité à mettre à mort la personne qui les aurait froissés. Un magicien Keraki peut se rendre invisible en mangeant du cadavre humain [10]. Dans les îles Banks, un homme (ou une femme) peut se procurer un pouvoir égal à celui des vampires en arrachant et en mangeant un petit morceau de cadavre ; l’esprit du mort devient alors l'ami intime du mangeur et est prêt à frapper quiconque inspire de la rancune au magicien ou à la magicienne. Comme on le verra plus bas, la nécrophagie [232] est couramment attribuée aux sorciers comme moyen de se procurer et d'entretenir leurs vertus sinistres.

L'inceste délibéré ‑ qui soulève pourtant une répulsion universelle dans la société primitive ‑ a parfois été tenu pour un moyen d'obtenir ou d'accroître la puissance magique. Chez les Antambahoaka de Madagascar, chasseurs, pêcheurs et guerriers, avant de partir en expédition, ont des relations sexuelles avec leurs sœurs ou avec leurs parentes les plus proches [11]. Chez les Bathonga, un chasseur d'hippopotame aura des rapports sexuels avec une de ses filles pour assurer la réussite de son entreprise. « Cet acte incestueux, rigoureusement tabou dans la vie ordinaire, l'a transformé en « meurtrier » : il a tué quelque chose chez lui ; il a acquis le courage nécessaire à l'accomplissement de grandes choses sur la rivière. » (H.A. Junod.) Les Mashona voient dans l'inceste un remède contre la morsure de certains serpents venimeux. Les Balamba, qui tiennent par ailleurs l'inceste en abomination, admettent qu'il peut porter chance au chasseur d'éléphants sur le point de partir en quête d'ivoire. Le sorcier Babemba inaugure sa carrière par un acte révoltant, tel que le commerce sexuel avec sa fille. Chez les Ba-ila, l'inceste devient, dans certaines circonstances, un véritable devoir, par exemple, lorsqu'un individu désire quelque bonne fortune. Les Anyanja, une tribu du Nyasaland,croient que l'inceste avec sa sœur ou sa mère met à l'épreuve des balles ; les sorciers Anyanja recourent fréquemment à l'inceste pour accroître leur pouvoir néfaste.

L'inceste semble très rare parmi les Eskimos Netsilik, et il y est en tout cas sévèrement condamné. On admet cependant qu'il peut, dans certaines circonstances, procurer une puissance magique exceptionnelle. On raconte l'histoire d'un homme qui devint un grand chaman, renommé dans tous les villages, à la suite de relations sexuelles avec sa mère.

La crédulité primitive ne voit pas de limites à la vertu thaumaturgique du magicien. Dans le sud-est de l'Australie, l'homme-médecine monte au ciel par une corde qu'il jette lui-même en l'air ou qui lui est lancée d'en haut, à moins que ce ne soit par un fil qui sort de sa bouche, aussi ténu qu'un fil d'araignée mais suffisant pour le porter. Certains magiciens de la péninsule de la Gazelle (Nouvelle-Bretagne) peuvent produire des tremblements de terre. Un magicien des îles Banks (Muta) possède un rite pour prolonger la vie humaine, et il vend sa science à tous les chalands contre la somme modeste de cinq brasses de monnaie de coquillage. Le tohunga Maori est un nécromant capable de faire sortir les morts de l'Enfer pour les faire converser avec leurs amis vivants. Dans les îles Marshall, le candidat magicien demeure étendu sur le dos plusieurs heures de suite à exposer sa langue au soleil pour absorber l'influence des rayons solaires ; après plusieurs semaines de ce régime, sa langue possédera le pouvoir d'émettre des rayons semblables sur les hommes, les animaux et les êtres inanimés. Certains magiciens de l'île d'Yap (Carolines) n'avaient qu'à le vouloir pour changer la course du soleil ou le précipiter sur la terre ; ils pouvaient à volonté submerger l'île entière dans l'océan ou amener une grande épidémie. Tous ces grands exploits ne réclament qu'un outillage magique modeste, dard d'une pastenague, lézard mort, un peu d'eau hersée dans un trou ; un magicien malais n'a qu'à brûler : quelques grains d'encens et prononcer une formule pour marcher sur l'eau sans enfoncer au delà des chevilles. Dans la tribu Lovedu (Transvaal), les sorciers ont le pouvoir de foudroyer leurs ennemis ; un sorcier mâle peut changer le sexe d'une femme ; il brandit cette menace pour forcer une fille à l'épouser ou pour ramener à lui une épouse qui l'a quitté. Le sorcier des Bathonga, montre qui il est en montrant du doigt un individu donné : celui-ci aura sûrement tôt ou tard un malheur [12]. Chez les Akikuyu, un magicien s'en va parfois pour plusieurs jours « là où il voit Dieu » ; de retour dans son milieu profane, personne ne lui demande ce que Dieu lui a dit ; « on aurait bien trop peur ». Les hommes-médecine de certaines tribus brésiliennes peuvent détruire chiens et gibier et chasser le poisson d'une rivière. Les hommes et les femmes-médecine Cuna pouvaient faire tomber le tonnerre et l'éclair, produire des inondations, faire tomber les arbres dans la forêt, déchaîner ou apaiser la tempête et même empêcher un tremblement de terre de détruire un village. Les Apaches attribuent la création des montagnes et des rivières, voire de la lune et du soleil, à leurs hommes-médecine. Certains hommes-médecine Papago tirent leur pouvoir du soleil ; ils peuvent « prendre la lumière du soleil et la jeter dans la nuit » : l’étrange illumination qui en résulte dépasse la lumière du jour et permet de voir les choses à des milles de distance. L’indien Zuñi capable d'observer la continence pendant quatre ans de suite obtiendra le pouvoir de provoquer des tremblements de terre. Les hommes-médecine du Pueblo Isleta (Nouveau Mexique) ont pouvoir de commander au tonnerre et à l'éclair et de gouverner ces phénomènes à volonté. L'un des exploits caractéristiques des magiciens Passamaquoddy [234] consistait à marcher sur la terre ferme en enfonçant à chaque pas jusqu'aux chevilles ou aux genoux [13]. Les hommes-médecine Corbeaux possèdent une faculté prodigieuse de récupération : on raconte l'histoire de l'un d'entre eux qui eut trois vies et trois morts avant de quitter définitivement le théâtre terrestre de ses travaux [14]. Les magiciens Maïdu peuvent marcher impunément dans le feu. Le magicien des Indiens Klamath est doué de voyance : avant le départ des guerriers pour une expédition, il danse face à eux afin de découvrir ceux qui seront blessés dans la bataille : « il les voit saigner ». Les magiciens des Indiens Thompson de la Colombie Britannique pouvaient frapper leurs ennemis par l'intermédiaire de leurs esprits tutélaires : les victimes tombaient malades sur-le-champ et souffraient d'un mal de tête. Certains hommes-médecine des Indiens Takulli (Carrier) avaient le pouvoir d'amener la pluie ou le beau temps ; durant un été sec, un homme pourvu de cette faculté pouvait déterminer une précipitation simplement en se lavant dans un ruisseau. L'homme-médecine Eyak dispose, ou peut disposer, de cinq esprits familiers et plus, à l'aide desquels il peut se faire transporter autour du monde en l'espace de quelques minutes. Les Eskimos Netsilik prêtent à leurs chamans le pouvoir de rider la mer gelée ou de transformer le pack en glace unie. Le chaman des Eskimo Iglulik sent dans sa tête une lumière qui lui permet de voir dans les ténèbres au propre aussi bien qu'au figuré ; rien ne lui échappe ; il voit les choses à distance, il peut lire dans l'avenir et découvrir les secrets du cœur humain. Un angakok très puissant des Eskimos de la terre de Baffin et de la Baie d'Hudson peut ramener à la vie un mort en lui soufflant sur le visage. On raconte l'histoire d'un homme qui désirait devenir chaman ; l'angakok lui dit qu'il lui fallait d'abord mourir : « C'est la meilleure voie pour devenir angakok » ; l'homme mourut, on le recouvrit avec des pierres et on le laissa trois nuits dans la terre, mais le grand angakok ranima son corps glacé et l'initia à la profession chamanique.

L'un des pouvoirs les plus communément attribués au magicien est celui de la transformation, notamment en animal. Elle est courante parmi les sorciers, qui comptent sur elle pour mener plus sûrement à bien leurs mauvais desseins, mais elle n'est pas leur monopole : les praticiens de la magie blanche peuvent aussi l'employer. L'animal choisi est un membre de l'espèce, un lion, un tigre, un serpent ou un crocodile. Il n'y a rien là d'absurde ni même d'étonnant pour la mentalité primitive : [235] hommes et animaux sont « rigoureusement interchangeables », et il est naturel qu'un magicien désire acquérir par ce moyen les qualités de créatures si souvent regardées comme plus puissantes ou plus rusées que les êtres humains. La transformation s'opère parfois lorsque le magicien envoie son « âme » ou un double, une réplique de lui-même, dans le corps d'un animal qui agit alors sous sa direction. Dans d'autres cas, il ne semble pas y avoir notion d'un dédoublement de personnalité : le magicien et l'animal sont vraiment un seul et même être malgré la distinction apparente : le primitif ne trouve aucune difficulté dans cette coexistence de deux croyances absolument contradictoires [15].

