Magos

La magie occidentale a sans doute pris à d'autres cultures. Les Grecs en étaient conscients, en particulier quand ils disaient qu'Apollonios de Tyane avait "rendu visite aux Mages de Babylone, aux Brahmanes des Indes et aux Gymnosophistes d'Égypte.".

La magie grecque commence peut-être en Crète avec les Dactyles (métallurges), les Courètes (danseurs) (vers 2500 av. J.-C. ?). On connaît des chamans grecs dès 600 av. J.-C.[82]. Les principaux documents sur la magie antique consistent en papyrus magiques, en tablettes d'envoûtement et en amulettes. Les esprits ont été marqués par ce passage du Corpus Hermeticum, traité XIX : Asclépius (Ier s.) : "Ce sont des statues pourvues d'une âme, conscientes, pleines de souffle vital, et qui accomplissent une infinité de merveilles, des statues qui connaissent l'avenir et le prédisent par les sorts, l'inspiration prophétique, les songes et bien d'autres méthodes, qui envoient aux hommes les maladies et qui les guérissent, qui donnent, selon nos mérites, la douleur et la joie."

La magie est contrôlée politiquement, elle menace l'autorité. À Rome, la Loi des douze tables (450 av. J.-C.) sanctionne quantité d'opérations magiques, en particulier contre les terres d'autrui. L'empereur romain Constant Ier, en 341, interdit la magie, sous peine capitale.

L'Église s'inquiète plutôt de paganisme, hérésie, concurrence à la création divine : le concile de Laodicée (Laodicæa ad Lycum), vers 364, dans son 36° canon, interdit aux prêtres de s’occuper de magie et de sorcellerie.

L'Église distingue les arts magiques et la magie lors du concile d'Ancyre, en 314

La majorité des linguistes trouve la racine du mot français "magie" dans les mots grecs magos (μάγος), "mage", ou mageia (μαγεία), "magie", ou "magikos" (μαγικός), "magique".

Il faut aller jusqu'en Perse. "Mage" (maguš) est visible pour la première fois sur une inscription gravée en 515 av. J.-C. à Béhistoun (Perse antique, Iran actuel), sur les exploits de Darius Ier, roi de Perse, qui a renversé en 522 av. J.-C. Gaumâta, un mage mède qui s'est proclamé roi de l'empire perse. "Darius le Roi dit : 'Ensuite il y avait un homme, un Mage, du nom de Gaumâta'." En perse, mag signifie "science, sagesse". Héraclite (vers 500 av. J.-C.) est le premier à utiliser le mot, en énumérant "les somnambules, les mages (μάγοι), les bacchants [initiés à Dionysos], les ménades [initiées à Dionysos], et les initiés". Hérodote, vers 420 av. J.-C., précise le sens : "Les tribus mèdes sont : les Bouses, les Parétacènes, les Strouchates, les Arizantes, les Boudiens, les Mages (μάγοι)." En fait, les Mages forment la caste sacerdotale des Mèdes, comme les Brahmanes sont la caste sacerdotale des Indiens.

Certains Mages sont prêtres. Ils ont diverses fonctions : interpréter les songes, pratiquer la divination, sacrifier au Soleil, à la Lune, à la Terre, au Feu, à l'Eau et aux Vents, chanter la théogonie, participer au pouvoir politique, faire des sacrifices royaux, procéder à des rites funéraires. Comme le montre une sculpture de Kizkapan, ils portent un bonnet qui couvre la bouche, ils officient sur un autel du feu. Le mot "mage" existe donc en Occident depuis le Ve s. av. J.-C.

Vers le milieu du IVe siècle av. J.-C. le mot Mageia (en latin magia) est employé par les Grecs en tant que doctrine issue de la Perse, notamment avec Zoroastre, dit aussi Zarathushtra (vers 590 av. J.-C. ?) Parmi les Mages perses (et non plus mèdes), ou prêtres de Zoroastre, les plus célèbres sont : Ostanès le Mage et Hystaspe, qui seraient venus en Occident dès 480 av. J.-C. Ils auraient accompagné Xerxès Ier, roi de Perse, en pleines "guerres médiques", jusqu'à Abdère.

Pythie (Delphes), prêtresse principale de la ville antique de Delphes délivrant oracles, sentences et prophéties émanant d’Apollon.

