Les techniques artistiques

Avant de nous interroger sur la nature du besoin ayant poussé les hommes préhistoriques à peindre au fond des grottes, et de tenter une évaluation de leur vision esthétique, il est indispensable de recenser leurs moyens.

En un mot, à l’exception des objets métalliques et des matériaux synthétiques, on peut dire qu’ils ont inventé à peu près tous les moyens graphiques et plastiques que nous utilisons encore aujourd’hui.

Pour l’art pariétal, c’est-à-dire les peintures et les gravures réalisées sur les parois ou les plafonds de grottes et d’abris, l’artiste procédait de trois façons : l’ajout, l’évidement et la transformation, c’est-à-dire la peinture, la gravure et la sculpture. Le choix de l’une de ces techniques était, bien entendu, conditionné par le support utilisé.

Les peintures, techniques d’ajout, consistent à déposer des matières colorantes en aplats – en surface – ou en traits sur un support poreux dans lequel les pigments pénètrent ou se fixent. Les outils des artistes étaient à cet effet très divers et très élaborés : crayons minéraux et pigments réduits en poudre, charbons de bois employés comme fusains, pinceaux ou tampons de poils ou de fibres végétales, caches ou patrons lorsque les colorants sont soufflés à travers des tubes, pour obtenir des contours en négatif. Enfin, des baguettes émoussées ou même les doigts servaient à faire des points.

Pour préparer les couleurs – une panoplie de noirs, de bruns, de rouges, d’oranges, de jaunes et de blancs – les artistes utilisaient des pigments minéraux, comme les ocres (argiles pulvérulentes contenant des oxydes de fer), les oxydes de manganèse ou les kaolins (argile blanche). Ils s’en servaient bruts ou les réduisaient en poudre. Ils avaient aussi recours à des charbons d’origine végétale. La charge des peintures provenait de l’ajout de divers argiles, végétaux, minéraux ou poudre d’os broyés chauffée. Le liant pour l’application était de l’eau ou des graisses animales (peinture à l’huile).

Ces hommes se sont vite rendus compte qu’ils pouvaient encore accroître la diversité de leur palette en faisant chauffer les pigments : c’est de cette manière que le jaune de Lascaux a été obtenu à partir d’oxydes de fer, à une température évaluée à près de 1.000°C.

Lascaux, avec près de six cents peintures et mille cinq cents gravures, signe avec la grotte Chauvet – d’environ 15 000 ans antérieure – l’apogée de l’art préhistorique. Là, la réalisation des peintures dans les profondeurs souterraines a exigé beaucoup de lumière et des échafaudages pour accéder à la partie haute des parois et du plafond.

 Les fouilles ont révélé dix-sept traces d’échafaudages, fixés à l’aide d’argile dans des trous faits sur les parois ou dans des concavités naturelles. De larges branches, utilisées comme solives, ont servi de support à un plancher. Les artistes ont ainsi peint leurs fresques sur un support artificiel, à plus de 4 m de hauteur... Les fouilles ont livré vingt et une lampes, dont quatorze peintes. Celles-ci sont fabriquées dans des morceaux de calcaire ou de grès creusés d’une cuvette et d’un sillon permettant l’écoulement du suif fondu. Du lichen séché ou des bâtonnets de genévrier servent de mèche. De telles lampes éclairent comme des bougies et peuvent donner de la lumière pendant environ une heure.

Parmi les vestiges archéologiques de Lascaux, on compte aussi cent trente godets et mortiers nécessaires à la préparation des peintures, des dizaines de palettes portant des traces de colorants, des silex pour graver et des plaquettes gravées.

Si les peintures illustrent mieux, à nos yeux d’aujourd’hui, l’art des cavernes, les gravures obtenues par évidement sont également courantes et témoignent d’un tempérament tout aussi artiste (Illustration 12). Les traces « en creux » sont réalisées avec les doigts sur les supports tendres ou malléables (argile) ou avec des outils tranchants ou pointus en pierre sur les matériaux plus durs. Des lissoirs en pierre sont utilisés pour polir ou régulariser le trait incisé.

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12. Le hibou de la grotte Chauvet.

Les sculptures, elles, dépendent essentiellement de deux techniques : bas-reliefs si l’artiste taille dans le plan, hauts-reliefs s’il le fait dans un bloc rocheux. Les bas-reliefs sont obtenus par évidements successifs, qui permettent de faire légèrement ressortir les figures de leur support (mammouth de la Grande Grotte de Domme). Les figures se détachent plus nettement dans les hauts-reliefs, qui sont beaucoup plus rares. L’abri magdalénien d’Angles-sur-l’Anglin en offre un exemple magnifique, que l’on peut admirer au musée de Saint-Germain-en-Laye. Enfin, les bisons d’argile du Tuc d’Audoubert (Ariège) montrent que ces artistes savaient aussi modeler l’argile (Illustration 13). 

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13. Les bisons d’argile du Tuc-d’Audoubert (Ariège) montrent que ces artistes savaient aussi modeler l’argile.


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