Dans la tribu Yualayai (Nouvelle-Galles du Sud), certains individus ‑ principalement des magiciens ou des individus destinés à le devenir ‑ reçoivent de leurs confrères en magie un yunbeai. Cet animal familier est d'un grand secours à l'homme, car celui-ci a le pouvoir d'en prendre la forme : un magicien ayant pour yunbeai un oiseau est-il en danger de blessure ou de mort, il peut se muer sur-le-champ dans cet oiseau et s'envoler. Il ne doit jamais manger de son animal familier, sous peine de mort, et toute offense à cet animal retentit sur lui. Dans l'île des Lépreux (Nouvelles-Hébrides), les sorciers passent pour détenir ce pouvoir de transformation ; les amis d'un malade redoutent toujours que la personne à l'origine de la maladie ne vienne sous telle ou telle forme, celle par exemple d'une mouche à viande, frapper le patient ; ils s'assoient auprès de lui, le protègent à coup de contre-incantations et chassent soigneusement de lui toutes les mouches. Un sorcier peut aussi se transformer en requin et dévorer un ennemi ou telle autre personne qu'on lui a demandé de détruire. Dans les îles Aurore et Pentecôte, les magiciens prennent la forme d'aigles, de hiboux, de requins. Les magiciens et les chefs « à pouvoirs magiques » des Maori peuvent revêtir diverses formes animales.

Les Malais de Java, Sumatra et de la péninsule croient fermement à la réalité de la métamorphose animale. Les tigres-garous sont pour eux un fait, et quand les Européens vous racontent qu'il n'y a jamais eu de ces êtres dans les régions sauvages, ils ne méritent que dérision. Certains Javanais ont le pouvoir de devenir tigres à volonté ; mieux, certains magiciens sont capables, en vous revêtant d'un sarong (jupe malaise) jaune à stries noires, et en prononçant certaines incantations, de vous transformer en tigres. Suivant les Semang (groupe négrito de la péninsule), non seulement les magiciens peuvent se muer en tigres de leur vivant, mais leurs âmes peuvent, après la mort, passer dans des tigres et d'autres bêtes sauvages ; ces incarnations animales une fois mortes, les âmes gagnent leur paradis prédestiné. Dans le nord de l'Inde, les animaux familiers du sorcier (ou de la sorcière), sous la forme desquels il apparaît souvent, sont le tigre et le chat [16]. Une sorcière Oraon envoie son âme dans un chat noir qui rôde dans une maison où quelqu'un est malade au lit ; le malade ne tarde pas à mourir. Il est très difficile de s'emparer de l'un de ces êtres, mais, que vous réussissiez à l'attraper et à le maltraiter de telle ou telle façon, ce traitement se répercutera sur la sorcière elle-même.

Suivant les Boshimans, les sorciers peuvent apparaître sous la forme d'oiseaux ou de chacals. Un sorcier Balamba accoste un homme sur la route et lui demande s'il voyage seul ou si d'autres personnes se trouvent dans le voisinage. Si l'homme est seul, le sorcier se retire derrière une fourmilière, se transforme en lion et, se mettant à la poursuite de sa victime, la tue et la dévore. Puis il reprend la forme humaine et continue sa route. Les Babemba croient que leurs sorciers se changent en lions et autres fauves ; ils chassent de nuit et dévorent leur proie en compagnie. Les sorciers Wanyamwezi, pour obéir à leur chef, se transforment provisoirement en lions et en léopards ; toutes les victimes de ces fauves sont invariablement mises au compte de sorciers ainsi camouflés. Dans la province de Sennar (Soudan anglo-égyptien), certains sorciers se transforment en hyènes et rôdent la nuit, occupés à ululer et à se gorger de charogne ; au matin, ils regagnent leur corps humain. Dans le bas Congo, les riverains des cours d'eau infestés de crocodiles anthropophages sont persuadés qu'un sorcier peut prendre la forme d'un crocodile. Là où les crocodiles sont moins redoutés, le sorcier passe pour élire le léopard [17]. Chez les Ekoi de la Nigéria méridionale, la transformation magique est un événement de tous les jours. « L'oiseau qui entre chez vous par votre porte ouverte en plein jour, la chauve-souris qui décrit ses cercles autour de votre maison au crépuscule, les petites bêtes de la brousse qui traversent votre chemin quand vous êtes à la chasse ‑ autant d'animaux familiers possibles d'un sorcier ou d'une sorcière, qui sait ? peut-être le sorcier ou la sorcière eux-mêmes embusqués pour vous frapper. » (P. A. Talbot.) C'est une croyance générale chez les tribus Ibo que les sorciers peuvent se transformer en toute sorte d'oiseaux ou d'autres animaux, « et il n'est pas rare du tout de rencontrer des personnes qui ont assisté en personne la métamorphose » (A. G. Leonard). Selon les Bullom et les Timné de Sierra Leone, les méfaits des fauves ‑ enfant emporté par un crocodile, chèvre dévorée par un léopard ‑ sont en réalité l'œuvre de sorciers qui ont pris la forme de ces animaux.

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La croyance aux pouvoirs métamorphiques des magiciens est très générale parmi les Indiens d'Amérique. Le keebet Abipon, ainsi hypostasié, devient invisible, et il est impossible ~ le tuer. Les Araucans sont convaincus que le renard ou le puma qui rôde de nuit aux abords de leur butte est une sorcière en quête de quelque larcin ; ils chassent l'animal en prenant garde de lui faire du mal par peur de représailles[18]. Les hommes-médecine du Brésil, après s'être dûment narcotisés au tabac, peuvent prendre telle forme animale qui leur plaît et aller où ils veulent sous ce déguisement. Le magicien Ipurina ainsi transformé est invisible aux gens du commun, mais un autre magicien peut le reconnaître. De même, le magicien Apinayé peut revêtir la forme d'un oiseau et parcourir les villages étrangers au risque toutefois d'être détecté par les magiciens du lieu [19]. Les Witoto, les Boro et les tribus apparentées du bassin supérieur de l'Amazone croient que l'homme-médecine, à sa mort, retourne à la terre sous la forme d'un jaguar ; dès son vivant, il lui est loisible d'en prendre la forme pour tuer et dévorer d'autres fauves de la jungle. Tout homme-médecine possède une peau de jaguar, dont il se sert pour réaliser sa transformation ; il la tient cachée de crainte qu'en la lui dérobant on ne lui prenne aussitôt le pouvoir de devenir jaguar. Chez les Indiens Canelos de l'Équateur, les hommes-médecine professionnels et les personnes âgées en général, qui passent le plus souvent pour détenir l'art de la sorcellerie, peuvent se transformer en jaguars après leur mort et même de leur vivant. Selon les Quéchua et les Aymara du Pérou et de la Bolivie, la peau, les griffes et les dents du sorcier qui s'est transformé en jaguar possèdent un pouvoir merveilleux, et sa graisse fournit un remède infaillible contre les rhumatismes et autres douleurs. Si un Tarahumara a le malheur de faire du tort à un sorcier puissant, celui-ci, une fois mort, entre dans un puma, un jaguar ou un ours, se met à l'affût de l'homme et le tue.

Les Navaho s'imaginent que des hommes et des femmes déguisés en peaux de loup et de puma circulent en pratiquant la sorcellerie. Tout homme-médecine Penobscot avait son « auxiliaire » : le corps d'un animal, semble-t-il, dans lequel il pouvait se transformer à volonté. L'auxiliaire pouvait être [238] envoyé guerroyer ou travailler par son maître, qui demeurait inerte tout le temps de l'expédition. Tout mal qui pouvait lui advenir dans un combat rejaillissait sur son possesseur, et, s'il était tué, celui-ci mourait sur-le-champ. L'homme-médecine ne mangeait jamais de sa chair quand il était tué par un autre. L'auxiliaire agissait proprement comme faisant partie du possesseur lui-même. D'ordinaire, un homme-médecine se contente d'un auxiliaire, mais un praticien très puissant peut en avoir jusqu'à sept. Suivant les Iroquois, un sorcier pouvait revêtir à son gré la forme d'un quadrupède, d'un oiseau ou d'un reptile et, sa mission sinistre exécutée, regagner sa forme humaine. Un magicien Ojibwa apparaîtra parfois sous les espèces d'un animal pour attaquer une personne contre laquelle on a loué ses services. On peut le voir de nuit voler à toute vitesse sous la forme d'une boule de feu ou de deux braises ardentes pareilles aux yeux d'une bête monstrueuse. Les « médecins-ours » de la Californie étaient des magiciens qui avaient revu leur pouvoir d'ours, surtout d'ours grizzlés, et ils prenaient la forme de ces animaux quand ils voulaient se venger de leurs ennemis. Ils passaient généralement pour invulnérables, ou tout au moins capables de revenir à la vie après avoir été tués. La férocité et la vie dure du grizzlé n'avaient pas manqué en effet de frapper l'imagination indienne.

Dans la croyance des Eskimos de la rivière Copper, qui vivent aux abords du golfe de Coronation, un magicien peut souvent changer de forme et prendre celle de son animal familier ou tout au moins acquérir certains de ses traits caractéristiques. Cette métamorphose peut se produire alors qu'il est seul, mais elle a parfois lieu en présence de spectateurs. Il y avait une fois un magicien qui pouvait se changer en ours polaire ; il se courbait jusqu'au sol de la maison de danse, les mains reposant sur le sol ; peu à peu, ses mains devenaient les pieds de l'animal, ses bras ses pattes, finalement son corps tout entier et sa tête devenaient ceux d'un ours. Sous cette forme, il parcourait le voisinage et disait aux enfants de chaque maison où il entrait : « Tenez-vous droit contre le mur près de la porte ; alors je ne vous dévorerai pas. » Les Eskimos abondent en histoires de ce genre et ne mettent jamais en doute leur véracité [20].

Un chaman Chukchi qui veut se venger d'un ennemi commence par le transformer en renne, puis il devient lui-même un loup et, sous cette forme, il a vite fait de lui régler son compte.

On a vu qu'un sujet ordinaire peut, à l'occasion, produire un effet magique par la seule action de sa volonté. La volonté d'un professionnel de la magie est beaucoup plus efficace, même sans faire appel aux agents spirituels ou au renfort d'incantations, charmes et actes rituels.