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Selon la mythologie grecque, Apollon aurait battu le monstrueux serpent Python, gardien de l’antre de la déesse Gaia, et aurait chassé celle-ci du sanctuaire de Delphes pour s’y installer avec le dieu Dionysos. C’est au milieu du iie siècle av. J.-C. que Delphes devient un sanctuaire où les Grecs célèbrent le culte d’Apollon. Les prêtres delphiques y développent un rituel élaboré, autour d’une prêtresse principale appelée « Pythie ».

Celle-ci, chargée de relations privilégiées avec le Dieu, y délivre ses oracles depuis la chapelle oraculaire (adyton). Le « consultant » lui pose une question, préalablement remise en forme par les prêtres du temple et se résumant en une simple alternative. La Pythie, en état de transe, délivre alors une réponse (la parole d’Apollon) qu’un assistant est chargé de transmettre au consultant. Prophétesse, la Pythie reçoit l’inspiration à jour fixe — une fois par an puis, le succès de l’oracle grandissant, une fois par mois.

Les hommes politiques grecs ont souvent eu recours à la Pythie pour asseoir leurs décisions. Et il est à noter que l’influence du temple de Delphes a été primordiale dans les arbitrages politiques, notamment en ce qui concerne la transmission des traditions religieuses. D’autant que, dans ses choix, la Pythie, institution morale censée être incorruptible, conseille le plus souvent de s’en tenir à la tradition.

La Pythie connaît son apogée entre 700 et 400 av. J.-C. Pillé par les Romains lors de la conquête de la Grèce, le temple connaît un court renouveau de prospérité durant les règnes de Domitien et d’Hadrien. L’activité de la Pythie et celle du temple cessent vers la fin du ive siècle apr. J.-C., sans doute du fait de l’expansion du christianisme.

Nous faisons beaucoup de cas de nos Révolutions industrielles : navette volante, mule jenny, machine à vapeur, mitrailleuse, moteur à combustion interne et autres grandes découvertes dans le domaine médical... Nous oublions tout simplement que l’humanité avait les moyens intellectuels pour connaître ce type d’évolution il y a plus de deux mille ans, grâce à d’ingénieux bricoleurs, dans la sphère du monde grec dilaté jusqu’à l’Inde et l’Afghanistan par l’action d’Alexandre le Grand (356-323 A.C.) et dont l’un des centres intellectuels fut la bibliothèque de la ville d’Alexandrie. Certes, à l’école, nous apprenons à connaître Thalès, Pythagore, Euclide, Archimède, mais on oublie volontiers les dizaines d’ingénieux bricoleurs et inventeurs dont les œuvres ont été perdues et que l’on redécouvre pas à pas, j’allais dire pied à pied, car il n’est pas rare qu’on parle de falsifications lorsque l’une ou l’autre de ses œuvres parvient à nous grâce au travail des archéologues ou par hasard. Prenons pour exemple cet assemblage de roues dentées et d’engrenages complexes remonté du fond de la Méditerranée il y a une centaine d’années et qui, après bien des batailles d’experts, se révèle être une pièce maîtresses d’une horloge astronomique de laquelle on obtenait des informations dignes du travail d’un ordinateur actuel. En dernier recours, pour déblatérer les compétences des anciens, certains n’hésitent pas à faire venir à la rescousse les martiens (voir les dessins géants des Nazcas, dans une autre région du monde).

Que signifie le mot "magie" ? C'est, selon le dictionnaire Littré, l'" art prétendu de produire des effets contre nature ". On distingue la magie blanche, qui agit par des moyens inconnus du vulgaire et la magie noire, qui est censée opérer des effets surnaturels à l'aide des démons. Il ne s'agira ici que de cette dernière.

Primitivement la magie était la religion des "mages", c'est-à-dire les prêtres de la religion des anciens Perses, après ceux de la Babylone antique en Assyrie. Au XVIIe siècle encore, chez nous, les mages incarnaient une sagesse exotique pressentant l'avènement d'une religion nouvelle : " Qu'était-ce que les mages dont nous honorons la mémoire ? C'étaient les sages de la gentilité ", dit le prédicateur Bourdaloue dans les Mystères de l'Épiphanie. Le mage qui était dépourvu de savoir était un charlatan.

