Les pratiques de la magie dans la littérature grecque

Avant d'aborder les grandes figures mythologiques connues, comme Circé ou Médée qui donneront naissance, chez les auteurs grecs et latins, à un motif bien récurrent par la suite , celui de la sorcière, il faut remarquer qu'alors que les découvertes archéologiques nous montrent les défixions, incantations, charmes et envoûtements surtout utilisés par les hommes, c'est la figure de la sorcière (et non du sorcier !) qui a traversé les siècles. Mettons à part le cas de Protée qui a des dons de transformation mais tout personnels, uniquement pour échapper à ceux qui veulent solliciter ses dons de prophétie.

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Dans la littérature archaïque une remarque s'impose : les poèmes homériques ignorent ce qu'on appellera plus tard la magie ; ils sont en revanche remplis de merveilleux et d'"enchantements" : les dieux apparaissent dans le monde des hommes et s'en retirent, parfois sous forme animale (oiseau, vautour, mouette, etc.). Héphaïstos, le dieu forgeron, crée par son art des trépieds qui se déplacent tout seuls et a forgé, pour son service personnel deux servantes en or qui agissent comme des êtres vivants. À plusieurs reprises les dieux, dans l'Iliade, sauvent leurs protégés en les entourant d'un brouillard qui les rend invisibles : c'est ainsi qu'Aphrodite soustrait Pâris aux coups de Ménélas ; dans l'OdysséeAthéna permet de la même façon à Ulysse de traverser la ville des Phéaciens jusqu'au palais d'Alkinoos sans être vu. Hermès possède une sorte de baguette (rhabdos) avec laquelle il peut endormir ou réveiller les hommes et il donne à Ulysse une plante magique pour contrecarrer les enchantements de Circè. Aphrodite, encore elle, porte sur elle un ruban qui renferme toutes les sortes de "charmes" et c'est pourquoi Héra le lui demande lorsqu'elle veut séduire Zeus (Homère, Iliade).

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Après ces quelques exemples une autre remarque s'impose également : dans les poèmes homériques seuls les dieux possèdent ces pouvoirs d'enchanteurs ; aucun être humain ne possède ces pouvoirs comme si Homère voulait cantonner les êtres humains dans la réalité. De plus, même si les procédés signalés plus haut ont les traits de ce qui caractérisera plus tard la magie, il faut noter que ces procédés agissent en général dans un but positif, favorable, non pour faire du mal.

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Apparemment ce n'est pas le cas de Circé, la "trompeuse Kirké d'Aïaïè". Rappelons les faits : Ulysse et ses compagnons arrivent dans l'île où habite la très belle ("aux belles boucles") déesse. De loin se voit la fumée d'un foyer et Ulysse, toujours curieux (parfois à ses dépens : pensons au Cyclope) envoie ses compagnons vers cette demeure. Ils y sont très bien reçus et Circé leur offre une sorte de bouillie accompagnée de vin, dans laquelle elle introduit des "pharmaka" funestes. Puis elle les frappe de sa baguette magique et les voilà transformés en pourceaux (Homère, Odyssée). Circé est récidiviste : elle n'est entourée, chez elle, que d'animaux sauvages (lions, loups) qui sont d'anciens hôtes qu'elle a ainsi transformés. Averti de la mésaventure par le seul des hommes qui, méfiant, n'est pas entré chez la déesse, Ulysse part pour délivrer ses compagnons. En chemin il rencontre Hermès qui lui donne de bons conseils pour résister aux charmes de Circé et le munit d'une bonne drogue ("pharmakon" : nous avons vu les deux sens du mot, "remède" et "poison"), d'un contrepoison en somme (Homère, Odyssée). On a beaucoup disserté sur la nature de ce "môlu", cette plante qui se trouve miraculeusement devant les pieds du dieu et qu'Hermès réussit à arracher (les forces humaines y seraient impuissantes car la plante a une racine de quatre doigts de long nous dit un commentateur antique). Ulysse suit les conseils d'Hermès ; mais, curieusement, le texte ne dit ensuite rien sur la vertu du "môlu" ni sur l'usage qu'en fait Ulysse. Est-ce pour nous montrer que tout ceci est fantaisiste et qu'Homère fait preuve ici d'humour comme on l'a suggéré ? nous ne trancherons pas ici la question. En tout cas, Ulysse mange la bouillie et, dès que Circé le frappe de sa baguette, suivant les conseils d'Hermès, il se précipite vers la déesse, épée en main, comme pour la tuer. Aussitôt elle cède et invite Ulysse à partager son lit.