Un homme-médecine des îles occidentales du détroit de Torrès n'avait qu'à lancer en l'air une pierre en désignant par son nom la personne à qui il la destinait, et le projectile remplissait son rôle exactement comme s'il l'avait touchée. Il suffit d'un « mauvais souhait » au sorcier des îles Salomon pour attirer la maladie sur un individu antipathique ou déterminer sa mort. Chez les Maori, on éprouvait soigneusement la puissance de volonté du candidat à l'office de tohunga. Son instruction préliminaire achevée, on lui faisait saisir une pierre lisse et dure, réciter une incantation spéciale, un karakia, et faire éclater la pierre en morceaux sans se blesser. Sortait-il victorieux, il devait essayer de tuer un oiseau ou un chien rien qu'en voulant leur mort : la bête mourait toujours si l'élève était vraiment versé dans son art. Pour finir, il devait vouloir a mort d'un proche ‑ oncle, tante, frère ou sœur ‑ mais jamais de son père, de sa mère ou de l'un de ses enfants. Trait digne de remarque : cette démonstration du pouvoir fatal des magiciens sur la vie humaine, chez un peuple dont la vengeance était la passion la plus naturelle, échappait à la loi du talion [21]. Deux indigènes déclarèrent un jour à un anthropologiste en mission scientifique parmi les Toda des monts Nilgiri, qu' « un sorcier, simplement par la pensée de l'effet désiré, peut produire cet effet et qu'il ne lui est pas nécessaire de recourir à des formules magiques ou de mettre en œuvre des rites particuliers » (W. H. R. Rivers). Les magiciens Nandi « peuvent mettre des gens à mort par la simple puissance de leur volonté à une distace de plusieurs milles » (H. H. Johnston).

Des croyances analogues se retrouvent chez certains Indiens d'Amérique. Pour guérir les malades, ceux-ci fussent-ils à plusieurs journées de marche, les hommes et les femmes-médecine des Itonama n'ont pas besoin de les visiter en réalité. Certains hommes-médecine Cuna peuvent par « une simple concentration » éclaircir de larges étendues de forêt. Presque toute la sorcellerie des Tarahumara est commandée par la « pensée du mal ». Le sorcier pense du mal d'un ennemi, et, tandis que celui-ci est endormi, il vient à lui dans un rêve et s'empare de son âme. La victime « meurt sur le coup ».

Un homme-médecine du Pueblo Laguna perdit la vue. Sa sœur attribua son malheur aux mauvais souhaits d'autres hommes-médecine jaloux de ses nombreux succès. L'homme-médecine [240] Cheyenne, qui avait rêvé qu'il possédait un certain pouvoir, l'éprouvait « par un simple exercice de sa volonté », Il prenait, par exemple, un petit objet, mettons un poil de sa robe, en faisait une boulette qu'il tendait vers le soleil, puis, « tout en souhaitant quelque chose de mal », il la jetait dans la direction de la personne à laquelle il voulait nuire. L'objet disparaissait, arrivait à la personne indiquée, pénétrait en elle et la faisait tomber malade. Le médecin qui parvenait à extraire la boulette pouvait, en la renvoyant à l'expéditeur, lui rendre le mal qu'il avait commis. Une histoire très répandue chez les Hidatsa parle d'un homme-médecine qui, ayant vécu avec des ours noirs très sacrés, avait reçu d'eux ses pouvoirs extraordinaires. « Il aidait les gens de diverses façons. Lorsque quelqu'un avait faim, il pensait en lui-même « Qu'il y ait un buffle près du village », et, lorsqu'il pensait de la sorte, il en était bien ainsi. » (G. H. Pepper.) Un sorcier Paviotso ne se sert pas d'incantations ni d'autres techniques de magie noire ; il accomplit son mauvais dessein simplement en souhaitant la maladie à la victime visée. Cette dernière ne sait rien de ce qui se passe ; l'action du sorcier n'est éventée que si un homme-médecine réussit à diagnostiquer la maladie de son patient [22]. Les Shoshones Couteau-Blanc croient que le dijibo, le « pouvoir de faire le mal », s'obtient par une série de mauvais rêves, d'ordinaire des rêves de mort, et se manifeste souvent par des palpitations dans le corps du possesseur. Le sorcier peut le « projeter » dans sa victime au moyen d'une intense concentration, accompagnée souvent de certains mouvements musculaires [23]. Le sorcier Maïdu qui désire la mort d'un homme fait tomber son ombre sur l'homme, après quoi il va se baigner dans une rivière et adresse à son esprit tutélaire la prière suivante : « Je veux qu'un tel meure. » Un médecin Yurok pouvait rendre les gens malades pour en tirer ensuite de l'argent en les soignant. Pour cela, il n'avait qu'à fumer de nuit et dire, en s'adressant à sa pipe : « Un tel, je veux que tu tombes malade. » Un magicien puissant des Indiens Takelma pouvait nuire à un homme rien qu'en le « voulant » malade ou en l' « empoisonnant » (par la pensée). Cette technique était fréquemment employée par les personnages des mythes tribaux tels que Coyote et avait son verbe propre, wyimasi, « il m'a voulu », « il m'a empoisonné ».Chez les Lummi (tribu Salish), un homme versé dans le suin, l'art de la magie, peut utiliser ce savoir d'une manière très pratique. Désire-t-il pour tel garçon la victoire dans une course à pied, il se tient à un emplacement d'où il a bonne vue sur tous les [241] coureurs. Puis il prononce le mot secret employé en magie pour dire « cuisse » et, concentrant tous ses pouvoirs sur les cuisses du meilleur concurrent, il le prive de ses pleines ressources, et « son favori remporte la course ». Certains hommes-médecine des Lillooet de la Colombie britannique recouraient rarement à la danse et au chant d'usage pour traiter leurs malades ; le médecin se couchait simplement à côté du patient et dormait avec lui jusqu'à guérison acquise ; en même temps, il concentrait ses pensées sur le malade et paraissait oublier tout le reste. Les souhaits de l'homme-médecine Tinné suffisent à réaliser leur objet, « pourvu qu'ils soient accompagnés par un acte particulièrement intense de volonté » ; c'est ainsi qu'il pourra guérir un patient en chargeant son esprit familier de faire la chose ; dans ce cas l'homme-médecine ne se rend pas auprès du patient, mais, consulté, il le fait aviser de sa guérison prochaine [24].

Souvent les magiciens se distinguent des profanes par un costume ou un équipement spécial, par une conduite et un genre de vie particuliers, enfin par la possession d'accessoires bizarres ou grotesques qui frappent l'imagination de tous les spectateurs.

Il y avait dans la tribu Kolor de l'État de Victoria une femme surnommée par les colons anglais la « Dame blanche » et particulièrement redoutée des indigènes, qui lui passaient toutes ses fantaisies. Elle avait un long bâton, peint en rouge, qui lui avait été offert, disait-elle, par les esprits. Elle le faisait porter devant elle partout où elle se rendait en visite de cérémonie et le cachait alors à quelque distance du camp, car il c était trop sacré pour être exposé à tous les regards ». Elle portait d'ordinaire une fourrure boa, la queue, disait-elle d'un kangourou lunaire rencontré au cours d'un de ses séjours dans la lune, mais que des Blancs sceptiques prétendaient lui avoir donnée. Pour appuyer ses prétentions, elle quittait le camp par une nuit de clair de lune et rentrait avec son sac rempli de serpents... de serpents-esprits. Personne n'osait l'approcher ni même porter le regard sur elle. La sacoche d'un homme-médecine Yualayai contient une collection disparate d'objets magiques, entre autres un gros cristal au moyen duquel il peut voir n'importe qui à distance et une autre pierre dont le pouvoir peut plonger une personne dans l'inconscience ou la coucher morte avec l'aisance de la foudre. Le magicien emporte encore avec lui des os qu'il se passe à travers le cartilage du nez lorsqu'il se trouve dans un camp étranger pour ne pas s’exposer à la souillure d'une odeur étrangère. Personne n'ose, [242] « par crainte de mort subite », toucher la sacoche d'un médecin Kabi du Queensland ; il contient quelques cailloux de quartz, des bouts de verre, des ossements humains, une corde faite de peau et, à l'occasion, des excréments d'une personne à léser ou à mettre à mort par voie de magie noire.

L'équipement d'un homme-médecine Mentawei se compose d'une coiffure de plumes de poulet qu'il porte sur l'oreille gauche, d'un plastron lamé de cuivre, de bracelets de cuivre, d'une culotte de rotin rehaussée de perles et de trois rangs de perles portées en diadème. Ces rangs de perles lui servent de « fils téléphoniques » pour converser avec les esprits de l'autel. Il porte aussi des clochettes attachées aux mains pour sonner les esprits. Un homme-médecine ne céderait son outillage pour rien au monde ; ce serait perdre sa qualification professionnelle. Cet outillage se transmet de père en fils ou de frère à frère. Lorsqu'il tombe de vétusté, le possesseur doit le renouveler avec le concours d'un confrère, de manière à renouveler en même temps sa puissance magique. La même obligation s'impose à lui s'il vient à commettre une faute dans son service ou à enfreindre quelque tabou qu'il aurait dû observer. Sinon l'esprit fuirait tout rapport avec lui, et les gens cesseraient de le consulter.

