Pour la petite histoire

Pourquoi parler du chamanisme sur mon site. Parce qu'aujourd'hui, le chamanisme, à mon sens, n'est rien d'autre que l'exploitation de l'ignorance d'autrui à des fins purement lucratives.

Ancestralement (et encore aujourd'hui chez certains peuples), ces "chamanes" oeuvraient pour le bien de leur tribu, en tant que "guérisseurs". Ils jouaient en quelque sorte le rôle de "psy" à l'écoute des maux de leurs patients. Certainement plus connaisseurs de la nature humaine que les membres de leur tribu ils prodiguaient des conseils et soins de bon sens tout simplement. Et c'est pour cela qu'ils étaient respectés. Au fil du temps, et le goût des humains pour un ésotérisme grandissant, on prête à ces chamanes des pouvoirs de déportation et contrôle de l'énergie des individus. Les lecteurs "ignorants" en proie à leur mal être peuvent être attirés par de pareilles techniques.

Influencés ils s'en remettent alors à une thérapie chamanique. En premier lieu cette thérapie s'apparente étrangement à une session de psychothérapie. Notons que jusque là rien d'anormal. Tout soit disant "chamane" doté de bon sens et intelligence est capable de détecter l'origine des maux du patient en l'écoutant comme n'inporte qu'elle psychanaliste qui se respecte. Je rappelle au passage que n'importe qui peut légalement pratiquer la psychanalyse sans en référer à un quelconque code du travail. Jusqu'à là rien d'anormal. S'en suit un rituel, on va dire d'imposition des mains du chamane qui parcourt le corps du patient à la "recherche des énergies". Aussitôt et comme par magie le chamane retransmet au patient son analyse, qui n'est rien autre que l'analyse faite à partir du récit du malade. Belle supercherie cette imposition des mains!...ils cachent d'extraordinaires pouvoir ces chamanes, n'est ce pas ??

Sans le savoir le patient, par l'énoncé à voix haute de son mal être, vient de faire un pas en avant dans sa guérison. Cette technique est bien connue dans le monde de la psychanalyse et n'a rien de surnaturelle. Le patient fait ressurgir de son inconscient vers son conscient ses maux enfouisà partir desquelles avec un peu d'aide, d'un psy tout simplement et très souvent par lui même, il peut trouver la parade.

Une belle arnaque entre de mauvaises mains n'est-ce-pas...et comme toujours ce sont les esprits non avertis, pour ne pas dire ignorants, qui tombent dans le piège...un commerce très lucratif basé sur l'ignorance humaine donc... Finalement, le chamanisme d'aujourd'hui n'est qu'une manière de détourner la psychanalyse classique, en l'agrémentant d'un rituel soit disant ancestrale, pour convaincre les plus rétissant aux méthodes conventionnelles. On retrouve la même chose dans le domaine de la voyance. 

Pour le chaman, qu'il soit africain, eurasien ou amérindien, l'essence divine réside dans toutes les créatures vivantes, animales et végétales. Il connait le pouvoir des plantes et sait les utiliser comme alliées pour voir au-delà des sens...


Le chamanisme est la plus ancienne sagesse de l'humanité, car il est né avec l'apparition de l'homme sur la terre.
Le chamanisme est à l'origine de la spiritualité, de la philosophie, de la médecine, de la psychothérapie, de la science des rêves, de l'écologie, de l'art, de la danse, de la musique, du théâtre, etc...

 

Le chamanisme est une certaine vision du monde. Le monde est perçu comme un tout, animé par de multiples forces. Chaque partie de ce tout ayant un impact sur le reste. Ainsi l'homme fait partie de la nature, de l'univers. Selon la conception chamanique l'être humain doit respecter la création et agir de façon à respecter l'harmonie universelle. Il en résulte que l'homme doit respecter la nature comme sa propre mère et non l'asservir à des besoins égoïstes.
 

Après une histoire tourmentée, le chamanisme a actuellement le vent en poupe ; il n’en reste pas moins une notion complexe et régulièrement mal comprise.

Avec la découverte de l’Amérique, il y a cinq siècles, les Européens se trouvent confrontés à des personnes qui disent communiquer avec les esprits, par le biais de méthodes particulières comme la transe. La réaction des nouveaux venus, enracinée dans une conception judéo-chrétienne, est le plus souvent de considérer ces chamanes comme des «ministres du diable».