Ensuite le mot "mage" a fait place au mot "magicien". Cependant Corneille encore 1 écrit : " Ce mage qui d'un mot renverse la nature / N'a choisi pour palais que cette grotte obscure. "

Les mots "sorcellerie" (mot fabriqué sur l'ancien verbe "sorceler", et anciennement "sorcerie"), et "sorcier" viennent du bas-latin sortiarius, issu lui-même de sors, sortis. Le sorcier est celui qui jette un sort ou qui dit le sort. Contrairement au mot "magicien", le mot "sorcier" a toujours une connotation péjorative. Le sorcier, en effet, ne possède pas une science comme le magicien, il dispose seulement de recettes et la sorcière est l'opposé de la bonne fée. Sorcier et sorcière passent pour avoir fait un pacte avec le diable ou les dieux infernaux pour opérer des maléfices ; ils vont aussi, dit-on, à des assemblées nocturnes appelées "sabbats" ; mais ce dernier détail ne concerne pas l'époque antique.

En parlant de magie ou de sorcellerie (les deux concepts, au total, interfèrent), nous laisserons de côté les phénomènes de possession ou d'extase qui relèvent du chamanisme (phénomène religieux de Sibérie et d'Asie cntrale). Des personnages comme Cassandre, d'une part, Oreste et Héraklès dans leur crise de folie d'autre part, pourraient être considérés comme des "chamans".

Chez les Grecs,

trois mots appartiennent au vocabulaire de la magie : magos (mageia), goès et pharmakos (pharmakeus), mais ces mots ne sont apparus que tardivement (fin du 6e siècle avant J.-C.)

Le terme magos (qui a entraîné le dérivé mageia) est emprunté à une tribu mède dont le nom signifie "les grands". Ces mages sont des prêtres qui accomplissent des sacrifices, pratiquent la divination et savent interpréter les songes. Chez les Grecs le magos est une sorte de prêtre itinérant, un expert polyvalent. Le goès (-ètos) est une espèce d' "enchanteur", qui procède par incantations et vaticinations (cf. le verbe goaô-ô = pousser des lamentations). Très vite, dès le 5ème siècle, le terme magos prend une connotation péjorative 2 , c'est-à-dire qu'il ne se distingue plus guère du goès. Tous les deux sont l'objet de la même réprobation. Enfin le terme pharmakeus (pharmakos), apparenté à pharmakon, le remède ou le poison végétal, d'où le sens de "breuvage magique", désigne en général l'empoisonneur.

À Rome,

les mots magus/magicus et magia apparaissent tardivement (1er siècle av. J.-C.). Ces termes sont bien évidemment empruntés au grec. On trouve le terme magus pour désigner un spécialiste de la religion perse chez Catulle et la première occurrence de l'adjectif magicus apparaît chez Virgile. Mais toutes les citations de ces mots font partie de l'évocation des rites grecs, non des habitudes romaines.

Pourtant la magie en tant que telle, existe bel et bien. Elle agit par carmina (bona et mala). Le rituel est donc chanté ; les gestes magiques pour guérir un membre fracturé, par exemple, (deux moitiés de roseau que l'on rapproche) s'accompagne de chants (Caton, De agricultura). Pour nous ce rituel s'apparente à la magie, mais les Romains ne raisonnent pas de la même façon : ces gestes ne relèvent pas de la magie mais de la médecine. La magie véritable se définit par une intention malveillante et non par des formes rituelles spécifiques. La preuve en est que les termes uenenum (breuvage magique, philtre), ueneficium (empoisonnement) et ueneficus (empoisonneur) ne prirent que tardivement des sens maléfiques.

Enfin il faut signaler que la figure du magos ou goès itinérant est inconnue des Romains. Les prêtres itinérants existent mais ne pratiquent pas la divination. On se méfie de l'haruspice ou du devin chaldéen, mais c'est uniquement pour éviter de se faire soutirer de l'argent inutilement... Sous l'Empire tout change : la magie devient envahissante en accaparant les procédés de la médecine, en s'appropriant la fonction de la "religio"et en annexant aussi l'astrologie. Nous en avons un témoignage capital par Pline l'ancien (Pline, Histoire naturelle).

Il s'est donc produit à Rome une évolution en deux temps : sous la République, il existe des pratiques qui s'attaquent à l'intégrité des personnes ou de leur propriété (ueneficium, malum carmen) mais ces pratiques ne sont pas considérées comme de la magie et sous l'Empire le terme magia combine médecine (qui guérit), astrologie et divination. L'élite romaine, hellénisée, s'est emparée du terme grec qu'elle associe à ueneficium (maléfice).