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Ensuite Ulysse reste chez Circé une année entière sans plus songer au retour ; ce sont ses compagnons (dont il a obtenu le retour à la forme humaine) qui lui rappellent qu'il doit rentrer à Ithaque.

 Curieuse magicienne, en vérité, cette Circé ! L'effet principal de sa magie ( et c'est un effet vraiment magique) est d'avoir fait oublier à Ulysse Ithaque, Pénélope, son épouse chérie, et son fils Télémaque alors qu'il y songe sans cesse, y compris pendant les sept ans qu'il passe chez Calypso. Et pourquoi Athéna, sa protectrice habituelle, n'intervient-elle pas ? L'action de Circè ne s'arrête pas là : elle indique à Ulysse la route jusqu'à l'endroit où il pourra entrer en communication avec les morts. Après cette consultation Ulysse revient (cas unique dans l'Odyssée) chez Circé, qui lui enseigne alors la route du retour tout en lui signalant les dangers qui l'attendent : Sirènes, Charybde et Scylla, l'île des boeufs du Soleil. Au total aucun rite magique (sauf celui du début à l'égard des compagnons d'Ulysse), aucune nuit ténébreuse au cours de laquelle la "sorcière" invoque une puissance occulte afin de lui imposer de réaliser ses désirs.

Une explication a été donnée : Circé attend depuis longtemps l'homme "rebelle aux enchantements" dont on lui avait annoncé la venue. Elle a su le reconnaître, lui faire oublier son retour et lui procurer une année de bonheur complet : n'est-ce pas là un bon "tour de magie" à l'égard d'Ulysse "aux mille ruses" ?

Nous laisserons de côté Calypso, bien qu'elle ait plusieurs points communs avec Circé : même environnement (une demeure isolée dans une nature sauvage), même voix harmonieuse, même habileté dans l'art de tisser ; comme Circé elle sait préparer des breuvages, sinon magiques, du moins surnaturels : elle sait mélanger l'ambroisie avec le nectar, boisson des dieux) ; elle promet sans cesse à Ulysse de le rendre immortel et jeune à jamais mais sa proposition est toujours refusée par Ulysse car ses "douceurs amoureuses" ne font jamais oublier au héros le désir de retrouver Ithaque et Pénélope.

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En Médée, au contraire, nous avons affaire à une véritable magicienne, même si le personnage est ambigu, comme nous le verrons. C'est la nièce de Circé, soeur d'Aiétès, roi de Colchide, lequel est le père de Médée. Son regard, comme celui de Circé, est extrêmement brillant, rappelant l'éclat du Soleil, son aïeul.

