Deuotio et defixio

La deuotio est à rattacher au verbe "dévouer", au sens ancien du terme en français, venu du latin (verbe deuouere) et qui signifie vouer quelqu'un à une divinité, à une puissance surnaturelle. On "dévouait" ainsi à Rome aux dieux infernaux quiconque passait le Rubicon. Le particulier qui veut agir contre un adversaire conclut avec les divinités souterraines une sorte de pacte : il leur donne son adversaire (c'est-à-dire, en fait, sa vie toute entière, ou certaines de ses fonctions vitales) et prie alors ces divinités d'accomplir ce qu'il ne peut faire lui-même.

defixio3.jpg

 

La defixio désigne le procédé par lequel on exécute la deuotio. Il s'agit donc d'un rite d'envoûtement. Comme nous l'avons dit plus haut dans l'introduction, l'instrument en est le plus souvent des tablettes de plomb, roulées ou pliées et percées d'un ou plusieurs clous. Il faut rattacher ce mot au verbe latin defigere (= ficher, clouer). En terme de magie "defigere" c'est "percer l'image de quelqu'un", d'où l'envoûter. Le clou n'a pas seulement pour rôle (cf. Introduction) de clore la tablette mais d'affirmer la force de la volonté du rédacteur sur le destinataire qu'il veut, en quelque sorte, assujettir (Ovide, Amours). La différence avec le katadesmos (= ligature) grec est que l'envoûtement, ici, se fait par un lien (du verbe deisthaï) vers le bas (sens du préfixe kata-) ; de "lier vers le bas", on passe aisément au sens d'"immobiliser" mais le mot latin defixio s'est très vite employé aussi pour les envoûtements grecs.

La defixio s'emploie dans différentes circonstances dont nous ne citerons que les plus courantes : faire perdre son adversaire dans un concours athlétique ou un procès susciter l'amour chez une personne aimée ou la détacher d'un autre attaquer les calomniateurs ou les voleurs. Ces défixions sont souvent accompagnées du nom d'une divinité à qui l'on "confie" l'adversaire visé. Assez souvent on trouve une grande liste de dieux avec leurs qualificatifs ; ces listes sont d'ailleurs tout à fait hétéroclites : dans les dieux du panthéon grec habituel se trouve mêlé très souvent le nom d'Adonaï, terme hébreu par lequel on désigne le Seigneur. Les divinités en question sont, en majorité, les dieux d'en bas, du centre de la terre : renversement du culte civique quotidien adressé aux dieux d'en haut. Ce renversement est d'ailleurs une des caractéristiques des actes de magie.

 

defixio-hospitalet-du-larzac.jpg 

Les premières défixions citées, appelées défixions judiciaires, sont très nombreuses à Athènes vers le Ve-IVe siècles. Les malédictions de ces tablettes souhaitent souvent le mutisme chez l'adversaire (Defixiones tabellæ) : priver de logos un Grec est certes la pire des calamités ! Mais on peut souhaiter aussi à un adversaire en justice une bonne et définitive maladie (Papyrus grecs magiques).

Dans les défixions qui concernent les amants ou amantes on assiste à de rageuses malédictions, qui visent les différentes parties du corps qui servent à se séduire, s'étreindre ou faire l'amour. Ces malédictions ont pour but de séparer des êtres unis par un amour illégal ou immoral. Évidemment les souhaits de mort abondent dans ces malédictions remplies de haine (Defixiones tabellæ).

La tablette de plomb qui porte ces défixions peut être accompagnée d'une figurine de cire, de terre ou de plomb dans laquelle on a enfoncé aiguilles ou clous pour rendre malade ou impuissant, pour tuer ou pour rendre amoureux. Beaucoup de ces figurines, notamment celles trouvées à Délos, ont été volontairement mutilées. Il y a même une sorte de rituel dans la fabrication de ces figurines (Papyrus grecs magiques). On peut aussi se servir d'autres objets que des figurines, par exemple des objets ayant appartenu à la personne visée et que l'on détruit (Virgile, Énéide). Il en est resté, même jusque dans les temps modernes, l'habitude d'écraser coquilles d'escargots ou d'oeufs pour éviter qu'on ne s'en serve à des fins maléfiques ...

tablette-dexcecration1.gif

 

Papyrus ou tablettes présentent, dans le corps de l'inscription, des mots magiques (sans aucune signification) disposés en carrés ou en triangles isocèles (pointe tournée vers le bas puisqu'on demande l'aide des divinités souterraines), ou constituant le karkinos (= "crabe" qui marche à reculons) c'est-à-dire un vers rétrograde ou palindrome.

 

 

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site