Voici comment H. A. Junod décrit l'équipement d'un magicien Bathonga : « Il avait dans sa chevelure un bracelet de cuivre, quelques anneaux et un collier auquel pendait une pièce de six pence. Tous ces objets lui venaient de son père, qui avait été, lui aussi, magicien. Il portait à son cou un bout de la peau d'une chèvre qui avait été sacrifiée lors de la mort de son père ; c'est grâce à elle qu'il avait hérité et qu'il conservait la puissance occulte paternelle. Deux griffes de panthère étaient fixées au-dessus de sa tête, se faisant face ; elles lui servaient à s'emparer d'un sorcier. Deux vessies vides de chèvre se balançaient dans son abondante chevelure bouclée pour témoigner qu'il avait guéri des patients et avait touché des chèvres en récompense. À son cou étaient suspendues deux dents de crocodiles et plusieurs cornes renfermant des médecines utilisées pour les exorcismes et le traitement des gens ensorcelés. Une autre médecine lui servait à se procurer beaucoup de femmes et une nombreuse postérité. Il portait également un ergot de coq qui lui procurait ‘courage et force’. » Lorsqu'il partait pour une tournée professionnelle à travers le pays, notre exorciste se présentait dans des atours impressionnants avec de grandes peaux de serpent et dans la main une queue de gnou en guise de baguette magique [25].

L'équipement du dépisteur de sorciers Bakongo, dans l'exercice de ses fonctions, se compose de peaux de fauves, de plumes, de fibres et de feuilles séchées, d'ornements faits de dents de léopard, de crocodile, de rat, de clochettes tintinnabulantes, de gousses cliquetantes et de tout ce qu'on peut imaginer d'inutilisable et de portatif à la fois. Son visage et les autres parties exposées de sa personne offrent sur un fond de craie des dessins colorés à la mesure de son goût grossier. « L'effet produit est extrêmement grotesque, mais les indigènes ne voient là que l'appareil d'un dépisteur de sorcellerie et le signe de sa puissance. Cette mise en scène est absolument nécessaire pour inspirer aux indigènes effroi et révérence ; un dépisteur de sorcellerie n'aurait qu'à arriver sur le théâtre de ses opérations dans le costume ordinaire d'un indigène, on le mépriserait et on le mettrait à la porte de la localité. » (J. H. Weeks.)

Les magiciens des Wayemba emploient une foule de charmes, tous supposés doués de puissance magique. Ils sont toujours à l'affût de nouveaux charmes susceptibles de frapper des indigènes d'esprit simple. On a trouvé dans l'une de leurs trousses un bâton de dynamite à moitié employé, et qui était sans doute là pour prouver que son heureux détenteur avait pouvoir sur la foudre.

Les insignes et l'attirail d'un piai de la Guyane comprennent un type de banquette dont on ne trouve pas l'équivalent dans le mobilier des maisons indiennes, une sonnaille, une poupée ou mannequin, certains cristaux et autres petits objets « sortant généralement de l'ordinaire ». Quand ils ne servent pas, on les conserve en lieu sûr dans un abri qui est tabou pour les profanes. Leur profanation déposséderait le piai de son pouvoir et porterait malheur au profanateur.

Un homme-médecine Pied-Noir, dans l'exercice de ses fonctions de guérisseur, avait le corps entièrement couvert de la peau d'un ours jaune. Il passait la tête dans celle de l'animal qui lui servait ainsi de masque, tandis qu'à ses poignets et ses chevilles pendaient les énormes griffes de l'ours. L'ours jaune, très rare dans le pays des Pieds-Noirs, avait la réputation d'une « grande médecine ». Des peaux d'autres animaux présentant des anomalies ou des difformités leur conférant une puissance occulte étaient attachées à celle de l'ours.

Le vêtement du chaman Haïda variait sensiblement suivant la sorte d'esprit qui parlait par sa bouche. Il laissait pousser sa chevelure librement sans aucun soin et portait un os long en travers de sa cloison nasale. Il portait une planche sur laquelle il battait la mesure avec un bâton et un os évidé et sculpté dans lequel il soufflait pour expulser la maladie. Un assistant, qui cognait sur un grand tambour de bois, secondait habilement ses efforts. Alors que le chaman Haïda opérait d'ordinaire sans masque, le praticien Tlingit avait nombre de masques. Sur chacun, un grand dessin représentait son auxiliaire spirituel principal ; des figures plus petites évoquaient les esprits secondaires qui renforçaient les facultés spéciales du chaman. Ceux qui étaient placés autour de ses yeux aiguisaient sa vue et lui permettaient de découvrir les esprits hostiles ; il y en avait autour de son nez pour affiner son odorat et autour de ses mâchoires pour les tenir serrées en tout temps. Certains dessins représentaient des animaux, mais le dessin favori était celui d'un ver de bois que ses dons de foreur désignaient pour symboliser l'acuité de la perception. Un chapeau particulier, une chemise de danse et une couverture, des guêtres de danse, complétaient le costume du chaman.

Chez les Eskimos Iglulik, le jeune homme qui se fait chaman porte une ceinture spéciale en signe de sa profession. Elle est faite d'une bande de peau à laquelle tous les gens qu'il connaît suspendent des franges de peau de caribou. On ajoute aux franges des figures d'homme ou d'animal sculptées dans de l'os. Ces objets doivent avoir été offerts au chaman ; les gens sont convaincus que ce moyen permettra aux esprits de toujours les reconnaître et de ne pas leur faire de mal.

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Dans la vie quotidienne, le chaman sibérien ne se distingue pas des autres gens ; il ne prend de costume spécial que pour exercer. Dans beaucoup de tribus, ce costume comprend une casaque, un masque, un bonnet et un plastron de cuivre ou de fer. De ses instruments spéciaux le plus important est un petit tambour, ou tambourin, dont il se sert pour évoquer les esprits et communiquer avec eux. Ce tambour a, en outre, la propriété merveilleuse de l'emporter dans les airs jusque dans l'autre monde. Les esprits n'entendent la voix du chaman que s'il est revêtu du vêtement voulu et bat le tambour. Ces objets sont sacrés et ne doivent être employés que par le chaman ; employés par un autre, ils n'auraient aucun effet sur les esprits [26].

Il ne faut pas confondre les séances publiques des chamans avec leur activité privée de guérisseurs, devins ou sorciers. L'homme-médecine convoque ses esprits familiers, s'entretient avec eux et en reçoit des directives à moins qu'il n'aille les dénicher, parfois au bout de monde ou dans un autre [245] monde. Le chaman se plonge dans une transe réelle ou simulée dans laquelle il parle et se conduit en inspiré. Toutes ces démonstrations s'accompagnent ordinairement de force tours de passe-passe, et spécialement de ventriloquie et de prestidigitation. Les tours sont, en règle générale, grossiers, et il faut la foi aveugle de l'auditoire dans l'officiant pour en dérober si souvent l'artifice. Il faut avouer cependant que les exploits attribués à ces individus font souvent preuve d'une grande ingéniosité et que certains d'entre eux mettraient à rude épreuve un fakir indou ou l'un de nos modernes prestidigitateurs. Il est particulièrement piquant d'observer que les exploits qui ont formé le répertoire principal des médiums contemporains sont familiers aux bateleurs primitifs : que le magicien se libère d'une casaque particulièrement collante, qu'il jongle impunément avec des objets brûlants ou qu'il s'élève et plane dans les airs, réalisant le « miracle » de la lévitation. Dans certains cas, le magicien exerce incontestablement une action hypnotique sur l'assistance : son assurance personnelle, jointe à la confiance égale que les spectateurs mettent en lui, contribue à créer une atmosphère psychique très propice aux suggestions hypnotiques. Il est clair que ces démonstrations frappent la foule par les pouvoirs extra-ordinaires du magicien et par suite aggravent son emprise sur elle. Il faut aussi souligner leur aspect récréatif : elles exorcisent l'ennui et donnent un piment d'intérêt à la vie monotone de mainte communauté isolée.

Les Kurnai de l'État de Victoria distinguaient l'homme-médecine ordinaire, le médecin, du birraark, qui faisait fonction de voyant et de barde. Le birraark prédisait l'avenir et composait les chants et les danses des assemblées du groupe. Il tenait ses pouvoirs des esprits des morts. Ceux-ci le rencontraient dans la brousse, le saisissaient vigoureusement par la cheville osseuse que chaque indigène porte dans sa cloison nasale et l'emportaient ainsi à travers les nuages dans le monde des mânes. Là, il apprenait des danses et des chants nouveaux qu'il enseignerait ensuite au peuple. Une fois introduit auprès des esprits des morts, il conservait la plus grande intimité avec eux. Une des séances consistait à faire retentir sa voix jusqu'aux esprits des morts, qui répondaient du haut des arbres ; ils sautaient à terre pour répondre aux questions posées par le birraark. Au point du jour, on le trouvait sur le sol en dehors du camp, et autour de lui on voyait encore les empreintes de pas des esprits. Une autre séance avait lieu la nuit. On couvrait les feux de camp, et l'assistance observait un rigoureux silence. Par moment le birraark émettait un puissant roucoulement auquel répondaient les sifflements stridents des esprits des morts tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. On entendait alors dans l'obscurité une voix qui demandait sur un registre étrangement assourdi l'objet de son désir. Lorsque le birraark avait obtenu les réponses voulues à ses questions, la voix annonçait : « Nous partons », et les esprits des morts s'en allaient. Le lendemain, on découvrait le birraark, apparemment endormi, sur le sommet d'un grand arbre où il avait été transporté par les mânes.