Reste, pour terminer, à préciser en quoi la magie et la sorcellerie se distinguent de la religion, d'une part, des cultes à mystères d'autre part. Quelle que soit l'étymologie du mot religion (à rattacher au verbe latin ligare = "lier", selon Lactance et Tertullien, ou à legere = "recueillir, ramener à soi, reconnaître", selon Cicéron), la religion met l'accent sur l'importance d'un rituel fixé et reconnu par les traditions et les décisions de la cité, la magie sur des pratiques et des procédés plus ou moins fantaisistes, dépendant d'un individu et destinés au "vécu" d'un individu. La religion agit au grand jour, la magie, dans l'univers du secret ; la religion implique la toute-puissance des dieux qu'elle laisse, par conséquent, libres d'agir car ils savent, mieux que les hommes, ce qui est bon pour eux ; la magie, la sorcellerie prétendent persuader les dieux, voire leur commander (parfois avec menaces) d'intervenir pour la réalisation de desseins personnels. On a même pu dire que le monde de la magie était la cité à l'envers, parce que les marginaux de la société antique (les femmes et les esclaves) y règnent, alors que dans la religion officielle ce sont le prêtre, le roi qui agissent au nom de la cité.

Enfin, quelle différence entre magie, sorcellerie et les cultes à mystères, comme ceux d'Éleusis, ou l'orphisme, toutes doctrines secrètes ? Leur point commun c'est d'abord la nécessité d'une initiation, ensuite le but visé, qui est un résultat, un aboutissement. Mais le sorcier qui pratique la magie demande un résultat immédiat (reviennent sans cesse dans les formules d'incantation ou d'imprécation les mots "vite, vite, très vite") ; le participant aux mystères, le myste, se plie à une ascèse et à un rituel qui dure plusieurs jours ; l'orphisme sait que l'aboutissement, c'est-à-dire la quête de la félicité, est fort long et peut exiger plusieurs vies. Mais magie, mystères et orphisme visent tous les trois un accomplissement individuel, une libération personnelle.

 


1 Illusion comique, I, 2

2 " Créon, le fidèle, l'ami des premiers jours se glisse subrepticement sous moi et brûle de me renverser, soudoyant ce sorcier (magon), cet ourdisseur de ruses, ce perfide charlatan, qui n'y voit que pour gagner de l'argent et qui dans son art est aveugle. " (Sophocle, Oedipe-Roi, v. 387 sqq.)


Dans un domaine un peu plus réaliste, il y a HERON d’Alexandrie ou KTESIBIOS qui auraient pu concourir avec nos plus habiles magiciens et qui, a n’en pas douter, s’ils avaient vécu à notre époque, nous auraient vendu des « avions renifleurs » avec plus de succès que les auteurs de cette tromperie des années de la première crise pétrolière.

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On peut être orateur célèbre comme Diogène et néanmoins faux monnayeur. On peut être un habile ingénieur et se bâtir une fortune sur la crédulité et l’ignorance de ses concitoyens. ‘Primum vivere’ auraient dit les Latins. Or les Grecs plaçaient leurs dieux au cœur de la vie publique et comme toute organisation humaine, l’activité religieuse a besoin de ‘moyens’ pour ses lieux de culte, ses rites et son clergé ; chez certains la façon de faire entrer les finances n’est pas toujours marquée du sceau de la plus grande honnêteté, il n’est qu’à penser aux pratiques de certaines sectes actuelles ou aux diverses formes de « simonie ». Le monde latin n’a pas été en reste, mais nous ne retiendrons que le nom de GALENE (GALIEN) qui resta des siècles durant la référence médicale du monde occidental.

Nous ne procéderons pas par ordre chronologique mais commencerons par les réalisations que nous appellerons grandes illusions parareligieuses pour continuer avec les réalisations utilitaires.

HERON a entre autre construit pour les prêtres de son temps de quoi maintenir les fidèles dans la croyance que leurs dieux étaient tout puissants. Le fonctionnement de ses machines ne pouvait que rehausser la magie des cérémonies. Cela commence par l’ouverture automatique des portes du temple. On allumait un feu ; sous le feu il y avait une petite pièce bien fermée dont l’air se dilatait sous l’effet de la chaleur ; à l’intérieur un récipient rempli d’eau relié à un autre, vide ; l’air dilaté refoulait l’eau du premier au second récipient ; ce dernier devenait plus lourd et le premier plus léger ; une corde les reliant et enroulée autour d’une poulie qui mettait la porte en mouvement incognito. Que le feu s’éteigne, l’air en refroidissant se contractait ; l’eau retournait dans son récipient d’origine et le mouvement inverse refermait la porte...Avec les moyens de l’époque David Copperfield aurait-il fait mieux ?