Il en a été de même au XVIIème lorsque les Russes s’implantèrent en Sibérie et rencontrèrent les Toungouses qu’ils qualifièrent de « magiciens conversant avec les démons ».

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Puis, à partir du XVIIIème, « siècle des Lumières », les penseurs européens tentent de comprendre le monde par la raison, et définissent les chamanes comme des imposteurs qu’il convient de démasquer. Pour ces rationalistes, les chamanes pratiquent des tours de passe-passe afin de tromper leur entourage.

Ce n’est qu’au XIXème, qu’apparaît l’anthropologie sociale ou ethnologie, dont le propos est de comprendre l’être humain et les fonctionnements des sociétés humaines à travers le monde.

Pendant pratiquement un siècle, la plupart des anthropologues considèrent les peuples indigènes comme « sauvages, primitifs et inférieurs ».

Puis, avec des chercheurs comme Franz Boas, l’ethnocentrisme des occidentaux commencent à se fissurer, et l’idée de l’universalité de la nature humaine fait son chemin. Boas réagit contre le racisme sous-jacent, et enseigne que les cultures doivent s’appréhender à partir de leurs critères propres.

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A partir du début du XX ème, certains chamanes rendent compte de leurs pratiques que l’on retrouvent expliquées dans les rapports détaillés de quelques anthropologues.

Pourtant ils sont encore considérés par beaucoup comme des malades mentaux, et leur santé psychique demeura un sujet de débat pendant plusieurs décennies.

C’est Claude Lévi-Strauss qui ouvrit une nouvelle voie en comparant les chamanes plus à des psychanalystes qu’à des psychopathes, puisqu’ils sont les « médecins » de leur groupe et la plupart du temps des individus souvent particulièrement équilibrés dans la vie de tous les jours.

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Mircea Eliade, quant à lui, dans son livre « Le chamanisme et les techniques archaïques de l’extase » publié en 1951, met en lumière les similitudes des conceptions du monde et des pratiques chamaniques de groupes humains à travers tous les continents.

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Et puis, ces dernières décennies, une nouvelle approche à vu le jour chez les ethnologues :

« L’observation participante ». En ce qui concerne le chamanisme, elle a amené des chercheurs à prendre part à des cérémonies chamaniques pour mieux les comprendre.

Lorsqu’il s’est agi d’absorber des plantes hallucinogènes, ils ont constaté qu’ils expérimentaient des vécus similaires à ceux décrits par les chamanes.

D’ailleurs depuis quelques années, le chamanisme est considéré par les anthropologues comme « un ensemble de techniques de connaissances » donnant accès à des savoirs tant sur le plan thérapeutique, que sur l’exploration de la conscience humaine.

Mais revenons à la notion de « chamanisme ».

Il faut savoir qu’il est indissociable de l’animisme dans lequel il s’enracine.

L’étrange expérience de la transe a forgé l’image du chamane. La recherche des origines a fait le reste : l’hypothèse du chamanisme ressurgit chaque fois qu’il est besoin de donner un nom à la religion primitive d’hier et d’aujourd’hui.

Depuis son apparition dans la langue française, l’inclusion de la notion de chamanisme dans la sphère des religions demeure un fait âprement discuté. Traversant les âges et les disciplines, ce débat permanent contribue à maintenir l’élasticité de cette notion polysémique. Transmise par des voyageurs russes qui la tiennent des peuples sibériens – en particulier des Toungouses qui désignent par saman (« celui qui s’agite, qui gesticule ») leur intermédiaire privilégié entre les humains et les esprits –, elle fait son entrée dans les textes européens au XVIIIème siècle.

Le chamanisme constitue en vérité la spiritualité des peuples chasseurs-cueilleurs quelque soient leurs foyers d'origine. A ce titre, il figure probablement le plus ancien système spirituel et magique au monde, et ainsi la racine de toute démarche philosophique et spirituelle. Nous ne sommes pas sortis de nulle part !