Un ancien missionnaire en Nouvelle-Bretagne assista un jour à une séance. Elle avait lieu dans un espace découvert de la brousse. Les arbres environnants baignaient l'endroit dans une profonde obscurité, de sorte qu'on ne voyait pas à plus de quelques pas. Deux groupes d'hommes occupaient chacun une extrémité du terrain. Les officiants étaient de blanc vêtus, « cette couleur étant supposée plaire aux esprits » . Sur un coup de sifflet les deux groupes défilèrent l'un à côté de l'autre et échangèrent leurs places. Le plus grand silence accompagnait cette étrange procession en l'honneur d'Ingal, un esprit qui vit au sommet des très grands arbres. On pouvait le décider à descendre sur la terre pour converser avec les hommes, mais dans la circonstance la présence d'un missionnaire infidèle le retint à distance. « On me raconta que, le lendemain de mon départ, il était venu ; c'était bien la preuve que l'empêchement provenait de moi, ce qui ajouta à ma sécurité, car, pour être plus fort qu'Ingal, il fallait que je le fusse fameusement. » (B. Danks.)

Avant la séance d'un halak (chaman) Semang, on construit, une petite hutte en enfonçant dans un cercle de trous des feuilles de palmiers. Une ouverture ménagée à la base permet au chaman d'y pénétrer en rampant. La séance a lieu la nuit. Le halak débute par un chant dont chaque phrase est reprise par un chœur d'hommes accroupis autour de la hutte ; nombre de chants se succèdent ainsi. De temps en temps, la hutte est secouée de l'intérieur, et on dirait, au bruit, que le chaman frappe les parois avec le plat des mains. Pour les assistants, ce sont évidemment des signes de la présence de l'esprit familier du chaman.

Les séances des dépisteurs de sorcellerie africains intéressent beaucoup les indigènes qui assistent autant comme tambourineurs et chanteurs que comme spectateurs. Elles sont souvent accompagnées de force jongleries. Suivant le rapport d'un témoin oculaire, les dépisteurs de sorcellerie Azandé entassaient de grosses chenilles velues dans une corne qu'ils dérobaient sous leur vêtement d'écorce. Tandis qu'ils dansaient, les chenilles sortaient de la corne et rampaient sur leurs corps comme si elles étaient sorties tout droit des entrailles des danseurs. Quelques rares sceptiques n'y voyaient qu'un tour de passe-passe et déclaraient que, si la sorcellerie avait vraiment introduit des chenilles dans le ventre d'un homme, celui-ci n'aurait pas dansé aussi lestement ; il aurait été dans son lit bien malade. Dans une autre séance, le magicien est étendu sur le dos de tout son long, et on lui met sur la poitrine une lourde pierre qu'un de ses confrères martèle avec un pilon. Le courage du sujet de cette pseudo-épreuve et sa résistance au poids de la pierre sont mis au compte de sa puissante magie. Un autre tour courant du dépisteur de sorciers consiste à cracher du sang. Il se taille ouvertement la langue et laisse couler le sang de ses lèvres au vu de tout le monde, mais la blessure passe pour guérir dans un laps de temps extrêmement court, grâce aux médecines qu'il a absorbées après avoir pratiqué l'incision [27]. Chez les Ibibio de la Nigéria du Sud, un magicien pile un petit enfant dans un mortier et le sort ensuite bien vivant de la cuisse de l'un de ses assistants. Un autre « jeu » consiste à faire couper la tête d'un homme et à la faire promener à la ronde par l'exécuteur. Pendant ce temps le tronc est soutenu par deux amis qui éventent vigoureusement le cou ; il suffirait que des mouches vinssent s'y poser pour rompre la magie et empêcher l'homme de revivre jamais. Puis la tête est remise à sa place, et le « cadavre » bondit et se trémousse pour démontrer qu'il est bien vivant. Une autre démonstration consiste à traverser de part en part un homme avec des stipes taillés en pointe vive ; le magicien invoque alors les esprits des ancêtres et retire les stipes sans que l'homme montre les moindres traces de blessure.

Les hommes-médecine iroquois du temps passé étaient tous des jongleurs. Ils tenaient des assemblées annuelles au cours desquelles ils présentaient les tours qui, disaient-ils, leur étaient venus en rêve. Dans l'une de ces occasions, chaque jongleur était tenu d'accomplir un exploit nouveau sous peine de mort. Heureusement qu'on n'était pas difficile sur le tour à présenter ; le plus simple faisait l'affaire, s'il parvenait à surprendre les confrères. On avalait des cailloux et des couteaux au moyen d'un tube introduit dans la gorge et on provoquait des « apparitions » en répandant du tabac et des parfums sur le feu. L'homme-médecine devait également briller dans l'interprétation des songes sous peine d'encourir la mort.

Les Menomini, les Ojibwa,les Saulteaux et d'autres tribus d'Algonquins ont une cérémonie d'évocation, caractérisée par l'ébranlement mystérieux d'une petite tente (tipi) érigée pour la circonstance. L'évocateur est déposé dans la tente étroitement ligoté. Après s'être libéré de ses liens, il commence à chanter, à battre du tambour et à convoquer ses esprits conseillers. Les esprits obéissent et manifestent leur présence par un violent ébranlement de la tente et par des bruits familiers à tous les assistants mais dont le sens n'est intelligible qu'à l'opérateur. L'ensemble de la cérémonie a un objet bien défini, le plus souvent la guérison d'un malade au moyen de remèdes prescrits par les esprits [28].

Un médecin Pawnee, complètement nu et placé à quelques pas de spectateurs attentifs, avale des lances et des flèches qui pénètrent de trente à quarante centimètres dans son oesophage, parfois au risque d'y laisser la vie. Il décoche des flèches sur un homme en paraissant y mettre toute la force de son arc, mais au lieu de s'enfoncer dans le corps les flèches rebroussent chemin et volent en l'air. Il assomme un homme avec une hache au point qu'on voit dégoutter sang et matière grise quelques jours plus tard, l'homme circule aussi bien portant que quiconque. Une demi-heure lui suffit pour faire monter d'une graine un épi ; un tour analogue consiste à faire sortir d'une baie de cèdre un arbrisseau respectable. Un homme-médecine Ponca fit mine de charger un revolver devant quelque deux cents personnes, puis il le tendit au chef qui le déchargea sur lui. L'homme-médecine s'écroula comme s'il avait été gravement touché, gémissant et toussant sans arrêt ; quelque temps plus tard, il crachait la balle qu'il montrait triomphant à l'assistance. Cette démonstration du jongleur indien prouvait qu'il était capable de reproduire avec succès un des tours de son confrère blanc [29]. Un magicien Ojibwa prend des charbons ardents et des pierres surchauffées dans ses mains, voire dans la bouche ; ce qu'il explique par son « pouvoir surnaturel » ; la vérité est qu'il a insensibilisé les parties intéressées au moyen de certaines herbes.

L'exploit le plus répandu d'un chaman eskimo de la rivière Mackenzie consiste à s'envoler dans le village voisin, dans un pays lointain ou, plus souvent, dans le soleil, la lune ou le fond de la mer. La démonstration se place d'ordinaire dans une nuit sans lune. On l'annonce à l'avance pour permettre à l'assistance de se rassembler dans la maison commune ou dans l'habitation privée disponible la plus proche. On commence par ligoter le chaman de manière à lui interdire tout mouvement. Quand les lumières ont été éteintes, il se met à entonner un chant magique dans lequel il se décrit en train de devenir léger comme une plume, de flotter comme un bâton sec sur l’eau. Un bruit curieux se fait entendre : il est produit par une pierre ou une hache fixée à une corde détendue qui pend au corps du chaman. Celui-ci décrit en s'envolant des cercles si rapides que la force centrifuge tire de la pierre ou de la hache un sifflement bruyant. Si l'un quelconque des assistants s'avisait d'ouvrir les yeux pour essayer de voir ce qui se passe, l'objet l'assommerait et le tuerait sur le coup. Tout de suite, on entend la voix du chaman qui annonce qu'il vole au-dessus des têtes, puis près du toit, enfin qu'il passe par la fenêtre. Sa voix diminue de plus en plus, et le sifflement s'éteint. L'assistance demeure assise en silence pendant une demi-heure les yeux clos. Quand elle entend le chaman annoncer son retour, elle ouvre les yeux, on allume les lampes à huile et on délie le navigateur céleste qui raconte ses aventures palpitantes. La marche sur l'eau et la résurrection d'un mort sont aussi rares chez le chaman eskimo en question qu'est courant son vol spirituel, dont personne ne met en doute l'authenticité.

Une séance chamanique typique des Chukchi se déroule de nuit dans la petite chambre à coucher d'une maison. Les lumières éteintes, le chaman, souvent nu jusqu'à la ceinture, se met à l'œuvre. Il bat du tambour et chante des airs, d'abord lentement puis de plus en plus vite. Des tours de toute espèce coupent la monotonie de la séance qui peut prendre des heures. Les esprits du chaman grattent du dehors aux murs de la pièce. Tout à coup un esprit, par exemple, tire sur la couverture de peau avec une telle violence que les objets posés dessus volent dans toutes les directions. Les hôtes du chaman, au courant de cette disposition malicieuse de l'esprit, prennent d'habitude la précaution d'enlever à l'avance marmites et plats de la pièce où se passe la séance. Parfois une main invisible saisit tout le plafond de la chambre et le secoue avec une extrême violence, à moins qu'elle ne le soulève haut au-dessus du sol. D'autres mains invisibles répandent des boules de neige, de l'eau froide et de l'urine, projettent à la ronde des morceaux de bois ou de pierre au risque de blesser les gens de l'assistance. Une habile ventriloquie permet d'entendre les voix des esprits de tous les côtés de la pièce. Faibles au début, elles grossissent comme si elles se rapprochaient, elles traversent la chambre, et on les entend décroître et s'évanouir dans le lointain. D'autres voix se font entendre successivement d'en haut puis des profondeurs de la terre. Le chaman imite les bruits produits par les animaux, les oiseaux, les insectes, le hurlement de la tempête, même l'écho. Somme toute, la prestidigitation et la ventriloquie du chaman Chukchi supportent avantageusement la comparaison avec la mise en scène de notre magie blanche.

