Les papyrus magiques

Ils viennent tous de l'Égypte gréco-romaine ; peut-être en a-t-il existé ailleurs, mais seuls ont été conservés ceux d'Égypte grâce à l'extrême sécheresse des environs de la vallée du Nil.

La plupart s'échelonnent du 2ème siècle av. J.-C. au 5ème ap. J.-C. Ils sont écrits en écriture hiéroglyphique ou en copte (langue des chrétiens d'Égypte). Beaucoup ont été détruits volontairement par les Éphésiens, sur les exhortations de l'apôtre Paul et deux mille rouleaux magiques auraient subi le même sort en l'an 13 ap. J.-C. (Suétone, Vies des douze Césars) À l'époque chrétienne, la destruction des textes de magie s'aggrava encore.

Ces papyrus magiques nous sont évidemment parvenus dans un état de délabrement assez grand. De plus, au cours des siècles de leur transmission, ils subirent des adjonctions et modifications variées. D'autre part, ils présentent des difficultés de compréhension dues au caractère composite des croyances dont ils font état et aussi à la quantité de signes incompréhensibles ou de mots dépourvus de sens apparent. Le caractère ésotérique de la magie antique, à laquelle on n'avait accès qu'après des rites d'initiation, exigeait ces formules toutes faites et secrètes qui se transmettaient à l'intérieur de cercles fermés.

Tous ces textes sur papyrus sont imprégnés d'éléments égyptiens, certes, mais aussi d'éléments grecs, juifs, assyriens, babyloniens. Ainsi Moïse, pour avoir longtemps vécu en Égypte, a été communément considéré comme un magicien. Pline l'Ancien affirme même que Moïse avait fondé sa propre école de magie. Cette notion, doit, en fait, remonter à un chapitre de l'Exode où l'on voit Moïse et Aron affronter les mages égyptiens (Exode).

Formant une catégorie spécifique au sein des textes magiques, les papyrus iatromagiques (ou médico-magiques) nous transportent au carrefour entre la magie et la médecine, nous rappelant que la frontière entre ces deux disciplines est parfois bien plus floue qu'on ne le conçoit.

Ces documents rédigés en grec proviennent d'Égypte et sont datés du 1er siècle avant J.-C. au 7e s. de notre ère. Ils se présentent principalement sous la forme de formulaires (catalogues de formules) et d'amulettes destinées à être portées par le patient. L'objectif principal d'une formule iatromagique étant soit de soigner, soit de prémunir le patient d'une maladie, les maux à combattre y sont explicitement cités. Les plus attestés sont les fièvres, en particulier les fièvres paludéennes. On note également la présence de l'épilepsie, des maux de tête, des ophtalmies, de diverses affections respiratoires, dermatologiques et gynécologiques.

La pratique de la magie en Égypte remonte à l'époque pharaonique, mais ce sont les témoins des périodes gréco-romaine et byzantine qui nous intéressent ici. Si des travaux permettent de cerner les principales caractéristiques de la « magie » telle que la comprenaient les Égyptiens, puis les Grecs et les Romains vivant en Égypte, il n'en existe pas encore de définition qui ferait l'unanimité dans la communauté scientifique. Les Égyptiens n'avaient pas ressenti la nécessité de définir le concept. À leurs yeux, l'acte magique était légal, pour autant qu'il ne nuise à personne, car, dans leur culture, il n'y avait pas de réelle dichotomie entre le naturel et le surnaturel. On se contentera donc ici de le qualifier de « tentative de l'homme pour influer sur l'ordre naturel des choses ou pour remédier à leur désordre naturel, en faisant intervenir une composante surnaturelle ». On évitera d'opposer les pratiques magiques à la religion d'une part, et à la science, d'autre part, car, à cette époque, la frontière entre ces domaines est souvent extrêmement mince, surtout lorsqu'on quitte le domaine de la magie agressive.

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Fig. 1 - Serpent Ourobore et charaktères extrait du Grand Papyrus Magique de Londres, P.Lond. 1.121 (MP³ 6006, 4e-5e s. apr. J-C)

 

L'acte magique comprend deux composantes principales. La première est la parole ou logos en grec. C'est la formule magique qui devra être prononcée et éventuellement écrite. La seconde consiste en un rituel, ou praxis, pratiqué parallèlement à l'incantation. Paradoxalement, c'est de la première que nous avons le plus de traces. En effet, les formules ont été transcrites sur papyrus soit en de longues compilations (les formulaires), soit sur des morceaux isolés qui étaient destinés à être portés comme amulettes. L'incantation de base pourra comporter l'identification de l'objectif (les maux à combattre), l'invocation d'un assistant surnaturel (un dieu grec, égyptien ou un personnage de la tradition biblique), des dessins et symboles magiques (charaktères2, voir Fig. 1) accompagnés de voces magicae, l'identification du bénéficiaire (dans les amulettes) et l'indication d'un rituel (dans les formulaires).

Aux époques qui nous intéressent, ceux qui consignent les formules par écrit ou pratiquent la magie, sont issus de groupes de cultures diverses — surtout égyptienne, grecque, romaine ou hébraïque — et de toutes les sensibilités religieuses qui ont pu se rencontrer et s'influencer mutuellement sur le territoire égyptien. Ainsi, il n'est pas rare d'observer, dans une même compilation de charmes ou dans une même formule, la mention de divinités d'origines différentes, comme c'est le cas dans le grand papyrus magique de Londres (P.Lond. 1.121, 4e-5e s. apr. J-C) où le dieu grec Zeus côtoie les noms divins hébraïques Iaô, Sabôth et Adona.

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Fig. 2 - Réplique de l'amulette P. Colon. inv. 2861 (MP³ 6052, 4e-5e s. apr. J-C), réalisée par M. de Haro Sanchez sur papyrus moderne , telle qu'elle devait être portée par la patiente, accompagnée d'un calame

Pour soigner ou écarter les maux, les papyrus iatromagiques proposent trois méthodes complémentaires :

  • le port d'une amulette souvent décorée et généralement personnalisée, le bénéficiaire et l'affection étant clairement identifiés,
  • la réalisation de recettes à base d'ingrédients d'origine animale, végétale ou minérale,
  • la pratique d'un rituel accompagnant une formule prononcée à voix haute. 
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