D’accord, mais il s’agit aussi de faire rentrer un peu d’argent. L’eau ne coûte pas très cher certes, mais si elle a été consacrée et qu’on lui attribue des vertus curatives, l’affaire est différente. (Songez aux distributeurs de boissons dans les stations d’autoroute par journée de grand départ) Problème : assurer la distribution à toute une foule, sans frais de personnel et avec un débit rapide assurant la même quantité d’eau pour la même somme d’argent afin d’éviter les récriminations mal venues sur un lieu de culte. Héron a trouvé la solution.

D’abord, avoir une pièce de monnaie, d’un poids suffisant tout de même pour éviter la pacotille qui ne rapporte rien ; vous glissez la pièce dans une fente au dessus d’un récipient rempli de l’eau à distribuer ; la pièce tombe sur un levier rattaché à une soupape qui s’ouvre en laissant couler une dose par un tuyau surmontant votre verre ; la pièce tombe en dessous et il suffira de relever la recette. (Fut-il aussi l’inspirateur de la chasse d’eau ?) Prédire l’avenir est aussi une affaire qui peut rapporter. Héron a fourni la machine à rendre des oracles. Après avoir versé son obole, selon tarif, le visiteur du temple avait le droit de poser une question simple à laquelle il recevait pour réponse un ‘oui’ ou un ‘non’. Le pèlerin tournait ensuite une roue sur le coté de la machine au dessus de laquelle perchaient des oiseaux de métal. S’ils se mettaient à gazouiller cela signifiait une réponse positive et s’ils restaient muets, la réponse était non. Evidemment l’idole n’avait rien à voir dans le chant des oiseaux ; c’était l’œuvre de roues dentées, de cordes et de courroies à l’intérieur de la machine. Un sifflet et un bol descendaient dans un récipient rempli d’eau ; nous avions un jouet similaire dans notre enfance pour imiter le rossignol. Mais ici les serviteurs du temple pouvaient intervenir en secret pour empêcher les sifflements. Ajoutez l’atmosphère avec lumière tamisée, Héron avait bien compris comment user de la crédulité.

Il y eut des constructions donnant des solutions à des problèmes pratiques pacifiques ou guerriers. Par exemple, bien avant les plans de Léonard de Vinci ou la mitrailleuse « Gattling gun » inventée en 1861, ou la « Montigny » belge utilisée par l’armée française en 1870, ou encore les « orgues de Staline » Héron d’Alexandrie avait mis au point un lance flèches à répétition. Tout un système assurait la tension de l’arc et le positionnement de la nouvelle flèche. Cette arme pouvait tout de même atteindre une vitesse de 190 km/heure et pouvait transpercer un crâne. La vapeur d’eau a également intéressé cet ingénieur, bien avant Denis Papin, Newcomen et James Watt : il a inventé une sorte de jouet appelé « éolipyle » et qui est en fait un petit moteur à réaction. Rappelez-vous, lorsque enfant, vous récupériez les tubes d’aspirine, alors en métal ; un petit trou à l’une des extrémités, de l’eau dedans, deux paires de clous en chevalet sur une planchette taillée en bateau, le tube sur le chevalet, un petit récipient empli d’alcool à brûler en dessous ; vous allumez, l’eau chauffe et un jet de vapeur sorti du tube fait, normalement, avancer votre bateau. Héron, lui, avait installé deux tubes sur une sphère montée sur un tube qui en formait l’axe de rotation, le tube plongeait dans un récipient d’eau chauffé ; la vapeur montait dans le tube axe et en sortant par tubes légèrement recourbés, provoquait la rotation de la sphère. Voici pour les trouvailles que nous retiendrons, mais il en est bien d’autres encore.

L'etude des propriétés de l’air a été jugée digne de la plus grande attention par les anciens philosophes et mécaniciens. Les premiers ont déduit ces propriétés du raisonnement, les seconds de nos actions sur nos sens.

Il nous a paru nécessaire de mettre en ordre ce que nous ont légué nos prédécesseurs, et d’y ajouter nos propres découvertes, de manière à aider les études de ceux qui voudront se livrer aux mathématiques.

C’est en effet par l’union de l’air, du feu, de l’eau et de la terre, et à l’aide de trois ou de ces cléments réunis, que se forment les combinaisons diverses dont les unes subviennent aux besoins de la vie humaine, pendant que d’autres produisent un étonnement mêlé de terreur. 


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