Richard Johnson, qui fit partie de l'expédition de Chancelour en Moscovie en 1556, assista à la démonstration d'un chaman samoyède. Celui-ci prit un glaive d'une coudée et un empan de long (« je l'ai mesuré moi-même ») et se l'enfonça jusqu'à mi-longueur dans le ventre, sans offrir la moindre trace de blessure. Puis, après avoir chauffé le glaive, il se l'enfonça à l'endroit du nombril et en fit sortir la pointe par ses fesses (« je l'ai touchée du doigt »). Enfin, ayant extrait le glaive, il s'assit. Dans le district de Kolyma, un anthropologiste rencontrait souvent un chaman jeune encore mais très habile qui opérait des tours très difficiles. Il avalait un bâton, mangeait des charbons ardents et des morceaux de verre, crachait des pièces de monnaie et pratiquait même l'ubiquité. En dépit de ces exploits sensationnels, il n'avait pas le renom de chaman de première classe, alors qu'une vieille femme au répertoire de tours assez limité jouissait d'une grande réputation.

La rivalité des magiciens professionnels inspire fréquemment des compétitions publiques qui peuvent être animées d'un esprit amiable mais aussi, à l'occasion, d'une farouche jalousie. On en a des exemples pour des peuples aussi distants que les Maori de la Nouvelle-Zélande et les tribus de la Sibérie. Elles sont courantes parmi les Indiens de la Plaine. Les Corbeaux décrivent une joute de cette nature entre deux hommes-médecine « qui se saisissent mutuellement les bras » pour interdire à l'antagoniste tout autre exploit. Ces Indiens organisent aussi des joutes opposant un certain nombre de magiciens, qui ont à accomplir leurs exploits devant une assistance jury. Les Creeks et les Osage tenaient des assemblées tribales au cours desquelles leurs hommes-médecine respectifs entraient en compétition et mettaient tous leurs efforts à se surpasser en tours magiques. Le magicien Saulteaux conviait quelquefois dans sa hutte l'âme d'un magicien rival pour une bataille en règle. Chaque concurrent avait pour lui le concours de ses « visiteurs du rêve », ses esprits familiers, et chacun mobilisait toute la puissance occulte à sa disposition pour venir à bout de l'autre. La hutte était ébranlée par leurs efforts comme les arbres dans la tempête. De temps en temps on entendait un coup sourd ; cela voulait dire qu'un des esprits auxiliaires avait été touché. La bataille se poursuivait devant les spectateurs jusqu'à ce que l'un des combattants fût à bout de force et se mît à gémir et à crier, se rendant compte qu'il ne retrouverait plus son âme et que sa mort approchait. Les Yokuts-Mono tenaient un concours entre médecins rivaux. Ceux-ci se disposaient sur deux rangées se faisant face et se fusillaient l'un l'autre à la sarbacane. Seul le médecin qui avait projeté une balle dans l'adversaire pouvait la retirer. S'il ne la retirait pas, la victime ne recouvrait plus ses sens et n'avait plus que quelques jours de vie. Il arrivait qu'un chef, pour éliminer un médecin du chef rival, achetât l'abstention du magicien compétent ; en ce cas, celui-ci se contentait d'un semblant de traitement. Les concours entre magiciens à qui serait le plus puissant étaient courants chez les Shuswap de la Colombie Britannique. L'un d'entre eux prenait son charme, soufflait dessus et le lançait sur son antagoniste. Celui-ci était-il plus faible, il tombait à la renverse sans connaissance en perdant du sang par la bouche ; le vainqueur soufflait alors sur lui et le rendait ainsi à la vie. Les hommes-médecine des Tamina, tribu athapasque de l'Alaska, organisaient des démonstrations publiques au cours desquelles ils accomplissaient des exploits merveilleux et faisaient valoir leurs services précieux comme guérisseurs. Ces démonstrations revêtaient aussi le caractère d'un concours d'admission ou d'exclusion pour déterminer les nouveaux venus à admettre dans le cercle des professionnels ou les magiciens défaillants à exclure.

Chez certains peuples particulièrement arriérés, le magicien ne perçoit aucune rémunération matérielle. Il en va ainsi d'ordinaire, semble-t-il, dans les tribus de l'Australie sud-orientale. On nous dit toutefois que, si les médecins n'étaient pas rétribués, ils s'arrangeaient d'habitude pour se tailler une part plus qu'honorable d'épouses. Dans le Queensland du nord, un homme-médecine pouvait avoir deux, trois ou même quatre femmes. Chez les Arunta, les Ilpirra et dans d'autres tribus australiennes du Centre, il n'attend ni ne retire de ses services aucune sorte de rémunération ou de privilège [30]. Les magiciens des Marind (Nouvelle-Guinée Néerlandaise) ne forment pas de classe particulière et ne jouissent d'aucune considération spéciale. Ils sont nombreux dans chaque village ; on peut même dire que chaque famille peut se vanter de compter au moins un spécialiste de la magie.

À Mota, l'une des îles Banks, toutes les activités magiques bienfaisantes, telles que la fabrication du beau temps, de la pluie, la stimulation de la croissance des ignames et la production d'un gros ressac (ce dernier, lorsqu'un individu d'une autre île vient de s'embarquer pour venir recouvrer ses créances), sont assurées par les experts respectifs sans rémunération matérielle. Il suffit à leur ambition d'accroître leur réputation de possesseurs de mana. Chez les Naron (une tribu boshimane du Kalahari), les hommes et les femmes-médecine s'habillent et vivent comme leurs contrebutes ; on reconnaît leurs services occasionnels par quelques présents. Les hommes-médecine Yaghan semblent bien ne pas tirer grand profit de leur profession : comme le reste des hommes de la tribu, ils doivent se procurer leurs moyens de subsistance au jour le jour.

Toutefois, on peut dire qu'en règle générale le magicien est bien rémunéré par ses clients. Chez les Murngin de l'Australie du Nord, on est toujours tenu de payer ses services. Dans les îles occidentales du détroit de Torrès, les hommes-médecine comptaient sur leurs pouvoirs pour se procurer certains privilèges ; on leur faisait souvent des présents de nourriture. Chez les Koita et dans d'autres tribus du golfe de Papouasie, le magicien reçoit de grandes quantités de nourriture, du tabac, des parures, quand on lui demande de mettre fin à une longue sécheresse, et les amis du malade auprès duquel on l'appelle lui font des cadeaux analogues. Un Kiwai céderait jusqu'à sa femme pour acquitter ses obligations envers un sorcier. Dans les îles Trobriand, la magie privée, telle que la sorcellerie et la guérison, est payée par la personne qui en bénéficie ; la magie publique en faveur des jardins et de la pêche est rémunérée à intervalles réguliers par le corps de la communauté. Le montant de la rémunération varie suivant l'importance du service rendu ; il peut dans certains cas être considérable ; dans d'autres, ne pas excéder une offrande de forme [31]. Les magiciens Manus des îles de l'Amirauté touchent de la monnaie de coquillage : ils constituent la classe riche de leur groupe. Dans les Nouvelles-Hébrides et les îles Banks, quiconque possède une amulette puissante ou est en relations intimes avec des esprits ou des mânes puissants peut vivre de l'exercice de son art magique. Les sorciers de Tahiti, qui portaient le nom d'« allumeurs » ‑ leur activité étant assimilée à l'allumage d'un feu ‑ étaient bien rémunérés.

Avant de se charger d'un malade, un médecin des Dayak maritimes s'assurera que le client est en état de payer convenablement ses services. Que le patient guérisse ou non, son salaire lui est acquis. Il ne prend qu'un patient à la fois parce qu'il vit avec lui tant que dure le traitement. Il n'existe pas moins de seize cérémonies différentes de guérison qui sont payantes, mais quatre seulement sont en usage. Lorsque le malade ne se remet pas, le manang lui recommande souvent un autre praticien plus dispendieux. Chez les Dayak de l'intérieur, le médecin appelé pour restituer l'âme qui a quitté l'homme pendant la maladie a droit à six gallons de riz non vanné ; il exige le même salaire pour extraire un mauvais esprit de son corps ; six gallons de riz représentent la soixantième partie de ce que touche un ouvrier agricole pour un an de travail. À Florès, une des petites îles de la Sonde, les services du médecin sont souvent largement honorés. Les magiciens de Minahassa (Célèbes) forment souvent l'élément le plus riche et le plus influent de la collectivité.

Dans les îles Andaman, les magiciens s'arrangent régulièrement pour avoir la meilleure part. Ils reçoivent toujours des dons substantiels. Lorsque ceux-ci se font attendre, ils ne se font pas scrupule de réclamer un article dont ils ont envie. Parfois un magicien qui n'a pas immédiatement besoin de l'article permet au donateur de le conserver provisoirement en fidéicommis. C'est ainsi que bien des gens détiennent des objets qu'ils devront résigner dans les mains du magicien à la première invitation.

Un médecin et devin Matabélé reçoit une tête de bétail en retour de ses services, à moins que le cas ne soit vraiment insignifiant. S'il traite par exemple un enfant, il ne touchera qu'une chèvre ; il ne touche d'honoraires que s'il guérit le patient. Il arrive qu'un médecin, devant l'inefficacité de ses médecines personnelles, se procure un remède auprès d'un collègue ; en ce cas, il doit y aller de sa poche et ne peut rien exiger du patient pour ce recours. Chez les Wayao et d'autres tribus du lac Nyasa, le chef tire le meilleur de son revenu de dons volontaires, alors que le magicien exige, et rigoureusement, un salaire. Les bons faiseurs de pluie des Nandi sont le plus souvent « très aisés » ; ils reçoivent d'abondantes quantités de grain lors de la moisson et ils perçoivent après chaque razzia de bétail leur part des bœufs capturés. La « règle fixe » des hommes-médecine Bateso est : payement d'abord, soins ensuite. Le médecin des Shilluk (tribu nilotique) n'est pas non plus un philanthrope [32]. Le nganga du bas Congo touche de l'argent à la fois du client qui lui demande de rendre malade celui qui l'a volé et du voleur pour lever le mal magique. Les hommes-médecine de Libéria touchent d'abondants honoraires et mènent une vie large.