Le chaman est avant tout un sorcier guérisseur (chaman forestier) et un mage salvateur (chaman de lumière). Le chaman forestier détient la science des plantes et des rythmes de la nature, le chaman lumineux la science de la lumière, l’un étant en rapport avec le plan astral, l’autre avec le plan mental. Le chaman de lumière devint le druide mage (les druides sont également des mages) qui devint le mage tout court. Le chaman forestier est le druide sorcier de la tradition celtique, et l’ensemble de ses connaissances si pures à l’origine constitua la sorcellerie. 

Les notions de suggestion et d´effet, placebo ont été découvertes par l´École de Nancy (Liebault, Bernheim, Coué) au début du XXème siècle. Il s´agit, en utilisant le système de croyance du malade, de frapper son imagination d´une manière suffisante pour provoquer la disparition de la douleur et des symptômes associés. Le malade ingère des produits sans principe actif, mais qui lui ont été présentés par des guérisseurs reconnus (médecins, pharmaciens, etc.) comme des remèdes aux effets puissants, et il arrive à guérir dans les cas suivants : dans 70 % des cas pour les maux de têtes, 58 % pour les troubles digestifs, 40 % pour les douleurs post-opératoires... On cite à ce sujet le cas récent d´un homme admis en service de réanimation pour un coma causé par l´absorption de deux boîtes de placebo. C´est qu´encore aujourd´hui, la médecine officielle chasse sans le dire sur les terres de la magie... Elle s´appuie beaucoup sur la croyance, à l´image de la religion : il faut croire pour guérir." (Lemoine, 1996).

L´efficacité du guérisseur s´appuie aussi bien sur son pouvoir de suggestion que sur sa connaissance de la pharmacopée. Le guérisseur est en effet la contrepartie nécessaire du sorcier dans le système de croyance chamanique : il défait ce que le sorcier avait fait, utilisant lors de la transe ses esprits contre ceux de l´ensorceleur, afin d´extirper du corps du malade le mal dont il souffre. (Harner souligne à propos des Jivaros que la complémentarité sorcier-guérisseur est telle qu´elle se transforme parfois en entreprise financière : le sorcier ensorcelle un homme que le guérisseur soigne contre rétribution et les deux acolytes se partagent les bénéfices !). L´histoire suivante, recueillie par Claude Levi-Strauss, met en évidence les rouages du mécanisme de guérison chamanique : "Le nommé Quesalid ne croyait pas au pouvoir des chamans ; poussé par la curiosité de découvrir leurs supercheries, et par le désir de les démasquer, il se mit à les fréquenter jusqu´à ce que l´un d'eux lui offrît de l´introduire dans leur groupe, où il serait initié et deviendrait rapidement l´un des leurs. Quesalid ne se fit pas prier, et son récit décrit, dans le détail, quelles furent ses premières leçons : étrange mélange de pantomime, de prestidigitation et de connaissances empiriques, ou l´on trouve mêlés, l´art de feindre, l´évanouissement, la simulation de crises nerveuses, l´apprentissage de chants magiques, la technique pour se faire vomir, des notions assez précises d´obstétrique, l´emploi de "rêveurs" c´est-à-dire d´espions chargés d´écouter les conversations privées et de rapporter secrètement au chaman des éléments d´information sur l´origine et les symptômes des maux soufferts par tel ou tel, et surtout l´ars magna de certaine école chamanique de la côte nord-ouest du Pacifique, c´est-à-dire l´usage d´une petite touffe de duvet que le praticien dissimule dans un coin de sa bouche pour l´expectorer toute ensanglantée au moment opportun, après s´être mordu la langue ou avoir fait sourdre le sang de ses gencives, et la présenter solennellement au malade et à l´assistance, comme le corps pathologique expulsé a la suite de ses succions et manipulations. Confirmé dans ses pires soupçons, Quesalid voulut poursuivre l´enquête : mais il n´était déjà plus libre, son stage chez les chamans commençait a être connu au dehors. Et c´est ainsi qu´un jour, il fut convoqué par la famille d´un malade qui avait rêvé de lui comme de son sauveur. Ce premier traitement fut un éclatant succès. Mais bien que connu, dès ce moment, comme "un grand chaman", Quesalid ne perd pas son esprit critique ; il interprète son succès pour des raisons psychologiques, "parce que le malade croyait fermement dans le rêve qu´il avait eu a mon sujet." (Levi-Strauss, 1949). L´ironie de l´histoire, c´est que Quesalid, face à ses succès médicaux éclatants et à sa réputation grandissante, finit par se persuader qu´il détenait de véritables pouvoirs surnaturels...