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Contrairement à Circé, elle est d'abord protectrice des étrangers qui abordent en son pays. C'est ainsi qu'elle accueille les Argonautes et guérit leurs blessures lorsqu'ils combattent contre les Colchidiens ; c'est alors une jeune fille qui, tombée amoureuse du chef des Argonautes, Jason, a le coeur tourmenté et déchiré entre sa passion et son devoir filial (Aiétès a imposé des conditions effroyables pour conquérir la Toison d'or). Très vite la magicienne qu'elle est, en bonne disciple d'Hécate, experte en herbes magiques, l'emporte, d'autant que Jason répond à son amour et lui propose le mariage (bien qu'il soit déjà marié !) Elle lui donne les herbes qui lui permettent d'affronter les taureaux d'airain (Pindare, Pythiques et Ovide, Métamorphoses) et de labourer avec eux, puis de tuer le dragon qui garde la Toison d'or (Ovide, Métamorphoses). Sur la prière de Jason, elle rajeunit, dans une séance spécifiquement magique (Ovide, Métamorphoses), le père de Jason, Éson. Mais voici que, toujours par amour pour Jason, elle utilise ses talents pour commettre des actes criminels : elle fait périr l'oncle de Jason, Pélias, qui ne voulait pas lui rendre le royaume d'Iolcos, par la main de ses propres filles, qu'elle a abusées par un tour magique (Ovide, Métamorphoses). Après ce meurtre, Jason est exilé et Médée le suit dans son exil à Corinthe, accompagnée des enfants qu'elle a eus de lui ; au bout de quelques années, elle est trahie par son mari qui veut épouser Glaukè, la fille du roi de Corinthe, Créon, et la faire exiler avec ses enfants (ou elle seule, selon les différentes versions de cet épisode). Médée réagit d'abord en femme (Ovide, Héroïdes), essaie de reconquérir son époux, mais peine perdue. Avant de partir en exil, Médée a donc, une fois encore, recours à ses pratiques magiques ( Sénèque, Médée) : elle fait porter par ses enfants à la jeune princesse une couronne d'or et un vêtement empoisonné qui la consument ainsi que son père (Euripide, Médée) ; selon une autre version, elle met le feu au palais royal, incendie dans lequel périssent Créon et sa fille. Elle tue ensuite ses enfants et s'envole sur un char traîné par des dragons ailés, chez Égée, roi d'Athènes, auquel elle a offert un remède contre la stérilité dont il souffre. Elle s'unit à lui et en a un fils, Médios. Elle essaie, mais en vain, (sa ruse est déjouée à la dernière minute) de faire périr Thésée venu se faire reconnaître par son père (Ovide, Métamorphoses) et, bannie d'Athènes, retourne en Asie. On ne sait rien de sa fin ; certaines légendes rapportent qu'elle fut transportée dans les Champs Élysées.

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Médée est donc représentée comme une errante, une étrangère, vouée à des changements continuels de résidence. Cette "barbare" (au sens grec du mot) a retenu les secrets despharmaka : elle peut donc blesser mais aussi guérir, tuer ou sauver. Elle se déchaîne avec la violence d'une sorcière mais se montre une mère aimante (Euripide, Médée). C'est toute l'ambiguïté de ce personnage attachant.

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Les pharmaka de Circé avaient transformé les hommes en animaux ; d'autres pharmaka guérissaient les blessures des héros et des dieux ; ce pouvoir ambigu, qui participe donc de la magie, avait été utilisé par Médée pour sauver Jason puis pour perdre sa jeune épouse Glaukè ; une autre mortelle, l'innocente Déjanire, va, mais cette fois à son insu, avoir recours, elle aussi, à un procédé magique.

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Rappelons brièvement les faits : cette princesse étolienne était l'épouse d'Héraklès qui, au cours d'une lutte acharnée, l'avait conquise sur son prétendant, le dieu-fleuve Achéloos. Un jour, en quittant Calydon, ville d'Étolie où ils résidaient, les époux durent franchir une rivière en crue ; Héraklès pouvait franchir la rivière mais non Déjanire ; il confie donc son épouse au centaure Nessos, qui servait de passeur ; mais pendant qu'il portait la jeune femme, le centaure essaya de la ravir et de la violer. Aux cris de son épouse, Héraklès se retourna et perça le centaure d'une flèche mortelle. Avant de mourir Nessos confia un "philtre d'amour" à Déjanire pour garder la fidélité de son époux. Quelques années plus tard Héraklès, ayant vaincu Eurytos, roi d'Oechalie, emmena sa fille, Iole, comme captive et la prit pour concubine. Ayant appris par un compagnon d'Héraklès son infortune, Déjanire, jalouse, se souvint du présent de Nessos ; pour retrouver l'amour de son époux, elle teignit une tunique avec le prétendu philtre d'amour et l'envoya à Héraklès (Sophocle, Les Trachiniennes). Celui-ci voulait offrir un sacrifice à Zeus pour le remercier de sa victoire ; il revêtit la tunique neuve envoyée par sa femme et aussitôt, au contact de la chaleur de son corps, la tunique imprégnée du poison se mit à le brûler terriblement. Malgré tous ses efforts Héraklès ne put se débarrasser de la tunique fatale.(Ovide, Métamorphoses et Sophocle, Les Trachiniennes)).

 

Alors il gravit le mont Oeta et il y dressa un bûcher sur lequel il monta et il périt ainsi dans les flammes .