Les magiciens des Abipones « tirent des gens tout ce qu'ils désirent » . Les Indiens Lengua ont un chef par clan, mais son autorité est très limitée, et il s'enrichit rarement, car sa charge exige qu'il soit prodigue de présents. Celui qui s'enrichit, c'est le magicien, dont les services, qu'il s'agisse de nuire aux ennemis de la tribu ou de protéger celle-ci contre leurs machinations, sont généreusement rétribués. Au lieu de faire des cadeaux, lui en reçoit. Les magiciens Tupinamba, nous dit Robert Southey, mettaient tous leurs efforts à inculquer à leurs adeptes indigènes que le pire attendait ceux d'entre eux qui leur refuseraient leurs filles ou tout autre objet de leurs désirs. Chez les Uaupés et dans les tribus amazoniennes apparentées, un indigène « donnera presque toute sa fortune à un page lorsqu'il est menacé d'un mal réel ou imaginaire ». Les Indiens de la Guyane n'osent rien refuser au magicien ; quoi qu'il désire, une poignée de nourriture ou la femme du client, il n'a qu'à le demander pour que ce soit à lui. Le magicien Wapisiana doit à sa réputation de pouvoir nuire et tuer à distance une influence considérable, pour le bien ou le mal, dans la communauté. Le peuple lui obéit aveuglément. Ses services sont toujours rémunérés et il extorque de ses clients, tout ce qui lui fait envie. Les exactions de ces individus atteignaient parfois un tel degré que le peuple, pour se défendre, mettait à mort l'un des plus insupportables de manière à retenir plus ou moins les autres par la crainte d'un sort semblable. Mais une législation inconsidérée a mis un terme à ces exécutions, et les gens se plaignent : « Nous n'avons plus désormais de protection », disent-ils. Le magicien Taulipang s'arrange pour épouser les plus jolies filles et avoir plus d'épouses que quiconque. Les services des magiciens Tarahumara ne sont jamais désintéressés ; les rémunérations qu'ils touchent pour chanter aux fêtes et pour soigner les malades leur assurent une vie plus confortable que celle du reste du groupe. Ils font main basse sur les meilleurs morceaux de viande lors des grands banquets et sur tout le tesvino qu'ils peuvent absorber.

Lorsqu'on fait appel au docteur Pima pour chanter des « chants de guérison » sur un patient afin d'établir un diagnostic exact de la maladie, on lui promet des honoraires sous la forme d'un cheval, par exemple, ou d'une vache, d'un panier, d'un peu de froment. Si le contrat exige trois nuits de chant et comporte la livraison d'un cheval, il n'a pas droit à l'animal lorsque le malade décède avant l'échéance. On lui donne cependant une certaine rémunération pour ses efforts, même s'ils s'avèrent impuissants. Les hommes-médecine Apaches sont payés par le malade ou par ses amis lors de la consultation. Les Papago n'épargnent aucun effort pour se concilier leur magicien, qui peut faire servir ses pouvoirs au mal comme au bien ; personne ne voudrait s'en faire un ennemi ni éluder ses exigences ; il y trouve une source de richesse qui en fait le seul riche de la tribu. L'homme-médecine Navaho est toujours payé, mais il ne fixe jamais le montant de ses honoraires ; ceux-ci dépendent des moyens et de la position sociale de la famille qui s'en acquitte ; il en résulte que les pauvres comme les riches se sentent libres de profiter des services du médecin. Quelle que soit sa rémunération, il est tenu de s'en contenter ; s'il avait le malheur de partir vexé ou en colère, ses pensées risqueraient de nuire au malade et de ruiner les bons effets des rites de guérison. Jadis le Pied-Noir qui tombait malade et demeurait alité durant plusieurs semaines ou un mois devait d'ordinaire commencer une vie nouvelle une fois guéri. À moins d'être très riche, tous ses biens passaient dans les honoraires du médecin. Il n'était pas rare que l'infortuné patient dût lui abandonner son dernier cheval, sa hutte, son vestiaire. Un médecin Karok dont les soins échouent doit restituer les honoraires ; s'il a reçu l'offre d'une certaine somme pour soigner une personne et refuse de lui donner ses services, il sera tenu de rembourser une somme égale aux proches du malade au cas où celui-ci vient à mourir. Le médecin Miwok exige d'être payé d'avance. Chez les Lummi de l'État de Washington, les hommes-médecine ne fixent jamais de prix pour leurs services, ils prennent ce qu'on leur offre. Les honoraires sont d'ailleurs le plus souvent élevés, tant on redoute qu'ils ne se vengent d'un salaire trop mesuré en nuisant à la famille du patient. Chez les Takulli ( Indiens Carrier) de la Colombie britannique, le médecin reçoit un présent avant de donner ses soins à un malade ; si le patient vient à mourir, le présent doit être restitué aux proches du défunt. La même règle est en vigueur chez les Indiens Thompson. L'homme-médecine des Indiens Eyaks « ne travaille jamais pour rien, et il peut demander tout ce qui lui plaît ». L'homme-médecine Tanaina est souvent riche, et ses grands biens lui valent d'exercer des fonctions politiques. Chez les Eskimos du Centre, l'angakok qui soigne un malade est payé sur-le-champ et sans compter. Le médecin des Eskimos du Labrador se fait toujours payer à l'avance, avec cette réserve qu'en cas d'échec il est tenu de restituer.

Les chamans Chukchi s'efforcent de tirer le plus possible de leurs services. Un proverbe Chukchi dit à peu près : conseil chamanique gratuit, conseil et traitement de rien. Un anthropologiste russe qui a travaillé dans ce milieu affirme cependant n'avoir jamais rencontré un chaman pouvant se suffire avec les revenus de sa profession ; celle-ci ne lui apporte guère qu'un supplément. Les chamans Yakoutes, de même que leurs pareils Toungouses, ont droit à rémunération, dans la mesure où ils réussissent.

Une chose est sûre, c'est que partout la profession d'homme-médecine ou de chaman rapporte et que ceux qui l'embrassent se débrouillent tant qu'ils peuvent pour vivre confortablement aux dépens de leur milieu. Les sorciers, qui sont si redoutés et dont le métier comporte souvent de grands risques personnels, sont particulièrement favorisés sur le chapitre en question. Les revenus abondants amassés par les magiciens et les privilèges qui leur échoient tendent à les hausser au-dessus du vulgaire et représentent dans le groupe un facteur très actif de différenciation sociale.



[1]     Suivant une autre relation concernant les tribus centrales en général, un homme-médecine ne doit pas manger de la chair d'un kangourou ayant brouté de l'herbe verte nouvelle : l'infraction se solderait par la perte de l'un de ses pouvoirs spéciaux et par une baisse proportionnelle de son crédit dans la tribu. La récidive lui ferait perdre toutes ses capacités : personne désormais ne le consulterait ni ne prendrait garde à lui.

[2]    Suivant l'expression des indigènes, le magicien de jardin qui viole un de ses tabous alimentaires permanents « émousse » sa magie. Un magicien Maïlu, ayant enfreint un tabou alimentaire permanent, perdit son pouvoir et par surcroît contracta une éruption généralisée d'ulcères.

[3]    Suivant une autre relation, les opérateurs magiques d'Yap sont sous la coupe de deux grands magiciens « qui soutiennent leur rang à des conditions particulièrement onéreuses ». Ils n'ont le droit de manger que des plantes et des fruits cultivés expressément pour eux. Il leur est interdit de fumer du tabac, mais ils ont le droit de mâcher de la noix d'arec. Lorsque l'un des deux part pour un voyage, l'autre doit rester à la maison ; leur rencontre sur la route entraînerait sûrement quelque catastrophe.

[4]    Chez les Murring de la Côte et les tribus apparentées de la Nouvelle-Galles du Sud, les garçons dont l'initiation vient de faire des « hommes » passent par une période de probation pendant laquelle il leur est interdit de se laver ou d'aller dans l'eau : « I influence dont la cérémonie les a remplis se dissoudrait par l'eau » (A. W. Howitt).

[5]    Ces Indiens répugnent à manger de la chair d'animaux étrangers à leur contrée. Si la carence de toute autre nourriture les y contraint, ils ont soin qu'un magicien souffle plusieurs fois sur la nourriture en question pour en expulser l'influence ou l'esprit malin.

[6]    Une pierre de jouvence des environs de Kingman (Arizona) était souvent visitée par les hommes-médecine des pueblos de Laguna et Acoma.

[7]    Opler fait observer que le caractère destructeur prêté à la vertu curative qui a trop servi fournit une explication satisfaisante de la mort des grands hommes-médecine.

[8]    Chez les Baïga (tribu aborigène des Provinces centrales de l'Inde), un magicien, dont la femme avait pénétré, en état d' « indisposition », dans une hutte dédiée aux dieux, perdit son pouvoir et attira par surcroît la maladie et la mort sur sa famille.

[9]    Dans l'île des Lépreux (Nouvelles-Hébrides), l'individu qui mange de la chair humaine ‑ quelque chose d'extraordinaire ‑ n'a plus peur de rien. « Dans cette pensée des hommes achètent de la chair d'un individu qui a été tué afin de mériter le nom de braves en en mangeant. » (R. H. Codrington.) C'était autrefois l'usage chez les Vedda de Ceylan que le meurtrier réservât un morceau du foie de la victime et le mît dans sa bourse. Lorsqu'il en voulait à quelqu'un, il en mâchait un bout en se disant : « J'ai tué celui-là ; pourquoi n'aurais-je pas la force et le courage de tuer celui qui vient de me faire injure ? » (C. G. Seligman.)