Une connaissance étendue de la pharmacopée accompagne cette théâtralisation médicale, montrant que le chamanisme ne se réduit pas à une "manipulation des esprits" mais intervient aussi sur le corps. Ainsi, les indiens Kayapo du Brésil connaissent-ils 250 types de dysenterie avec autant de traitement adaptés ; ils usent avec précision 98% des végétaux qui les entourent, ce qui fait l´admiration des pharmaciens et botanistes qui les ont rencontrés. Contraceptifs, analgésiques, anti-diarrhétiques, poisons et contrepoisons recueillis dans la forêt sont aussi employés. Rappelons à ce sujet que 74% des 119 molécules actives utilisées par la médecine curative scientifique sont tirées de plantes...

Dans son univers, l'homme primitif dut être frappé d'emblée par le contraste de phénomènes ordinaires et de phénomènes extraordinaires. Certains êtres, tant animés qu'inanimés, ne dépassaient pas son intelligence ; il les jugeait d'après leur utilité pour lui ; il en avait une connaissance familière et les faisait servir à son usage.

Les êtres humains, les animaux, les choses « sans vie », pouvaient également agir d'une manière anormale et inexplicable et révéler ainsi une force qui ne tombait ni directement ni indirectement sous les sens, une puissance occulte. Tout ce qui alertait l'attention de l'homme, éveillait son intérêt, dépaysait ses habitudes de pensée, tout ce qui le remplissait d'étonnement et provoquait chez lui des réactions allant de la simple crainte méfiante à la terreur révérencielle, tout cela attestait une force de nature mystérieuse, riche en effets merveilleux qui la rendaient à la fois désirable et redoutable.

J.R. Swanton ; qui a étudié les Indiens Tlingit du sud de l'Alaska, note qu'il importe de bien distinguer chez eux les deux notions d'énergie « surnaturelle » et d'énergie « naturelle ». Sans doute, la première est-elle censée produire des, résultats tout semblables à ceux de la seconde, mais l'esprit du Tlingit ne met pas une moindre différence entre l'une et l'autre que nous n'en mettons nous-mêmes. Un rocher qui dévale le flanc d'une montagne, un animal qui court, il n'y a là aucune manifestation d'une énergie surnaturelle, mais il suffira que vienne s'y ajouter un élément insolite pour que le Tlingit en reconnaisse une. Que l'Indien ait conclu à une cause indue, il importe peu ; cette considération ne diminue en rien la différence (26th Report Bureau American Ethnology, p. 451, note). L'affirmation peut fort bien se généraliser : il n'y a pour cela qu'à remplacer « surnaturel » par « occulte » pour désigner tout ce qui s'étend en marge de l'intelligence claire. L'idée de surnaturel n'apparaît en effet que le jour où l'homme a conçu un cours normal de la nature, brisé tout au plus par des phénomènes miraculeux. Or, pareille idée fut longtemps étrangère à l'esprit humain, pour lequel aucune ligne de démarcation ne passait entre ce qui peut arriver et ce qui ne le peut pas, entre un possible et un impossible.

De nombreux peuples primitifs sont arrivés à la notion de la force occulte qui produit des effets dépassant les moyens ou l'expérience de l'homme ordinaire et lui ont donné un nom précis. Certains peuples primitifs lui donnent même un nom différent suivant qu'ils distinguent en elle des aspects bons ou mauvais.