Il s'agit donc encore là d'un exemple de magie érotique.

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Cependant le texte littéraire qui fournit le document le plus complet sur les rites de la magie amoureuse est un texte de Théocrite, Les magiciennes (Idylles, II). Dans ce poème une jeune femme, de condition modeste, semble-t-il, Simaitha, essaye de reconquérir l'amour du beau Delphis dont on lui a révélé l'infidélité. Elle est aidée, dans la succession de ses opérations magiques, par sa servante Thestylis.

On retrouve dans ce poème tous les ingrédients de la defixio érotique, mais utilisés de façon incohérente : tantôt il s'agit de faire revenir l'amant tout brûlant de passion et d'amour, tantôt de le faire disparaître, de le dissoudre, de l'anéantir totalement. Cette incohérence peut s'expliquer par la passion toute charnelle de Simaitha, passion qui l'a ravagée, la brûle encore et lui inspire les élans contradictoires du désir et de la vengeance. On pourra, en conclusion, proposer une autre explication.

Conformément à l'habitude, les rites magiques sont accompagnés, au long du poème, d'incantations aux divinités aimées des sorcières : Artémis-Hécate évidemment, Séléné (la lune, complice des sorcières) et Aphrodite. (Théocrite, Idylles II)

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Simaitha prépare d'abord ses philtra (à noter la parenté de ce mot avec le verbe philein = aimer) destinés à lier ; elle fait brûler de l'orge, habituellement utilisé dans les sacrifices, des feuilles de laurier, du son ; puis elle fait fondre de la cire (peut-être une figurine de cire) et elle fait tourner le rhombe (sorte de toupie de magicien), toutes pratiques habituelles de la magie érotique ; ensuite elle accomplit trois libations (chiffre rituel) (Théocrite, Idylles, II) ; elle prépare enfin une sorte de décoction, un breuvage magique composé de différents ingrédients dont des plantes aphrodisiaques (Théocrite, Idylles, II). Tous ces rites sont accompagnés d'une sorte de refrain, de litanie, qui se répète neuf fois et qui est destinée à ramener l'amant perdu chez l'amante délaissée : "Iynx, attire vers ma demeure cet homme, mon amant". On s'est interrogé sur la nature de cet "iynx". Primitivement c'est le nom d'une nymphe, fille d'Écho, qui, au moyen de ses philtres avait rendu Zeus amoureux d'Io ou d'elle-même ; pour se venger, Héra l'avait transformée en un oiseau, le torcol ; celui-ci, attaché sur une roue, servait à des opérations de magie amoureuse; puis le terme a désigné la roue elle-même, sorte de disque dont le tournoiement accompagnait les invocations (comme le faisait le rhombe). Dans ce poème, ce refrain, répété tous les quatre vers, fait participer le lecteur (ou l'auditeur), comme on l'a remarqué, à l'action et l'envoûtement magiques.

Ce rituel Simaitha l'accomplit en toute connaissance de cause ; elle n'est pas une sorcière professionnelle, mais elle connaît bien ces rites, d'abord pour avoir consulté au début de sa passion des sorcières puis elle les a appris "d'un étranger d'Assyrie" nous dit-elle. On s'est appuyé sur cette expression pour affirmer que ce texte illustre ne représentait pas une réalité grecque car il mêlait des rites différents et qui n'auraient aucune efficacité si on les appliquait ensemble : incohérence de cette série de rites, destinés, les uns, à faire revenir l'amant, à lui inspirer à nouveau de la passion pour l'amante, et les autres, à l'anéantir physiquement. Théocrite ne nous fournirait donc pas un document sur la pratique de la magie à son époque, l'époque hellénistique (IIIe s. av. J.-C.), mais un tableau évocateur susceptible d'éveiller des associations d'idées liées à la magie. La présence d'un instrument comme l'iynx, qui ne figure dans aucun document archéologique, renforcerait cette opinion. Pour le public cultivé et éclairé de l'époque, ce genre de texte constituerait un divertissement esthétique. Déjà, dans un document antérieur (Xénophon, Mémorables) les termes habituels du vocabulaire de la magie semblent représenter un sujet de plaisanterie littéraire. En tout cas, s'il n'est pas un document à proprement parler sur la pratique de la magie dans la Grèce du IIIème siècle, l'expression de la passion et de la jalousie, dans la deuxième partie du poème, représente un des sommets de la poésie lyrique.

