Durant la préhistoire

Les hommes de la préhistoire se livraient à des activitéss non instinctives, telles la fabrication d’outils rudimentaires, l’allumage du feu et, plus tard, l’agriculture.

Ces activités demandaient la transmission, par l’éducation, d’une connaissance acquise par l’observation et l’expérience.

Cependant, ces connaissances ne s’inséraient pas, au départ, dans un système rationnel.

Au contraire, elles étaient souvent associées à des “forces” ou “puissances” de la Nature que les humains espéraient conjurer en respectant un certain rituel. Ces rites constituaient ce qu’on a appelé la magie.

Durant la préhistoire, on peut donc supposer que plusieurs individus éparpillés dans le monde réalisent qu'ils ont le talent de tromper leurs semblables. C'est ainsi qu'ils deviennent les premiers magiciens ou sorciers. Des ustensiles de la préhistoire et des illustrations retrouvées dans les grottes semblent attester que des rites magiques sont pratiqués par les hommes des cavernes dans le cadre de rites religieux. Ceux que l'on qualifie de sorciers, de guérisseurs ou de chaman à cette époque (les magiciens de maintenant) ont à la fois la connaissance de certains principes fondamentaux de la vie et de la nature (comme les effets bénéfiques de certaines plantes ou de potions sur le corps, etc...) et sans doute aussi l'habileté de tromper soit oralement, soit visuellement leurs congénères.

Lorsqu'on fit les premières découvertes d'art préhistorique dans les grottes et abris sous roche, ce fut naturellement les plus grandes peintures et sculptures qui furent remarquées : le plafond d'Altamira, la frise des mammouths et des bisons de Font-de-Gaumes, les chevaux sculptés du Cap-Blanc. On fut frappé non seulement par la perfection de la technique que révélait ces œuvres d'art, mais encore par leur ampleur et, il faut bien le dire, par le véritable sens décoratif dont les artistes préhistoriques avaient fait preuve en les exécutant. On s'extasia sur leur goût artistique et, jugeant d'après notre mentalité de civilisés, on pensa que les hommes de l'âge du renne éprouvaient comme nous une véritable jouissance intellectuelle en regardant les œuvres d'art et que par conséquent c'était simplement pour le plaisir des yeux qu'ils avaient exécuté ces peintures, gravures et sculptures.

C'est la théorie de « l'art pour l'art ». Un éminent paléontologue écrivait dans un manuel, en parlant des hommes préhistoriques : « Ils charmaient les loisirs de leurs longues nuits d'hiver en ornant et décorant les parois de leurs cavernes ».

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Mais à mesure que les découvertes se multipliaient, cette théorie trop simpliste était battue en brèche. Ce n'étaient pas seulement de vastes frises sur de larges panneaux qu'on découvrait, mais de petits animaux, gravés ou peints, dans des recoins reculés et presque inaccessibles, des couloirs bas et étroits, où il faut se mettre à plat-ventre pour déchiffrer avec peine, sur les parois, une fine gravure qu'une lumière frisante ne laisse voir qu'à une seule personne. Il ne pouvait vraiment être question d'art décoratif sans parler de la difficulté primordiale de l'éclairage dans ces grottes obscures. Il faut trouver un autre mobile à la création de ces œuvres d'art préhistoriques.

Ce fut un Anglais, Lang, qui, le premier, se basant sur des données ethnographiques soutint que cet art était non pas désintéressé, mais utilitaire, et qu'il avait une raison d'être magique.

En France, Salomon Reinach (né à Saint-Germain-en-Laye - Seine-et-Oise - le 29 août 1858 et mort à Boulogne-sur-Seine - Seine - le 4 novembre 1932, archéologue français et spécialiste de l'histoire des religions) s'empara de cette idée et la développa en collaboration avec Cartailhac, Capitan, Breuil et quelques autres savants préhistoriens. Je dois dire qu'à mesure que les découvertes se multipliaient, plus s'accumulaient les preuves du bien fondé de cette théorie.

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Voyons d'abord en quoi consiste cet art préhistorique. La première découverte fut faite en Espagne dans les Pyrénées Cantabriques, près de la pittoresque petite ville de Santillana, par la petite fille d'un gentilhomme espagnol, M. de Sautuola, qui fouillait dans la caverne d'Altamira. Alors que l'attention du savant se concentrait sur le sol d'où il retirait des silex et ossements, la fillette, regardant autour d'elle, fit remarquer à son père que des « taureaux rouges et noirs » étaient peints sur le plafond. Longtemps les savants se refusèrent à admettre l'authenticité de ces peintures. Il fallut qu'à la suite de découvertes du même genre effectuées dans les grottes françaises de Marsoulas, de La Mouthe et de Font-de-Gaume, Cartailhac, étant allé se rendre compte sur place, publiât dans « l'Anthropologie » un article sensationnel, intitulé : "Mea culpa d'un sceptique pour que la caverne d'Altamira" prenne le premier rang dans la liste, longue maintenant, des cavernes préhistoriques ornées.

Du premier coup on avait découvert ce qu'on a appelé avec juste raison la « Chapelle Sixtine de la Préhistoire ». Sur une superficie de plus de quarante mètres carrés, tout le plafond irrégulier de la grande salle est recouvert de peintures polychromes représentant surtout des bisons. Chaque animal est inscrit dans une bosse de la pierre, et pour faire entrer l'animal tout entier dans ces saillies de la roche, la tête est tantôt retournée, tantôt abaissée, tandis que les pattes sont ramenées sous le corps, le tout avec un sens des proportions et une habileté vraiment admirables.