L'étude comparée des termes employés pour désigner la force occulte a commencé avec le mot mana et l'analyse de Codrington dans son livre classique sur les Mélanésiens. « Le Mélanésien a l'esprit absolument hanté par la croyance à une puissance ou influence surnaturelle dont le nom est presque partout mana. C'est le mana qui opère tout ce qui excède les facultés normales de l'homme et les voies ordinaires de la nature ; il est présent dans l'air et l'ambiance, il s'attache aux personnes et aux choses et il se manifeste par des effets qu'il est impossible d'imputer à d'autres qu'à lui. Celui qui est entré en sa possession peut s'en servir à sa guise et le diriger, mais sa force peut aussi exploser en un point nouveau ; on décèle sa présence par une épreuve... Mais cette puissance, tout en étant elle-même impersonnelle, est toujours liée à une personne qui la dirige ; les esprits l'ont toujours, les âmes des morts l'ont le plus souvent, enfin quelques hommes aussi la possèdent. Si une pierre passe pour présenter une puissance surnaturelle, c'est qu'un esprit a partie liée avec elle ; si l'ossement détient du mana, c'est parce que l'esprit du mort l'habite ; un individu peut être en relation si étroite avec un esprit ou l'âme d'un mort qu'il en possède en même temps le mana et en tire les effets qu'il lui plaît ; un charme est efficace parce que le nom de l'esprit ou de l'âme séparée mentionnés dans la formule y introduit le pouvoir que l'esprit ou l'âme exerce par lui. »

Ailleurs, le même auteur affirme qu'aucun homme ne possède le mana de son propre cru. « Tout ce qu'il fait, il le fait avec l'aide des êtres spirituels, âmes ou esprits ; impossible de dire de lui, comme de l'esprit, qu'il est mana lui-même, en employant le mot au sens de qualité [1]. »

[1]     R. H. Codrington, The Melanesians (Oxford, 1891), pp. 118-120, 191. Codrington mentionne pour la première fois la notion mélanésienne du mana dans une lettre au professeur Max Müller, citée par ce dernier dans ses Hibbert Lectures de 1878 : « Il existe une croyance à une force entièrement distincte de l'énergie physique, qui agit de toutes sortes de manières pour le bien ou pour le mal et qu'il est du plus haut intérêt de posséder ou de maîtriser... Ce mana n'est pas attaché à un objet déterminé, il peut être communiqué à presque n'importe quel objet ; toutefois, les esprits (âmes désincarnées ou êtres surnaturels) le possèdent et peuvent le transmettre ; c'est le propre des êtres personnels de le produire, bien qu'il puisse agir par l’intermédiaire de l'eau, d'une pierre ou d'un os. » Voir aussi l’article de Codrington « Religions Beliefs and Practices in Melanesia » (Journal of the Anthropological Institute, X, 1881, 277 suiv., 299, 301, 305, 309), où le mana est défini une « force surnaturelle » et où l'on trouve une description de son mode d'opération.

Le terme de mana est employé dans les Nouvelles-Hébrides, les îles Banks et les îles Salomon dans la région de l'île Florida. Dans le groupe Santa Cruz on trouve un terme différent, malete, mais de sens analogue. Dans l'île San Cristoval, le mot est mena. Dans l'île de Guadalcanal, on se sert de nanama ; à Mala ou Malaita, de mamanaa. À Ulawa, nanamanga a le sens de « force, puissance ». Chez les Mono, qui habitent les trois îles du détroit de Bougainville, on rencontre le terme kare, qui signifie « vigueur, puissance, force », et se rapproche de l'idée de mana. Dans les îles Torrès la magie repose sur le mena. Dans l'île de Tikopia deux termes, mana et manu, désignent les résultats concrets « qui dépassent les résultats produits par des efforts ordinaires » (R. Firth). Dans les îles Loyauté men ou man équivaut, pour le sens, à mana. La version Lifu de l'évangile de saint Marc se sert du mot mene pour rendre à la fois le grec dynamis, « pouvoir », « puissance », et exousia, « pouvoir de faire ». Malgré l'absence de tout terme correspondant à mana en Nouvelle-Calédonie, il semble bien y exister une notion de la force occulte essentiellement identique à celle que l'on rencontre dans le reste de la Mélanésie.

Suivant W. H. R. Rivers, le terme de mana (comme celui de tapu ou tambu, « tabou » n'appartient pas à la culture des aborigènes mélanésiens, il a été introduit par les immigrants. Suivant E. S. C. Handy, le concept « pur » de mana est d'origine polynésienne, il a été « altéré » en Mélanésie au contact du culte des morts.

L'origine du mot mana demeure incertaine. Le P. W. Schmidt propose de le faire dériver de l'indonésien manang (malais menang), qui signifie force « supérieure » ou « victorieuse », que cette force soit ou non occulte. Manang, dans la langue des Dayaks de Bornéo, signifie comme substantif l'homme ou la femme-médecine, comme verbe avoir un magicien, recourir à un magicien.


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