Tous les exemples précédents nous montrent donc des femmes qui se livrent à des pratiques de sorcellerie. Or, la grande majorité des documents archéologiques dont nous avons parlé dans l'introduction nous montrent, eux, des hommes essayant, par des pratiques magiques variées, d'attirer, de posséder une victime féminine. On peut alors s'interroger sur les raisons qui ont incité les écrivains à ce renversement de situation. Dans la réalité quotidienne les hommes veulent généralement s'assurer la possession d'une femme en vue d'améliorer leur statut social : il était difficile, en effet, pour un homme qui n'était pas du même rang, d'obtenir une jeune fille de bonne famille ; les défixions et les incantations magiques pouvaient, pensait-on, y aider. Mais, d'un autre côté, ce recours à la magie devait être secret car ce comportement était en totale opposition avec l'image que la société donnait de l'homme, image de guerrier viril. Il en allait de même pour l'amour fou qu'un homme pouvait ressentir pour une femme, passion qui l'égarait au point d'avoir recours à la magie. Il y avait donc un décalage entre la réalité (où le recours à la magie semblait indispensable) et le système de représentations mentales de la société dans laquelle on vivait. Ce qui expliquerait que les écrivains ne parlent que de sorcières : les femmes, marginalisées dans les sociétés antiques, représenteraient un danger pour l'homme et son autonomie.

Néanmoins nous rencontrons dans la littérature grecque des exemples d'hommes qui ont recours à la magie ; à l'origine, Ulysse pratique l'évocation des morts dans la Nekuia(Odyssée, XI), mais n'oublions pas qu'il accomplit tous ses gestes d'après les indications d'une femme (même si elle est déesse), de Circé.

Beaucoup plus tard, nous retrouvons les mêmes rites chez Lucien qui se met en scène lui-même en quête d'une descente aux Enfers (et non d'une évocation des morts). Le récit de Lucien (Ménippe ou la Nékyomancie) est bien évidemment une parodie de la Nékuia, mais les rites sont les mêmes : purification, invocations, incantations, sacrifice d'animaux (Lucien, Ménippe).

Plus nettement critique est l'ouvrage du même Lucien intitulé Alexandre ou le faux prophète. Dans sa jeunesse, cet Alexandre (qui a véritablement existé) avait subi l'ascendant d'un sorcier ; devenu à son tour habile sorcier lui-même (Lucien, Alexandre) il se présentait comme un magicien, donnait des réponses oraculaires à des questions remises sous plis cachetés (Lucien, Alexandre). Mais tout, dans l'ouvrage, nous renvoie à une critique de ce qu'on appellerait aujourd'hui une secte et cherche à mettre en valeur la supériorité d'une doctrine philosophique, l'épicurisme (Lucien, Alexandre).

En conclusion, quelles réactions la magie et ses pratiques ont-elles inspirées aux penseurs grecs ? Il nous faut attendre le IVème siècle pour les constater. À cette époque le culte d'Asklépios et les guérisons magiques se multiplient (on a même pu dire qu'Épidaure était devenu "une sorte de Lourdes de l'Antiquité") Le médecin Hippocrate (-460-380) connaît sans aucun doute les pratiques des sorciers puisqu'il les raille dans leurs prétentions de guérir les malades (Hippocrate, Sur la maladie sacrée) ; à la même époque Platon (-428-347), dans plusieurs textes, a évoqué la magie et la sorcellerie. Si, dans l'éducation, il voit un caractère positif à l'utilisation des sortilèges pour entraîner les futurs gardiens à y résister plus tard, sa méfiance à l'égard de la magie l'emporte le plus souvent. Il stigmatise les prêtres itinérants et mendiants, les devins (Platon, République) et condamne violemment les enchanteurs de toutes sortes, les sorciers qui prétendent dicter aux dieux des ordres : la magie est une tromperie et une impiété ; il faut donc punir avec la plus grande sévérité quiconque a recours à ces pratiques (Platon, Lois).

 

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