[10]   On cite le cas de sorciers papous qui tuèrent un homme, exhumèrent le cadavre et en mangèrent une grande partie.

[11]    Les Antaimorona (voisins des Antabahoaka) attribuent une « action bénéfique » (de purification, semble-t-il) aux rapports sexuels avec une vache.

[12]   On prête fréquemment aux magiciens le don de rendre malade ou de faire mourir simplement en pointant le doigt. Chez les Akamba, certaines gens n'avaient qu'à diriger leur index vers une personne qui ne leur revenait pas pour causer sa mort. Un individu n'ayant jamais recours à la magie noire peut très bien détenir ce pouvoir à son insu. Pour se défendre de nuire, il garde les mains fermées quand il veut montrer quelque chose et se sert, pour indiquer un objet, d'une articulation d'index. Un sorcier Lango peut tuer un homme rien qu'en tendant l'index dans sa direction. Même croyance chez les Ika, sous-tribu des Ibo, dans la Nigéria du Sud. Un Iroquois est un vrai sorcier s'il peut rendre malade ou tuer quelqu'un par pointement de l'index. Un magicien Penobscot peut léser ou tuer une personne en dirigeant vers elle son index et en disant : « Tu verras d'ici peu ! » Un sorcier Miwok assis sur une hauteur peut tuer un homme à une distance de cinquante milles. Il n'a pour cela qu'à envoyer une « chiquenaude de poison » dans la direction voulue. Les Kwakiutl racontent qu'un de leurs héros ancestraux perfora le crâne d'un ennemi en dirigeant vers lui son index ; l'ennemi lui rendit la pareille. « Maintenant qu'ils se savaient de force égale, ils se séparèrent. »

            L'association du pointage de l'index avec la magie noire fait souvent regarder ce geste comme de très mauvais ton et même comme une tentative de sorcellerie. Pour les Bergdama de l'Afrique du Sud, montrer quelqu'un du doigt équivaut à lui jeter une malédiction, ce qui, pour ces Nègres, représente le pire de tout. De même, dans les tribus Bechuana. Suivant les Ba-ila, la forme la plus simple de sorcellerie consiste à mon­trer quelqu'un du doigt « en ruminant ou en murmurant » un désir de mort. Les missionnaires s'attirèrent parfois de sérieux ennuis pour avoir, dans l'action du sermon, tendu l'index vers les fidèles Chez les Indiens de la Guyane, il est permis de désigner quelqu'un d'un mouvement de la tête, mais le montrer du doigt n'est pas un moindre affront que de marcher sur lui quand il est couché. Un magicien du Dakota peut tuer ou paralyser quiconque le montre du doigt. Chez les Pieds-Noirs, les gardiens de la Pipe à Médecine sacrée doivent observer une longue liste de restrictions dont l'omission entraînerait des conséquences graves pour eux et leur famille. Ces défenses comprennent l'indication avec tout autre doigt que le pouce.

[13]   Le pouvoir d'un angakok eskimo était parfois manifesté par le fait qu'il s'enfonçait dans la roche comme il se serait enfoncé dans la neige.

[14]   Les Subanun de Mindanao ont des histoires de magiciens morts et ressuscités.

[15]   G. B. Kirkland a décrit une danse indigène du chacal. Après avoir consommé de la viande « forte » et bu de grandes quantités de liqueur, ils jouaient les chacals avec un « troublant réalisme ». La danse était présidée par un dépisteur de sorciers.

[16]   Dans les tribus Naga d'Assam, les magiciens ne pratiquent pas la lycanthropie. Les tigres-garous et les léopards-garous sont toujours des individus sans prétentions magiques. Il en va de même, semble-t-il, des Taman de haute Birmanie. Dans cette tribu, l'homme qui veut se changer en tigre urine, se met nu et se roule sur le sol qu'il a mouillé. En sa qualité de tigre-garou, il peut tuer d'autres tigres et dévorer buffles et volaille.

[17]   Nombreuses histoires de gens enlevés par des crocodiles et conservés sous terre pendant des années. L'origine de ces histoires pourrait bien venir de l'habitude connue qu'a le crocodile d'enterrer sa victime dans le sable pour la manger quelques jours plus tard (Mary H. Kingsley).

[18]   Suivant une ancienne relation, des sorciers se transforment en oiseaux de nuit, volent et décochent des flèches invisibles sur leurs ennemis.

[19]   Chez les Indiens Penobscot, un magicien blanc pouvait en identifier un noir sous son déguisement animal et le tuer en tuant la bête.

[20]   Diamond Jenness a assisté, dans l'île Victoria, à une séance au cours de laquelle une chamane se faisait posséder par son esprit familier (un loup) pour proférer un oracle. Reparlant de cette séance un certain temps après, « les indigènes affirmaient comme incontestable qu'Higilak avait été transformée en loup ».

            Toutes les séances importantes, déclare Jenness, mettaient les spectateurs dans un état d'hyperexcitation. « D'ordinaire, une partie préparatoire de danses et de chants, et surtout les notes sourdes d'un tambour de basse, mettent les esprits au diapason voulu. Le chaman lui-même est dans un état hystérique ou hystéroïde, introduit au début de la séance par des efforts de muscles, des roulements d'yeux, des émissions de cris et de soupirs étranglés... La tension est telle qu'il tombe presque d'épuisement au terme de la séance. Le fait qu'il s'applique les dents de son animal familier et s'affuble de vêtements faits de sa peau augmente l'illusion. Le chaman n'a pas du tout conscience de jouer un rôle ; dans sa pensée, il devient réellement l'animal ou l'ombre de l'homme mort qui est censé le posséder. Pour les assistants, cet aspect étrange, cette allure sauvage et frénétique, cette ventriloquie, ce bredouillement de fausset, coupé de rares mots intelligibles, tout cela ne saurait être d'un homme mais de l'incarnation d'autre chose. Leur esprit est prêt à admettre les fantaisies les plus folles... Si le chaman jette qu'il n'est plus un homme mais un ours, ils sont aussitôt convaincus de voir un ours ; s'il dit que la maison fourmille d'esprits, ils en voient aussitôt dans tous les coins. C'est ainsi que sont nées probablement la plupart des histoires de chamans se dépeçant, volant ou se transformant en ours ou en loups. » (D. Jenness, Bulletin of the Bureau of American Ethnology, n° 133, pages 191, 193, 216.)

[21]   Suivant Edward Tregear, la personne tuée par voie de volonté était d'ordinaire un esclave mais pouvait être aussi un proche. D'après Elsdon Best, le meurtre magique d'un proche représentait le salaire versé par le novice à son maître en magie noire. Un payement ordinaire eût été sans effet, car les rites et formules magiques acquis de cette façon étaient sans vertu. Le novice devait choisir une victime (tauira patu) dont la mort lui serait extrêmement sensible. Le chagrin ressenti était la meilleure récompense du maître pour lequel on l'avait affronté. Dans certains cas, le maître se proposait lui-même au novice comme le tauira patu sur lequel éprouver ses nouveaux pouvoirs magiques tout frais.

[22]   Comme le sorcier Maori, le magicien Paviotso peut rendre malade une personne en lui tendant de la nourriture ou en lui donnant sa pipe à fumer.

[23]   La forme la plus perverse de dijibo se transmet de femme à homme par contraction de la vulve. La femme peut détenir ce pouvoir néfaste à son insu et le communiquer sans le vouloir. C'est pourquoi les organes de la femme sont tenus pour dangereux, et voilés. Le mari lui-même n'ose pas les regarder.

[24]   Dans le mythe Tinné du Déluge, le Corbeau, pour faire reparaître la terre, forme un désir si concentré qu'il s'évanouit sous l'effort.

[25]   La queue de gnou est l'un des accessoires les plus ordinaires du magicien Bathonga. Les indigènes racontent que la femelle gnou, à la naissance de ses petits, leur donne un coup de queue et leur communique ainsi la force voulue pour marcher derrière elle. D'où la vertu magique de la queue de gnou.

[26]   Les Yakoutes racontent que le chaman reçoit, en prenant son costume d'oiseau, le pouvoir de se rendre dans n'importe quel coin de l'univers en volant. Les Toungouses appellent le costume du chaman son « ombre », la forme que prend son âme pour ses voyages dans les airs. Les Ostiak de l'Iénisséi l'appellent, ainsi que les objets qui y sont suspendus, sa « puissance ».

[27]   Les enfants qui assistent à ces séances doivent en sortir avec une impression profonde qui ne peut que contribuer à perpétuer la croyance populaire aux pouvoirs extraordinaires des dépisteurs de sorciers (E. E. Evans Pritchard).

[28]   « Analogies frappantes », suivant A. I. Hallowell, entre ces séances d'évocation de ces Indiens et les séances des Semang de Malacca.

[29]   J. O. Dorsey fut témoin du fait, qui se passait en 1871.

[30]   Curieuse exception chez les Warramunga où un groupe particulier d'hommes-médecine (les « Serpents ») jouissent d'une liberté sexuelle refusée au commun. Les rapports sexuels entre un urkulu et la femme du prochain, sans être du tout approuvés, sont impunis. La femme, il est vrai, ne s'en tire pas à si bon compte.

[31]   Chez les Trobriandais, le privilège de polygamie était réservé aux gens de rang élevé et aux magiciens renommés.

[32]   Le guérisseur Shilluk qui commence à exercer consacre ses premiers honoraires à l'être divin duquel il tient sa puissance.

 

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