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J'ai dit que ces animaux sont polychromes ; ils sont en partie rouges, en partie noirs, en partie bruns. Le rouge a été obtenu par de l'ocre broyé, probablement dans de la graisse ou de la moelle; le noir par des sels de manganèse, et le brun par le mélange de ces deux couleurs. Cette polychromie est assez rare, dans les autres grottes espagnoles, découvertes depuis lors en assez grand nombre dans ces régions. Les animaux sont généralement d'une seule teinte, plate, ou bien dessinés simplement en contours de couleur, le noir dominant.

Dans les grottes françaises, Font-de-Gaume présente quelques animaux rouges et noirs, Marsoulas également, et dans la dernière grotte découverte par Norbert Casteret dans les Pyrénées à Labastide, un grand cheval de près de deux mètres a le corps rouge, l'encolure, la tête et les pattes noires et le ventre plus clair. Mais à Niaux, dans l'Ariège, qui présente la série peut-être la plus remarquable comme réalisme, les animaux sont simplement représentés en silhouettes noires, mais ils sont pleins de vie; un petit cheval barbu, l’œil malin, le cou tendu, est digne de nos meilleurs animaliers.

Mais la peinture n'était pas le seul moyen de la figuration employé par les hommes de l'âge du renne, ils se servaient aussi de la peinture et de la sculpture. Presque tous les animaux peints avaient été au préalable dessinés au burin de silex (voir ci-après), et l'on retrouve facilement le croquis sous la couleur. Mais parfois aussi dans certaines grottes, comme aux Combarelles, et aux Trois Frères, la gravure seule est employée. Nous en relevons tous les stades, depuis le simple grattage de la surface jusqu'à l'incision profonde de la roche, allant du simple trait, mesurant un millimètre à peine de largeur ou profondeur jusqu'au relief de plus en plus prononcé, aboutissant enfin à la sculpture, comme dans la frise découverte au Roc, en Charente, par le docteur Henri Martin, et surtout dans l'admirable série des chevaux du Cap Blanc, où des animaux de plus de deux mètres ont été taillés en plein roc avec une maestria qui fait songer au Parthénon.

Enfin le modelage n'était pas inconnu à cette époque. Dans la grotte de Montespan et dans celle de Bedeilhac (Ariège), on a trouvé d'autres modelages d'animaux, ours, félins, bisons, montrent que le modelage était un procédé usuel à cette époque. Si peu d'exemplaires nous en sont parvenus, c'est que la matière en était essentiellement fragile. Il a fallu en effet des conditions exceptionnelles, telles que la fermeture de ces grottes par des causes diverses, pour que ces différents spécimens parviennent intacts jusqu'à nous.

A côté de l'intérêt purement artistique que prennent ces œuvres d'art, il serait injuste de passer sous silence leur intérêt scientifique au point de vue zoologique. En effet, un des points les plus caractéristiques de ces représentations est leur réalisme. On voit que les artistes de ces temps lointains connaissaient admirablement les allures caractéristiques des animaux qu'ils représentaient; et c'est d'autant plus admirable qu'ils dessinaient de mémoire, dans l'obscurité du fond des grottes, sans avoir le modèle devant les yeux. Il faut vraiment qu'ayant guetté ce gibier de longues heures à l'affût, son image soit en quelque sorte photographiée sur leur rétine, pour pouvoir, après, la reproduire avec tant de fidélité. Dans la seule caverne des Trois Frères, parmi les 600 dessins relevés par l'abbé Breuil, 14 espèces animales sont figurées, nous donnant des renseignements confirmant et complétant parfois ce que nous avaient appris les ossements recueillis. Dans les dessins des mammouths de Font-de-Gaume et de Cabrerets, on a relevé des particularités anatomiques que les mammouths congelés du nord de la Sibérie ont confirmées. Une gravure de félin des Trois Frères a tranché la question de savoir si le « felis spelaea » était un lion ou un tigre. La touffe de poils, nettement indiquée au bout de la queue, l'a classé avec les lions. Quant aux chevaux, il a été facile de rapprocher leur type de ceux des races sauvages actuelles.

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Henri Breuil, né le 28 février 1877 à Mortain (Manche) et mort le 14 août 1961 à L'Isle-Adam (Val-d'Oise, à l'époque Seine-et-Oise), est un préhistorien français. Universellement connu sous le nom d' « abbé Breuil » et surnommé le « pape de la Préhistoire », il s’est illustré par ses contributions à la classification des industries lithiques paléolithiques et à l’étude de l’art pariétal préhistorique.

Qu'on ne nous fasse pas dire que l'art a tiré son origine de la magie. Non, nous admettons fort bien que l'art a dû, en puissance, être antérieur à la magie; mais une fois que l'homme eut pris conscience de ce pouvoir évocateur et même créateur, la magie a été le soutien, la base essentielle de l'art. Celui-ci s'est développé grâce à elle. D'autant plus que la nécessité de la ressemblance de plus en plus parfaite s'est affirmée et a amené l'artiste à s'appliquer de plus en plus à reproduire exactement l'allure de l'animal qu'il voulait envoûter.

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